Rétablir les ponts entre le Québec et les Franco-Ontariens

Les Franco-Ontariens saluent la visite du ministre Jean-Marc Fournier le 1er août dernier lors des célébrations commérant les 400 ans de présence française en Ontario. En remettant une plaque commémorative soulignant à la fois les liens historiques et étroits qui unissent le Québec et l’Ontario et l’importance du rôle joué par les francophones dans la fondation et le développement du Canada, le gouvernement du Québec reconnaît le combat acharné des Franco-ontariens dans leur quête d’une existence à l’égalité du groupe majoritaire.

Le Québec a un rôle essentiel dans le rayonnement du français, incluant sa promotion, sa protection, sa pérennité et sa vitalité au Canada. Le gouvernement du Québec doit assumer un vrai leadership au sein du Canada comme le principal foyer de la présence de francophones. Ceci comprend un engagement ferme auprès de tous les francophones du Canada.

Relations tendues

L’expérience des relations entre le Québec et les francophones vivant à l’extérieur de cette province a souvent été difficile, voire tendue, au cours des 40 dernières années. Ceci est initialement marqué par les États généraux de 1967, où les francophones hors Québec ont été abandonnés au profit d’une identification territoriale québécoise. Les francophones de l’Ontario ont délaissé le concept de Canadien français pour devenir Franco-Ontariens, se repliant principalement sur le gouvernement du Canada et par la suite auprès du gouvernement ontarien afin de trouver des outils leur permettant de se développer et de s’épanouir. Le Québec est devenu par suite de son cheminement identitaire isolé des francophones hors Québec.

Les combats juridiques en droit linguistique devant les tribunaux canadiens par les francophones hors Québec ont souvent été objet de conflits et d’incompréhension par ces derniers. Dans bien des cas, le Québec n’a pas été disposé à prendre des mesures ouvertes et positives afin de favoriser le développement et l’épanouissement des droits linguistiques des francophones hors Québec par crainte de l’effet boomerang auprès de la minorité anglophone québécoise.

Un domaine où ceci a été notable est dans les causes scolaires. Le Québec a souvent pris une position juridique qui a contredit la volonté des francophones hors Québec dans leur quête d’une amélioration de leurs droits linguistiques. En garantissant les droits aux francophones hors Québec, ces mêmes droits et principes juridiques pourraient s’appliquer avec une adaptation nécessaire aux Anglo-Québécois. Le Québec n’était pas prêt à prendre ce risque au profit des francophones vivant à l’extérieur du Québec.

Début de rapprochement

Les Franco-Ontariens désirent un rapprochement avec le Québec dans tous les domaines de la société. Il faut accentuer les échanges institutionnels comme dans le monde universitaire, la santé, l’éducation et la culture. Ceci doit aussi comprendre une solidarité juridique dans la revendication de droits linguistiques des communautés francophones canadiennes.

La déclaration de Toronto, signée le 21 novembre dernier entre les premiers ministres de l’Ontario et du Québec, est un pas important dans le rétablissement de ponts entre le Québec et les Franco-Ontariens. Cette entente ouvre la porte à une plus grande coopération entre les deux provinces et dans l’épanouissement de la langue française au Canada. Le dossier sur Radio-Canada est un excellent exemple de cette volonté de travailler de concert ; les compressions effectuées dans les services en français à Radio-Canada sont inacceptables, et l’intervention des deux gouvernements est vitale afin d’assurer que les services de cette institution fédérale sont sauvegardés avec les ressources nécessaires afin qu’elle puisse jouer pleinement son rôle quant au rayonnement de la vie française d’une mer à l’autre.

Il faut continuer ce rapprochement et ceci doit aussi inclure le domaine de l’économie, créateur de la richesse et des moyens afin de se donner les outils pour un développement et un épanouissement de la vitalité française au Canada.

6 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 12 août 2015 03 h 43

    Requête...

    "Les Franco-Ontariens désirent un rapprochement avec le Québec dans tous les domaines de la société."
    Alors, je leur fais cette requête à titre fraternel, qu'ils se penchent sérieusement sur les désavantages que leur apporte de manière croissante chez eux, un Québec qui ne cesse de se fragiliser en matière de langue française...
    Pour que le Québec puisse représenter une assise solide de la langue française en Amérique, il n'y a qu'une alternative envisageable : un régime politique d'indépendance républicaine pour lui.
    Parce que le régime de monarchie britannique qui dure depuis deux siècles et demi, toutes les données statistiques et historiques le montrent, ne mène qu'à un affaiblissement progressif, continu et définitif du fait français.
    Et que cet affaiblissement est la norme canadienne souhaitée au Québec comme jamais auparavant elle ne le fut.
    Si ce n'était pas le cas, la langue française se porterait mieux qu'elle ne le fait partout, c'est une évidence.
    Il n'y a qu'à se promener dans ses rues pour se rendre compte de la réalité qui y a changé depuis vingt ans...
    Ce que nos jeunes ne peuvent évidemment pas trop mesurer d'eux-mêmes directement et qui devient ainsi une arme efficace pour un certain tout-à-l'anglais qu'on présente comme une avancée de l'humanité.
    Si le Canada fonctionnait équitablement pour les sociétés de langue française qu'il habrite, cela incluant toujours à ce jour le Québec, pourquoi le projet politique de l'indépendance du Québec y aurait-il prit racine de manière si définitive qu'encore aujourd'hui, malgré des décennies d'argent dépensé et de promesses d'Ottawa, qu'il y est toujours vivant ?
    Je le demande à nos soeurs et frères linguistiques de l'Ontario, entre autres, pour vous aider à faire progresser votre langue en nombre de locuteurs, comment pourriez-vous avoir confiance en Monsieur Couillard et son gouvernement, puisqu'eux-même se désintéressent absoluement de la chose pour le Québec ?

