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Le dilemme des progressistes indépendantistes

Le fait que Thomas Mulcair, ex-ministre du gouvernement Charest qui promettait une «réingénierie de l’État», soit à la tête du NPD en dit long sur sa nature.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le fait que Thomas Mulcair, ex-ministre du gouvernement Charest qui promettait une «réingénierie de l’État», soit à la tête du NPD en dit long sur sa nature.

Bon nombre de progressistes se réclamant de l’indépendance s’apprêtent à appuyer le NPD aux élections fédérales de l’automne. Voter pour le Bloc québécois leur apparaît comme une menace à l’objectif qui consiste à congédier le gouvernement conservateur, perçu à juste titre comme le plus réactionnaire de l’histoire récente. Ils se justifient en soutenant que le Bloc aurait « joué son rôle historique » et que le peuple québécois aurait pris à son égard une décision définitive en 2011. Un gouvernement NPD, espèrent-ils, saurait améliorer la vie de millions de gens, alors que le Bloc n’exercera jamais le pouvoir. Le combat de l’heure serait celui de la construction d’un « Canada de gauche », qui justifierait la mise en veilleuse, au moins temporaire, du combat pour l’indépendance du Québec. En se plaçant à l’extérieur de ce mouvement par un appui au Bloc, le Québec raterait l’occasion historique de participer à l’élection d’un premier gouvernement NPD pancanadien.

Nous ne souscrivons pas à cette analyse. Si compréhensible soit la hâte de se débarrasser du gouvernement Harper, le combat politique ne peut se limiter à ce projet. Il est d’ailleurs déplorable que certains syndicats véhiculent le mot d’ordre de voter pour la personne « la plus susceptible de vaincre le candidat conservateur local ». Les luttes ouvrières, syndicales et populaires, ne peuvent progresser que par une mobilisation soutenue axée sur un projet politique et social libérateur. […]

Mais il en est qui croient sincèrement que l’élection du NPD permettrait à la fois de se débarrasser du gouvernement Harper et de mettre en avant des politiques progressistes. Or, le NPD d’aujourd’hui, en dépit de ses racines dans le mouvement ouvrier canadien, s’apparente au New Labour de Blair. Il ne remet pas en cause le néolibéralisme. Du reste, l’élection du NPD au Québec en 2011 a peu à voir avec une maturation politique de la population. Elle exprime essentiellement un rejet des partis politiques traditionnels. Son socle est fragile.

Le fait que l’ancien avocat d’Alliance-Québec, Thomas Mulcair, ex-ministre du gouvernement Charest qui promettait une « réingénierie de l’État », soit à la tête de ce parti en dit long sur sa nature. Il n’y a qu’à évoquer son appui au projet d’oléoduc Énergie Est, qui acheminera le pétrole sale des sables bitumineux à travers le territoire québécois. Il s’agit là d’une position irrespectueuse de la population du Québec qui en assumera les risques environnementaux.

Même chose pour les positions du parti face à la question de la laïcité. Défenseur résolu du multiculturalisme, il s’oppose à l’adoption d’une charte de la laïcité, ainsi qu’à l’interdiction du voile islamique dans les services publics.

L’indépendance : partie intégrante de l’émancipation sociale

En dépit de ces réserves à l’égard du NPD, nous croyons qu’il constitue l’unique solution de rechange pour le Canada anglais. Ce n’est toutefois pas le cas pour le Québec. La structure politique canadienne s’est édifiée sur la base de l’oppression des nations minoritaires. Cette situation s’est traduite, au Québec, par l’émergence d’un mouvement indépendantiste qui a fini par s’imposer comme la principale menace pour l’État fédéral canadien et pour les classes dont il constitue l’instrument de domination. Que le mouvement indépendantiste subisse parfois des périodes de recul ne change rien à l’analyse. Le combat pour créer un État séparé fait partie intégrante de la bataille pour l’émancipation sociale. La question nationale ne s’est pas volatilisée même si le principal parti qui en a été jusqu’ici le porteur revêt aujourd’hui l’apparence d’un « champ de ruines ».

