Le municipal ne peut gérer les écoles sans qu’il en coûte plus cher

Le Québec compte quelque 800 élus scolaires, qui administrent un budget d'environ 10 milliards de dollars.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Québec compte quelque 800 élus scolaires, qui administrent un budget d'environ 10 milliards de dollars.

Pendant que l’Union des municipalités du Québec (UMQ) se réjouit, la démocratie scolaire est menacée. On se serait attendu à ce que l’UMQ élève le débat et se questionne sur la perte que représenterait la disparition des élus scolaires, nés en même temps que les élus municipaux en 1845. Sa présidente, Suzanne Roy, au contraire, semble applaudir la proposition ministérielle en mentionnant qu’avec de l’argent frais elle ferait mieux. La vérité, c’est que les commissions scolaires feraient elles aussi plus et mieux avec le milliard de dollars coupés par le gouvernement du Québec au cours des cinq dernières années !

Les quelque 800 élus scolaires, qui administrent un budget d’environ 10 milliards de dollars, sont entièrement dévoués à la réussite des élèves. Il s’agit de leur seule préoccupation et ils cherchent par tous les moyens à y consacrer le maximum d’argent, comme en témoigne leur faible 4,2 % de frais d’administration. Pendant ce temps, le Québec a besoin d’environ 8000 élus municipaux qui en arrachent pour maintenir à niveau des routes et des trottoirs en bon état, malgré des frais administratifs d’environ 14 %. Le calcul est simple, le municipal ne peut gérer le milieu scolaire sans qu’il en coûte plus cher.

La menace de glissement est bien réelle pour les élèves du Québec. Alors que plusieurs municipalités coupent dans la fréquence de cueillette des ordures, l’UMQ cherche pour son nouveau pacte fiscal des sources de revenus à tout prix. Ces revenus ne peuvent venir d’économies d’échelle, à moins que les municipalités décident de couper plusieurs services, notamment la petite école. Est-ce bien ce que nous voulons comme société ?

Pendant ce temps, sur le terrain, la quasi-totalité des municipalités a signé des ententes de partage d’équipements récréatifs qui garantissent, toutefois, leur utilisation première au bénéfice des élèves. Il va sans dire que parfois cela frustre certains maires qui voudraient accaparer ces équipements, prétextant qu’il s’agit de fonds publics. Heureusement, les élus scolaires sont là pour défendre les élèves afin de leur garantir un accès prioritaire.

Les démocraties scolaire et municipale sont des démocraties de proximité, et si l’UMQ acceptait, enfin, la tenue d’élections simultanées, on ne parlerait plus au Québec du faible taux de participation des électeurs aux élections scolaires. Malheureusement, l’UMQ a d’autres priorités politiques, qui n’ont rien à voir avec les intérêts des élèves ni ceux des parents de ces derniers.

Le déclencheur

« Le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, M. François Blais, a annoncé qu’il déposerait, cet automne, un projet de loi modifiant la gouvernance scolaire, en mettant notamment sur pied des conseils scolaires qui remplaceraient les commissions scolaires. Les élues et élus municipaux seraient invités à y siéger. À mon avis, la participation du monde municipal à ces conseils est une excellente idée. Nous sommes des gouvernements de proximité. Nous connaissons mieux que personne les besoins des citoyennes et citoyens et les attentes des familles qui sont des plus diversifiées. » – Suzanne Roy, L’incontournable réforme scolaire, Le Devoir, 18 août 2015
7 commentaires
  • Claude Girard - Abonné 20 août 2015 07 h 13

    Il faut penser autrement

    C’est une erreur de croire que la tenue d’élections simultanées augmenterait le taux de participation des citoyens et améliorerait l’image de la gouvernance scolaire. Les résultats lamentables des derniers scrutins scolaires révèlent une crise de confiance. Parce que les électeurs n’ont pas confiance en l’élection, ils boudent l’exercice. Ils iront voter dans la mesure où ils perçoivent que le candidat choisi aura la capacité de changer les choses. Si les électeurs sentent que le pouvoir est ailleurs, ils ne se déplaceront pas, parce qu’ils seront convaincus que leur vote ne vaut rien. Ceci est valable pour tout scrutin, mais ne s’applique pas pour les élections clés en main.

