Retour sur la vague orange de 2011

L'ancien chef du NPD, Jack Layton, durant la campagne électorale de 2011.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne L'ancien chef du NPD, Jack Layton, durant la campagne électorale de 2011.

Les élections fédérales se suivent et ne se ressemblent pas. Les raisons ayant amené les électeurs québécois à appuyer si fortement le Nouveau Parti démocratique en 2011 sont bien différentes de celles qu’ils peuvent évoquer en 2015.

Il y a quatre ans, plusieurs électeurs ont exprimé un vote de protestation contre les conservateurs de Stephen Harper en désertant le Bloc québécois au profit du NPD. Pour prendre la mesure du contexte auquel les électeurs québécois sont aujourd’hui confrontés, il n’est pas inutile de rappeler la dynamique particulière des élections de mai 2011.

Au-delà les considérations stratégiques, rien ne justifiait le déclenchement d’élections générales il y a quatre ans. Cette campagne n’a porté sur aucun grand enjeu de société, que ce soit en matière de politique étrangère, de politique économique, de santé, de culture ou d’environnement. Il s’agissait, pour l’essentiel, de mettre fin aux conflits incessants ayant marqué les débats à la Chambre des communes entre les conservateurs minoritaires et les autres partis qui menaçaient constamment de renverser le gouvernement.

Le gouvernement fédéral et le Parti conservateur n’ont pas fait de fausses manoeuvres contribuant à alimenter le mécontentement de l’électorat québécois. Contrairement aux deux élections précédentes, il n’y a pas eu de coupes dans les programmes en culture ou d’enjeux centraux comme le financement des soins de santé. Bref, rien pour nourrir le ressentiment vis-à-vis le régime fédéral canadien.

Bloquer les conservateurs

En 2011, le Bloc a mené sa campagne sur la base d’un argumentaire réitéré depuis près de vingt ans, soit défendre exclusivement les intérêts du Québec, faire la promotion et travailler à la préparation de la souveraineté. Un des thèmes qui s’est pourtant imposé pendant la campagne portait sur la nécessité de bloquer la constitution d’un gouvernement majoritaire conservateur.

Voyant ses appuis décliner, Gilles Duceppe a affirmé que l’élection d’un fort contingent de députés bloquistes serait suivie par l’élection d’un gouvernement du Parti québécois qui avait alors le vent dans les voiles. Cette approche a affaibli l’idée que le Bloc constituait une coalition rassemblant les nationalistes, les souverainistes et les fédéralistes insatisfaits des autres partis.

Aussi, il ne faut pas négliger la lassitude d’une portion significative de l’électorat à l’endroit du Bloc. Un sondage postélectoral mené par Léger Marketing pour le compte du Devoir montrait que plusieurs raisons expliquaient le choix des électeurs pour le NPD. Les trois principales renvoyaient au désir de changement, à la volonté de bloquer la formation d’un gouvernement conservateur majoritaire et au désir de mettre fin à la domination du Bloc.

Vote de protestation

Il faut également tenir compte du fort sentiment de désabusement à l’endroit de la vie politique. En effet, la très grande majorité des Québécois (87 % selon un sondage réalisé à la fin mai 2010) était désenchantée, lasse et impatiente à l’endroit de l’ensemble de la classe politique. Ces sentiments négatifs à l’endroit du politique ont fourni un terreau fertile à l’expression d’un vote de protestation. Cela a permis de redécouvrir Jack Layton, qui a mené une campagne moins hargneuse et plus positive que ses adversaires.

Les néodémocrates ont su canaliser le vote de protestation à l’endroit du gouvernement conservateur de Stephen Harper en misant sur la fatigue exprimée vis-à-vis le Bloc. Cependant, on ne saurait conclure que l’adhésion de 43 % des électeurs au NPD illustre nécessairement un appui aux positions plus « progressistes » de ce parti. Un sondage postélectoral montrait plutôt que l’appui à cette formation politique provenait de tous les horizons idéologiques : 35 % des électeurs néodémocrates se percevaient comme étant de centre, de centre-droit ou de droite, une proportion nettement plus élevée que pour les électeurs bloquistes. D’ailleurs, une plus grande proportion de ces derniers se définissait comme étant de centre-gauche ou de gauche (48 %), bien davantage que les électeurs qui ont soutenu le NPD (29 %). La base électorale néodémocrate était fragile.

Le 2 mai 2011, les conservateurs ont néanmoins obtenu un gouvernement majoritaire en récoltant 39,6 % des voix à l’échelle canadienne, mais un maigre 16,5 % au Québec. Ces derniers ont réalisé qu’il n’est plus nécessaire de compter sur les électeurs du Québec pour gouverner le Canada. L’ajout de sièges à la Chambre des communes ne pourra que contribuer à consolider cette réalité. Seuls les libéraux et les néodémocrates, compte tenu de la distribution de leurs appuis à l’échelle du Canada, ont besoin d’une députation importante en provenance du Québec pour être en mesure de former le gouvernement.

En somme, aux dernières élections, les électeurs québécois ont opté pour une autre formation politique qui n’avait par ailleurs aucune chance de former le gouvernement. Tous les observateurs prédisaient que les conservateurs allaient l’emporter. L’enjeu principal était de savoir, et ce, jusqu’à la toute fin, si Stephen Harper obtiendrait ou non une majorité de sièges. Les Québécois ont voulu empêcher l’élection d’un gouvernement majoritaire et une bonne partie d’entre eux ont choisi de transférer leur appui au NDP pour y parvenir.

Les élections canadiennes de mai 2011 illustrent la profonde césure entre l’électorat québécois et les politiques conservatrices : c’est le Québec qui a rejeté le plus clairement les troupes de Stephen Harper. Cette rupture est toujours présente en 2015. La question est maintenant de savoir si les Québécois veulent élire des députés qui participeront à la gouverne fédérale et appuyer un parti qui peut non seulement mettre fin au règne des conservateurs, mais aussi former le prochain gouvernement.

Pour les fédéralistes, le choix est relativement simple et repose sur leurs préférences partisanes. Par contre, les souverainistes convaincus sont confrontés au dilemme cornélien opposant leurs convictions profondes à leur désir de battre les conservateurs tout en portant au pouvoir un parti fédéraliste qui ne peut que promouvoir l’unité canadienne et combattre l’idée d’indépendance. La possibilité de l’élection d’un gouvernement néodémocrate était absente en 2011, mais est bien réelle en 2015. Cela fait toute la différence.

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