Les agronomes pourraient mieux défendre les abeilles

Pour réduire la mortalité des abeilles, l’Ordre des agronomes pourrait proscrire les néonicotinoïdes, qui ont peu d’effet sur les champs au Québec.
Photo: Fred Tanneau Agence France-Presse Pour réduire la mortalité des abeilles, l’Ordre des agronomes pourrait proscrire les néonicotinoïdes, qui ont peu d’effet sur les champs au Québec.

Au début du mois paraissait dans ces pages une tribune du président de l’Ordre des agronomes du Québec, René Mongeau, sur les pesticides néonicotinoïdes. Quelques précisions s’imposent.

« La majorité des études scientifiques attribuent [le déclin des insectes pollinisateurs] à plusieurs facteurs, y compris l’usage de certains pesticides, dont les néonicotinoïdes, affirme M. Mongeau. Un insecticide utile pour l’agriculture, car il sert à protéger les semences au printemps contre l’attaque des insectes du sol et la pourriture. »

L’auteur reconnaît ici la dangerosité des néonicotinoïdes tout en justifiant leur utilité. Son texte explique plus loin qu’une des mesures mises en oeuvre dans le cadre du plan d’action dans le dossier des néonicotinoïdes est la réalisation d’une évaluation d’impact de ces substances sur les ravageurs. Or les études réalisées par le Centre de recherche sur les grains du Québec (CEROM) démontrent d’ores et déjà et de manière claire l’inutilité de ces pesticides pour le Québec.

En effet, selon ces études en plein champ, il n’y a aucune différence significative entre les champs traités aux néonicotinoïdes et ceux non traités pour ce qui concerne l’amélioration des rendements ou la présence d’insectes ravageurs ciblés. Les mêmes recherches démontrent que l’usage de ces pesticides n’est pas adapté au Québec, car la pression exercée par les insectes ciblés par les traitements de semences est pratiquement nulle, notamment en début de saison.

Responsabilité de l’Ordre

De plus, l’enrobage des semences avec des pesticides systémiques entraîne un usage systématique alors même que le besoin ou la menace (le potentiel insecte ravageur) n’est pas avéré par un dépistage ou un diagnostic des cultures. Il faut donc croire que le président de l’Ordre des agronomes soutient des pratiques allant à l’encontre de leur responsabilité qui voudrait que l’application de produits antiparasitaire réponde à un besoin agronomique identifié. Cela nous entraîne dans un engrenage néfaste étant donné que l’usage préventif favorise le développement de résistance aux pesticides chez les insectes, augmentant les doses ou les types de pesticides nécessaires.

« Une future réglementation sur l’usage des néonicotinoïdes et autres pesticides doit s’appuyer sur une justification agronomique plutôt que sur une interdiction », écrit M. Mongeau. Nous pensons qu’au contraire, la responsabilité des agronomes devrait les pousser à considérer la non-utilité agronomique comme suffisante pour justifier l’interdiction totale de cette catégorie de pesticides.

Enfin, le titre du texte, « Les agronomes québécois à la rescousse des abeilles », ne correspond pas à son contenu. En effet, la position de l’auteur défend davantage le statu quo et l’inaction que la défense des abeilles. Aucune mesure visant leur protection effective n’est avancée.

Face à la dangerosité de ces pesticides pour l’environnement et la santé humaine, certaines autorités ont déjà réagi. Certains pays tels que la Slovénie et l’Italie ont interdit l’utilisation des néonicotinoïdes sur les plantes attractives pour les abeilles depuis plus de cinq ans, ce qui a contribué à faire chuter de moitié la mortalité des abeilles, d’un taux d’environ 35 % à un taux de 15 %, voire 10 % selon les apiculteurs concernés. De plus, aucune baisse de rendement n’a été observée sur la production de maïs en Italie. Le récent engagement du gouvernement de l’Ontario à réduire drastiquement l’utilisation de ces pesticides (de 80 % la surface des champs de maïs et de soya traités aux néonicotinoïdes d’ici 2017) montre la voie au gouvernement du Québec.

Ainsi, une interdiction totale est possible et souhaitable pour la protection des pollinisateurs, indispensables à nos productions agricoles.

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Le déclencheur

« Les insectes pollinisateurs, dont les abeilles, sont très actifs. Malheureusement, depuis une dizaine d’années, on constate un déclin de ces insectes pollinisateurs, une situation alarmante qui affectera notre agriculture. Ces insectes sont non seulement essentiels à la reproduction des plantes, soit 80 % des espèces végétales, mais fondamentaux aux fins de notre alimentation pour 35 % de la production mondiale. » René Mongeau, «Les agronomes québécois à la rescousse des abeilles», Le Devoir, 3 août 2015