Vent de colère à Saint-Ambroise-de-Kildare

Desjardins a fermé, entre 2010 et 2014, 210 guichets et points de service ainsi que 427 guichets automatiques un peu partout au Québec.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Desjardins a fermé, entre 2010 et 2014, 210 guichets et points de service ainsi que 427 guichets automatiques un peu partout au Québec.

Le 18 août prochain se tiendra à Saint-Ambroise-de-Kildare, dans Lanaudière, un événement plutôt rarissime dans l’histoire et le fonctionnement du Mouvement Desjardins : une assemblée générale extraordinaire des membres de six localités regroupés au sein de la Caisse de Kildare afin de procéder à un vote sur la destitution de l’ensemble du conseil d’administration.

Cette assemblée générale extraordinaire fait suite à une démarche entamée après l’assemblée générale annuelle tenue le printemps dernier lors de laquelle le processus démocratique a fortement été entaché alors que, par diverses manoeuvres, le conseil d’administration a délibérément tenté de brimer le droit de s’exprimer des membres. Surtout, devant un enjeu aussi sensible que la fermeture de deux centres de service, soit ceux des municipalités de Sainte-Marcelline-de-Kildare et de Sainte-Béatrix, la présidente a refusé le droit à l’assemblée d’en appeler de la décision.

C’est ainsi qu’un mouvement de contestation s’est mis en branle et qu’une requête visant à tenir une assemblée de destitution a permis de recueillir pas moins de 1000 signatures de membres alors que seulement 650 étaient requises. Par cette destitution, les membres signataires de la requête ont pour objectif de pouvoir remplacer les dirigeants actuels par des individus plus à même de représenter leurs intérêts, de permettre la réouverture de ces points de service et d’éviter la fermeture des autres qui sont déjà dans le collimateur.

Une situation qui n’est pas unique

Notre région n’est pas la seule dans cette situation. Selon des chiffres qui ont récemment circulé dans les médias, Desjardins a fermé, entre 2010 et 2014, 210 guichets et points de service ainsi que 427 guichets automatiques un peu partout au Québec. Au-delà de la démarche des membres de Kildare et nonobstant sa réussite, cet état de fait va à l’encontre des valeurs et principes défendus par l’institution et de son rôle joué au sein des communautés locales.

Nous comprenons que Desjardins doit faire face à des impératifs propres à l’environnement des entreprises du secteur bancaire et financier. D’un autre côté, Desjardins s’est de tout temps défini et reconnu comme un mouvement coopératif qui se distingue des autres entreprises bancaires qui ont pour seul objectif le rendement financier au profit des seuls actionnaires. Autres traits distinctifs de Desjardins qui ont contribué à en faire le premier groupe financier du Québec : son enracinement territorial comme moteur de développement économique et les principes démocratiques qui guident l’orientation que doit prendre chacune des Caisses. Depuis quelques années déjà, ces principes tendent à perdre de leur importance aux yeux des dirigeants de certaines Caisses au profit du rendement financier, ce qui a fait dire à son ancien président, Claude Béland, que le Mouvement était en train de perdre son âme.

Les membres sont attachés à leur Caisse populaire et jusqu’à preuve du contraire, ceux-ci ont encore un pouvoir au sein de cette institution. Il est temps reprendre ce pouvoir en main de manière à ce qu’il soit utilisé d’abord au profit et dans l’intérêt des membres, ainsi dans le respect des règles démocratiques. Que restera-t-il de nos régions quand, comme le racontaient les Colocs il y a plus de 20 ans, la Coop, le gaz bar, le croque-mort, le magasin général... et maintenant la Caisse pop fermeront définitivement ?


 
9 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 14 août 2015 04 h 14

    Question et interrogation.

    Les Caisses Populaires montrent à tous leurs sociétaires de manière bien triste depuis une bonne quinzaine d'années, qu'elles se transforment peu à peu en banques comme les autres.
    Cette affaire et d'autres de niveau municipal, me font me demander si les Québécois ne seraient pas en phase de repprendre enfin leurs affaires en main ?
    En quel cas, rien n'est tout à fait perdu pour eux.

    Tourlou !

