Le square Viger, un cas d’exception!

L’environnement social et bâti du square Viger, en pleine mutation, redonne tout son sens au concept initial de l’artiste Charles Daudelin.
Photo: Annik MH De Carufel L’environnement social et bâti du square Viger, en pleine mutation, redonne tout son sens au concept initial de l’artiste Charles Daudelin.

Depuis quelques semaines, plusieurs experts se sont prononcés publiquement sur l’avenir du square Viger face au projet de réaménagement annoncé par la Ville de Montréal impliquant la démolition de l’oeuvre de l’artiste Charles Daudelin. Des lettres provenant de personnalités compétentes et réputées, dont les directeurs des grands musées montréalais et les lauréats des Prix du Québec en arts visuels (Paul-Émile-Borduas) ont été déposées au maire de Montréal, l’invitant unanimement à reconsidérer sa position. Les oppositions exprimées par la famille de l’artiste, par le milieu des arts et par l’assistance lors de la séance d’information de la Ville de Montréal en juin dernier démontrent que le processus de reploiement de cet espace public sensible est très mal engagé. La récente annulation de l’appel d’offres pour les travaux de réaménagement du square témoigne d’une ouverture de l’administration à revoir le concept qui est sur la table. Peut-on profiter de l’occasion pour imaginer les choses autrement ?

Pour Charles Daudelin, cette oeuvre/espace public misait sur la vitalité du contexte. Ce dont elle a toujours été cruellement privée. Coincé entre des bretelles d’autoroute et des voies de circulation rapide, le lieu original est rapidement devenu un isolat urbain. Face à de telles contraintes, n’importe quel autre aménagement aurait subi le même dessein. Or, comme l’a souligné l’urbaniste Raphaël Fischler, l’environnement social et bâti de Viger est en pleine mutation avec l’implantation du CHUM et la revitalisation de la gare Viger.

Ce changement longtemps attendu pour ce secteur, aussi radical qu’inévitable, redonne tout son sens au concept initial de l’artiste. Plutôt que d’envisager son démantèlement, cette oeuvre mérite plus que jamais d’être reconsidérée à sa juste valeur, à la mesure de ses pleines potentialités. Car en fait, l’oeuvre de Daudelin était sous certains aspects idéologiques et programmatiques, bien en avance sur son temps avec son agora et ses structures ouvertes aux multiples appropriations. Aujourd’hui, face à la mouvance de son contexte et de la demande sociale (sécurité, multiplicité des usages et des fonctions), des adaptations au lieu s’imposent bien évidemment. Aussi légitimes soient-ils, la relecture critique de cet espace public et son réaménagement doivent se faire, de l’avis de tous les experts, en continuité et dans le respect de la narration de l’artiste, sous réserve bien sûr que la Ville soit motivée à assurer convenablement la gestion de ce site dans le temps.

Éric Daudelin, mandataire de l’évolution de l’oeuvre?

Le débat actuel sur cette oeuvre/espace public a mis en lumière le rôle et l’engagement du fils de l’artiste, Éric Daudelin, dans la conception initiale du square Viger. En entrevue, ce dernier a bien cerné la nature des problèmes de gestion de cet espace public depuis les années 80, et il a démontré son ouverture à une démarche évolutive, en suggérant des pistes de solutions très pertinentes pour la rénovation de l’oeuvre de son père. Il a surtout affirmé sa volonté de dialoguer avec la Ville pour le réaménagement du square.

Pourquoi le maire de Montréal ne saisirait-il pas l’occasion pour inviter Éric Daudelin, artiste lui-même, à poursuivre et faire évoluer l’oeuvre de son père ? Une telle situation exige, croyons-nous, des mesures d’exception dans l’attribution de cette commande publique qui vise à poursuivre une oeuvre majeure. Demander à Éric Daudelin d’apporter les ajustements nécessaires au concept initial pourrait se réaliser dans les temps, pour 2017 et dans les budgets de la Ville, sinon à moindre coût…

Et pour accompagner cette commande de restauration du square Viger confiée exceptionnellement directement à l’artiste Éric Daudelin, pourquoi ne pas former un panel restreint d’experts reconnus sur la scène montréalaise émanant des milieux de l’art public, du design urbain, des riverains et des gestionnaires de projet en architecture de paysage de la Ville de Montréal ?

Ce processus inhabituel ne devrait en aucun cas servir d’exemple pour d’autres projets publics montréalais. Et à ce propos, à l’instar des efforts d’exemplarité que l’administration municipale déploie, depuis sa désignation en juin 2006 comme Ville UNESCO de design, pour ouvrir sa commande et élever la qualité en design et en architecture sur son territoire, il est à souhaiter que celle-ci engage dorénavant un dialogue plus soucieux des lieux, et ce, de concert avec l’ensemble des acteurs et experts interpellés.

À voir en vidéo