    Merci de m'avoir lu.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 12 août 2015 09 h 07

    Le multiculturalisme canadian a mené à situation actuelle

    Selon le mandat de la Commission sur le biculturalisme et le bilinguisme, ce pays ,supposément une Confédération, devait être biculturel.

    On peut demander au Québec de se rapprocher des FHQ, oui! Mais c'est comme demander à un paraplégique de se rapprocher d'un aveugle.

    Un Québec, base principale de la francophonie au Canada, réduit à l'état de simple province par une constitution imposée unilatéralement...qu'aucun parti politique québécois n'a voulu signer, à date.

    Pendant que le français recule à Montréal, que les Franco-Ontariens s'assimilent à un taux inquiétant....et que ces derniers luttent encore pour avoir une université francophone.Alors que, au Québec, il y a 3 universités, pas bilingues, mais anglophones.

    On peut se rapprocher pour partager notre état de seconde zone pendant que la propagande canadian claironne le biliguisme: une fumisterie!

  • Jean-François Trottier - Abonné 12 août 2015 09 h 13

    Quel genre de rapprochement ?

    N'oublions pas qu'un rapprochement ne peut pas se passer uniquement au sommet. Il faudra qu'il ait un écho à la base.

    J'ai passé quelques années à travailler dans une des parties les plus francophones de l'Ontario,

    Outre que les gens y sont en général très polis, avec une humour goguenard qui me plaisait beaucoup, j'ai souvent noté comment le Québec y a mauvaise presse. Égoïstes, prétentieux, chauvins, sans culture, le liste est longue.

    Pourquoi ? Pas sûr.
    Peut-être parce que le filtre des médias anglophones jouent à plein. Peut-être.

    Peut-être parce que le statut de minorité mène souvent à décrier les autres minorités au lieu de regarder la majorité en face, forte de sa.... force écrasante. On combat ceux qu'on peut, quoi.

    Peut-être, pour certains, parce qu'ils sont partis du Québec pour payer moins d'impôts et taxes, et qu'ils trouvent "ceux qui sont restés" un peu bébêtes. Peut-être.

    Quoi qu'il en soit, je subbodore que le rapprochement souhaité ressemble à une demande pour que nous leur ressemblions le plus possible : des francos qui parlent dans une langue et pensent selon les critères de l'autre langue. Bien sûr je généralise dangereusement, et même je caricature.
    Mais là encore, sur mon très court jugement, je glisse un peut-être. Peut-être.

    • Yves Côté - Abonné 12 août 2015 11 h 55

      Paut-être aussi parce qu'au Québec, un nombre encore suffisant de personnes ont suffisamment à coeur leur langue française pour accepter d'y sacrifier un peu de leur confort nord-américain ???
      Merci de m'avoir lu, Monsieur Trottier.

      Et Vive la République du Québec à venir !

  • Pierre Grandchamp - Abonné 12 août 2015 11 h 17

    L'autovalorisation compensatrice de l'impuissance du dominé

    Marc Labelle, ex Franco-Ontarien, a très bien décrit ce qu'est L'AUTOVALORISATION COMPENSATRICE DE L'IMPUISSANCE DU DOMINE dans "Le colonialisme canadien anglais"

    "Les compromis les plus importants ne peuvent être que le lot du peuple dominé. Davantage, les concessions faites par le francophone dominé sont interprétées par lui-même comme un acte de générosité de sa part. Il s'agit de L'AUTOVALORISATION COMPENSATRICE DE L'IMPUISSANCE DU DOMINE. En retour, il entretient l'espoir tenace que la volonté de domination du dominateur se transforme par magie en esprit de justice et de partage".

    Aitovalorisation compensatrice: consolons-nous en allant prendre un verre ensemble pis en parlant de nos problèmes...au lieu d'essayer de changer le système politique. Pour le Québec, c'est l'indépendance! Sinon, dans quelques générations, nous serons des Franco-Québécois comme les Franco-Ontariens!

  • Daniel Gagnon - Abonné 12 août 2015 11 h 53

    Avons-nous la fibre française ou pas?

    On est francophone ou on ne l'est pas...

    Ne faut-il pas une solidarité sans faille en ce moment, surtout quand Monsieur Harper fait tout en son possible pour couper dans le soutien au français.

    C'est le même combat devant une politique cruelle et cynique qui favorise l'unidimensionnalité de la culture anglophone qui absorbe à un rythme effrénée les minorités et les nouveaux arrivants.

    Le Québec, dans son désir d'autonomie, ne peut laisser tomber les siens, les 611,000 francophones de l'Ontario (125,000 à Toronto). Avons-nous oublié Louis Riel et la lâcheté des nôtres devant ce meurtre historique?

    Il ne faut pas répéter le rejet insensible et éhonté que nous avons vécus par la France.

    On ne peut pas leur faire ce coup aux Franco-Ontariens.

    Il s’agit d’avoir une âme ou pas.

    Sinon pourquoi faire l’indépendance si nous n’avons pas la fibre française?