  • Gilbert Bournival - Abonné 14 août 2015 07 h 14

    bien content

    Je suis tout à fait d'accord à ce mouvement de protestation. En Mauricie aussi, Desjardins décide sans consultation, ferme des caisses, enlève des guichets malgré les protestations des membres. La solidarité et l'entraide à la base de la création des caisses ont disparu au profit de la seule rentabilité. La présidente venant du secteur bancaire a apporté à Desjardins son expertise pour faire de l'argent. Elle ne sait pas mercher sur deux pattes : social et économique comme le faisaient les anciens présidents du mouvement, elle n'a pas reçu de formation à l'économie sociale.
    Je souhaite que ce mouvement prenne de l'ampleur et que Desjardins ne le noie pas comme à son habitude depuis quelques années.

    Gilbert Bournival,

  • Lise Bélanger - Abonnée 14 août 2015 08 h 11

    Je suis bien d'accord avec vous, la Caisse est plus qu'une simple institution monétaire elle est un bien collectif qui a permis aux québécois de s'affirmer, d'exister alors que les banques canadiennes refusaient de considérer, ignoraient et méprisaient les québécois en ce qui concerne notre développement économique.

    La plus importante performance de la Caisse doit être de servir les québécois, elle est beaucoup plus qu'une institution bancaire et ce service doit avoir préséance sur la performance monétaire à l'échelle mondiale.

  • Jean Richard - Abonné 14 août 2015 09 h 16

    Les sociétaires veulent... une banque

    Pour la majorité des sociétaires, le modèle bancaire est celui dont on veut. On veut s'acheter un appartement, une bagnole, tout ça à crédit ? Qu'est-ce qu'on fait ? On magaziine... On fait le tour des banques pour trouver celle qui offrira les taux d'intérêt les plus bas. On se fout bien des principes de base du mouvement coopératif.

    Pour offrir des taux compétitifs avec ceux des banques, Desjardins doit naviguer à la manière des banques. Avoir des guichets automatiques à tous les coins de rue dans tous les petits villages du Québec ou même simplement des succursales, ça coûte cher, très cher. Et Desjardins sait bien que la majorité des sociétaires n'a plus à se rendre dans une succursale, et que plusieurs n'utilisent même plus les guichets automatiques (très nombreux si on compare à ceux des banques). Pour faire certaines transactions, il y a le téléphone et internet. Pour avoir de l'argent liquide, il y a l'épicier, le boucher, le vendeur de souliers, la station-service...

    Desjardins n'a pas le choix : il faut s'adapter ou disparaître.

    • Hélène Paulette - Abonnée 14 août 2015 09 h 40

      Votre analyse ne tient la route que pour une grande ville...

    • Yves Côté - Abonné 14 août 2015 10 h 27

      Non Monsieur Richard, parce qu'il manque une choix à ceux que vous donnez comme incontournables.
      Ce quil faut, c'est qu'il donne le ton en matière bancaire et financière, comme il l'a fait depuis Alphonse Desjardins et jusque-là...
      Tout comme pour la réalité nord-américaine des Québécois, ils sont obligés au dépassement et à l'innovation continuels.
      Autrement, oui, c'est la disparition certaine.

      Merci de m'avoir lu, Monsieur.

  • Louis - Inscrit 14 août 2015 11 h 53

    Louis Béland Abonné

    Monsieur Claude Béland lorsqu'il était à la grande direction de Desjardins
    a vu l'obliigation de fermer les 11 Union Régionales de Desjardins,
    a entrepris la fermeture de nombreuses caisses populaires ''de paroisses''
    -non pas des points de service- légallement constituées chacune ayant leurs
    conseils d'admistrations.

    Il faut reconnaître aujoud'hui sa sagesse, en agissant comme les dirrections des
    ''7'' grandes banques canadiennnes il a sauvé ''le Mouvement Desjardins'' en le
    faisant entrer dans la nouvelle ère des affaires des transactions monétaires.

    Ce que je déplore amèrement c'est que la fermeture des caisses et des guichets
    s'est fait au détriment des vieux quartiers, des ''zones petits salaires'' qui avaient pourtant mis Desjardins au monde selon la vision du Fondateur.

    J'ai une bonne marche à faire avant de me rendre au guichet,
    si j'étais en Gaspésie il me faudrait demander à une personne qui se rend au village voisin pour ''faire ses affaires''. En ce sens Desjardins a laissé tomber
    les ''petits'' de notre Société.


    Peut être que nous ne sommes pas si ''différent'' que les autres.
    Quand tout se fera ''en ligne'' pourquoi ne pas établir les serveurs en Chine
    la marge de profit sera plus grande et la Chine ne craint pas de défier l'IMF/FMI...


    Je souhaite la meilleure des chances au groupe de la région de Lanaudière, c'est peut être le lieu ou les mots Coopératives et Populaires reviveront.