Il y a des gains pour le Québec à élire Mulcair

Le chef du NPD, Thomas Mulcair
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du NPD, Thomas Mulcair

Je suis indépendantiste ; je suis de gauche ; je suis contre le multiculturalisme canadien ; je suis contre le pétrole ; je suis pour une assemblée constituante citoyenne non partisane et non instrumentalisée par un parti aspirant à gouverner ; je ne suis membre d’aucun parti ; je ne défends aucun parti ; mais je suis pragmatique ; je considère qu’une élection sert à désigner ceux qui vont exercer le pouvoir et non à faire profession de foi ; c’est pourquoi je vais vraisemblablement voter NPD.

MM. Roche et Gill ont beau être des universitaires respectés (quoique souvent controversés), leur texte me paraît rempli de demi-vérités, comme tous les textes partisans. Permettez-moi d’en relever quelques-unes.

Je voterai pour le NPD non pour contribuer à la construction d’un Canada de gauche (on n’en est pas là !), mais pour éviter que le Québec ait à subir les politiques de droite de Harper : militarisme, justice punitive, appui inconditionnel à Israël, tout pétrole, déni des GES, intégrisme moral, mépris des scientifiques, des travailleurs saisonniers, des chômeurs, de l’information, du Parlement, démantèlement de Radio-Canada, etc.

Il est indéniable que, même si le NPD demeure un parti fédéraliste, multiculturaliste, faiblement social-démocrate et complaisant sur certains pipelines, et si son chef Mulcair a un passé peu rassurant pour les Québécois francophones, en attendant que le Québec soit indépendant, il y a des gains nets pour le Québec à élire le NPD sur le plan de la fiscalité, de la politique internationale, de l’environnement, des mesures sociales, du droit de retrait du Québec avec compensation, du fédéralisme asymétrique, de la représentation québécoise, etc.

Aucun parti politique ni canadien ni québécois, Québec solidaire compris, ne remet vraiment en question le néolibéralisme. À ce titre, MM. Roche et Gill n’ont qu’un choix : ne pas voter du tout, ni au fédéral ni au provincial.

La défense du Québec, c’est de plus en plus clair avec un Canada qui a décidé de nous ignorer et de se passer de nous (nous en avons eu une preuve de plus lors de la clôture des Jeux panaméricains de Toronto), ne se fera pas à Ottawa mais à Québec. C’est à Québec que Duceppe devrait aller s’il veut être utile au Québec plutôt que de se complaire à flatter l’ego des indépendantistes inconditionnels (et le sien !).

J’aimerais bien qu’on m’indique où et quand les syndicats se sont positionnés clairement en faveur d’une assemblée constituante citoyenne et non partisane pour permettre au peuple québécois de définir lui-même le pays et les institutions démocratiques qu’il veut. Dans les deux autres cas mentionnés d’ailleurs (QS et Oui-Québec), la proposition de constituante est si accessoire qu’elle risque fort d’être instrumentalisée au service de l’indépendance ou d’un programme partisan de gouvernement.

Le déclencheur

« Bon nombre de progressistes se réclamant de l’indépendance s’apprêtent à appuyer le NPD aux élections fédérales de l’automne. Voter pour le Bloc québécois leur apparaît comme une menace à l’objectif qui consiste à congédier le gouvernement conservateur. […] Ils se justifient en soutenant que le Bloc aurait “ joué son rôle historique ” et que le peuple québécois aurait pris à son égard une décision définitive en 2011. […] Nous ne souscrivons pas à cette analyse. Si compréhensible soit la hâte de se débarrasser du gouvernement Harper, le combat politique ne peut se limiter à ce projet. »

— Michel Roche et Louis Gill, «Le dilemme des progressistes indépendantistes», Le Devoir, 27 juillet 2015


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