    Dans le domaine scolaire, l’appareil administratif de l’État a graduellement étendu son autorité dans la gestion des entités scolaires si bien que les commissions scolaires sont devenues des sortes d’agences d’exécution du MELS au cours des années. Aussi, lorsque l’appareil administratif est si normé, si accaparant, si complexe, la démocratie devient un prétexte pour mieux gérer les services éducatifs et laisser croire que les décisions sont prises par les élus. Les résolutions sont donc prises à huis clos ou en comités privés, mais le vote se fait publiquement, en toute transparence. C’est ainsi que l’indépendance laisse place à la connivence.

    Le suffrage universel exprimé si timidement au dernier scrutin justifie l’urgence de penser autrement. Quant à moi, une bonne gouvernance scolaire serait possible si on s’inspirait du concept d’un collège électoral avancé par Jean-Pierre Proulx il y a quelques années. Et je serais très d’accord avec l’idée que les intéressés du milieu (organismes municipaux, de santé, d’économie) puissent former un conseil électoral ayant pour mandat de nommer les membres du conseil d’administration scolaire sur présentation de CV.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 août 2015 17 h 19

      26% de participation àux élections de Longueuil, 41% à Laval
      Au niveau du Québec: taux de participation de 50%, aux élections municipales 2013. Pas fort!

      Va-ton abolir les municipalités pcq à Longueuil seulement seulement 26% des citoyens se sont déplacés? Et à Montréal où malgré des partis municipaux bien organisés et financés, et après tous les scandales, seulement 42% de participation. Et après tout le tintamarre à Laval, seulement 41%?

      La solution était pourtant bien simple: élections scolaires en même temps que les municipales.

      "Nommer les membres"= très démocratique!

  • Pierre Grandchamp - Abonné 20 août 2015 07 h 52

    Décider en vase clos

    J'en ai contre le fait qu'il n'y a pas de débat sur la place publique. Le ministre s'apprête à bulldozer en catimini.

    Vrai que la question d'élections de commissaires se règlerait en se faisant en même temps que les élections municipales.

    Ici, dans ma commission scolaire, je connais plusieurs commissaires qui y siègent depuis plusieurs années et qui ont développé des connaissances et une expertise.

    Il y a plusieurs municipalités où il n'y a pas eu d'élection, soit à certains postes ou soit pas d'élection du tout. Faudrait-il les faire disparaître? La Ville de Montréal est poignée avec 19 petits maires pis un "gros" maire: une vraie Tour de Babel où tout le monde se pile sur les pieds. Advenant que le municipal avale le scolaire, les Montréalais vont être contents d'êtres desservis par les Cols bleus!

    D'autre part, en matière de démocratisation, la Commission Charbonneau nous a révélé des choses pas trop jolies dans le monde municipal. Parmi celles-ci: je me limiterai à mentionner les élections clefs en mains, qui ne semblaient pas être un fait isolé.A Laval et à Montréal, en particulier, la démocratie en a pris pour son rhume.

    Vrai que les frais de gestion au municipal sont plus élevés. Les salaires itou, selon ce qu'ont révélé plusieurs médias. En matière de gestion, des municipalités ont négocié des fonds de pension des employés qui ont nécessité l'intervention de Québec.

    En conclusion, je déplore qu'il n'y ait pas de débat public sur la question pour permettre aux simples citoyens, dont je suis, d'entendre les divers points de vue.

  • François Dugal - Inscrit 20 août 2015 07 h 54

    Si les "quelques 800 élus scolaires" étaient "dévoués à la réussite scolaire" ils demanderaient immédiatement une refonte pédagogique qui balaierait 40 ans de "réforme à gogo" venant des "concepteurs illuminés" du MELS.
    Évidemment, cela n'arrivera pas, le bilan financier étant plus important que la qualité de l'éducation.

  • Hélène Paulette - Abonnée 20 août 2015 08 h 50

    Je vous appuie entièrement.

    En tant que citoyenne d'une petite municipalité qui vient d'enlever les trottoirs faute d'argent pour les réparer, la perspective de les voir gérer les écoles me fait dresser les cheveux sur la tête... Il est évident qu'il faut regrouper les élections municipales et scolaires.

  • Colette Pagé - Inscrite 20 août 2015 11 h 00

    S'inspirer de la France. Pourquoi pas !

    Sauf erreur, en France, les communes gèrent les cantines scolaires et les écoles. Le Québec pourrait peut-être s'inspirer de cette expérience en autant qu'elle puisse s'importer au Québec.