Penser un nouveau dialogue entre progressistes

Au-delà du dilemme Bloc-NPD, il importe de penser un nouveau dialogue entre les progressistes du Québec, du Canada et des Premières Nations, estime l’auteur. Ci-dessus, Gilles Duceppe en campagne, la semaine dernière.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Au-delà du dilemme Bloc-NPD, il importe de penser un nouveau dialogue entre les progressistes du Québec, du Canada et des Premières Nations, estime l’auteur. Ci-dessus, Gilles Duceppe en campagne, la semaine dernière.

Les progressistes québécois, qui sont actifs dans les mouvements populaires ou dans les partis de gauche, savent bien qu’il importe de défaire l’actuel gouvernement (néo)conservateur de Stephen Harper. Les raisons sont évidentes, que l’on se place du côté de la justice sociale, de la protection des droits ou des enjeux environnementaux. Quelque part entre une droite « traditionnelle » et un noyau « dur et pur », ce gouvernement représente une sérieuse menace. La question se pose cependant : que faire dans le contexte des prochaines élections fédérales ?

Au Québec, le NPD comme le Bloc québécois partagent, en gros, une perspective semblable, qu’on peut définir, avec bien des nuances, de centre gauche. Il y a des différences entre ces deux partis, mais celles-ci sont moins importantes (principalement sur les questions sociales et environnementales) que ce qui les distingue des néoconservateurs. Certes, sur la question du statut du Québec, il y a entre les deux formations une polarisation assez grande, même si le NPD se veut « accommodant » tant sur la forme que sur le contenu par rapport au droit fondamental du peuple québécois à l’autodétermination. Tout compte fait, on a donc le choix.

Mais il y a un réel danger que le vote se disperse et favorise, par la bande, la victoire de la droite. En effet, si le NPD perd plusieurs sièges au Québec, cela sera un sérieux coup de pouce aux conservateurs à l’échelle canadienne. Ce n’est pas une situation saine, mais c’est celle qui existe aujourd’hui, en fonction d’un système électoral antidémocratique et perverti.

Pas très enthousiasmant

 

Devant ce dilemme, il y a un débat, comme on l’a constaté dans Le Devoir ces dernières semaines. Indépendantistes de conviction, plusieurs progressistes pensent nécessaire de voter « stratégiquement » pour le NPD. D’autres estiment qu’il est préférable, tenant compte du fait que le NPD et en particulier son chef Thomas Mulcair sont d’ardents fédéralistes, de voter pour le Bloc. Ce n’est pas une situation confortable pour les progressistes. Certes, à court terme, éviter le « pire », c’est-à-dire la réélection des (néo)conservateurs semble la voie la plus raisonnable, ce qui veut dire, en pratique, voter pour le NPD, du moins là où ce parti a davantage de chances de l’emporter.

Ce n’est pas très enthousiasmant, car à part une poignée de députés du NPD qui ont des convictions et de l’enracinement (mentionnons parmi d’autres, Alexandre Boulerice, Nycole Turmel, Guy Caron), ce n’est pas cette formation qui va amener le Québec et le Canada sur une voie réellement innovatrice. C’est une réalité qui a été observée plusieurs fois à l’échelle provinciale lorsque le NPD a constitué le gouvernement pour en fin de compte gérer le statu quo, quitte à lui donner un visage plus humain.

À quand un QS canadien ?

À moyen terme, il faudra donc que quelque chose se produise. De ce côté, c’est le projet de Québec solidaire (QS) qui ouvre cette voie, quoique encore d’une manière modeste. L’idée étant, rien de moins, de repenser un projet d’émancipation à la fois national et social. À l’échelle canadienne, il est à espérer qu’apparaisse une sorte de « Canada solidaire » (pas nécessairement une copie de QS), qui permettrait aux progressistes d’avoir une voix et un espace sur la scène politique.

D’un côté comme de l’autre, il importe de repenser un nouveau dialogue entre les progressistes du Québec, du Canada et des Premières Nations, qui devrait s’engager sur des stratégies concrètes et immédiates : comment bloquer le « bulldozer » de droite qui sévit depuis des années ? Plus encore, comment remplacer cet État qui s’appelle le Canada, érigé sur un État centralisateur, antidémocratique et non respectueux des peuples ? Cette transformation devra venir « d’en bas », via la mobilisation des sociétés dans un processus qui ne pourrait se limiter à une simple « réforme constitutionnelle ».

Le projet est certes ambitieux, mais la souveraineté des peuples (au pluriel) qui occupent ce territoire doit être le socle d’un nouveau départ d’une nouvelle construction politique basée sur des communautés souveraines. Depuis quelque temps, dans le sillon du Forum social des peuples tenu l’été passé, un réseau est en train de naître au Québec et au Canada pour définir ce chemin. C’est un projet utopique au sens noble du terme. Sans cela, on restera coincés jusqu’à la fin des temps entre le « pire » et le « moins pire ».

Du 20 au 23 août à l’UQAM, les Nouveaux Cahiers du socialisme, en collaboration avec plusieurs organisations sociales et syndicales, organisent la sixième édition de l’Université populaire. Le thème principal est la « convergence » des mouvements à une échelle interquébécoise d’abord, puis avec le Canada et les Premières Nations d’autre part.


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