L’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire sans le Québec a illustré mieux que tout la minorisation politique de la nation québécoise. Les principaux pouvoirs étant à Ottawa, le Québec subit des politiques qu’il n’a pas voulues. Il souffre actuellement des politiques du gouvernement Harper, y compris de sa politique étrangère et de son orientation militariste, sans avoir participé à son élection.

Un gouvernement NPD avec forte participation québécoise changera-t-il quelque chose à cette situation ? Nous avons évoqué plus haut les positions de ce parti au sujet de l’oléoduc Énergie Est et de la laïcité. Par ailleurs, le NPD n’a jamais remis en question son appui à la Constitution de 1982, ni condamné son adoption unilatérale sans l’appui du Québec. Chaque fois que les pouvoirs du Québec ont été réduits ou outrepassés, il a, au pire, donné son appui au gouvernement fédéral ; au mieux, il n’a rien fait. La présence de 58 députés du Québec dans son caucus n’a rien changé.

L’appui au Bloc : le geste à poser

Par ailleurs, nous ne partageons pas l’opinion selon laquelle la question nationale aurait perdu son potentiel de mobilisation au point où il faudrait baisser les bras et « passer à autre chose ». Et nous considérons qu’il est faux de prétendre que le Bloc est périmé. Rappelons que, si le Bloc n’a alors remporté que quatre sièges, c’est un Québécois sur quatre qui a voté en sa faveur.

Lors de cette élection, le Bloc a souffert d’une situation où le projet d’indépendance n’était pas au centre de l’actualité. Ce n’est plus le cas. Les Organisations unies pour l’indépendance (OUI-Québec), qui ont succédé au Conseil de la souveraineté, sont en train de se construire et rassemblent des indépendantistes de tous les horizons. L’idée de la tenue d’une assemblée constituante est appuyée par les centrales syndicales, par Québec solidaire et par les OUI-Québec. L’appui à l’option indépendantiste, tel que mesuré par les sondages, revient à des niveaux comparables à ceux qu’il avait atteints à la veille du référendum de 1995. Le référendum catalan, qui aura lieu en septembre prochain, en pleine campagne électorale fédérale, pourrait renforcer davantage le camp indépendantiste québécois.

Peut-on se contenter de la seule perspective de se débarrasser de Harper et de viser un vote massif pour le NPD au Québec comme moyen d’apporter sa contribution à la formation d’un premier gouvernement NPD pancanadien ? Nous ne le croyons pas. Nous pensons que le Québec doit continuer à se donner les outils qui lui permettront de hâter sa sortie du Canada et nous croyons que le Bloc québécois en fait partie.

50 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 juillet 2015 02 h 27

    Savoir ce qui urge, n'est-il pas la plus grande des sagesses

    N'est il pas dans nos moeurs de définir certaines choses comme urgente et d'autres qui le seraient moins, n'est-ce pas notre facon de penser, qui ferait que nos décisions seraient plus justes et plus éclairés, ne dit on pas qu'il y a un temps pour chaque chose et qu'il ne faut pas prendre de décisions improvisées, que le temps est un facteur déterminant, savoir ce qui urge, n'est-il pas la plus grande des sagesses

    • Pierre Lagrenade - Abonné 27 juillet 2015 18 h 02

      Ce qui urgerait serait de se débarrasser d'Harper si je comprends bien. La meilleure façon d'y parvenir serait que le Québec devienne indépendant.
      Il est également sage lorsque l'on veut devenir indépendant d'y travailler d'arrache-pied au provincial comme au fédéral et surtout de ne pas embarquer dans un bateau libéral ou NPD dont le but est de faire la démonstration que l'avenir du Québec se situe à l'intérieur du Canada. Ça dépend de ce que l'on veut !

    • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 29 juillet 2015 01 h 12

      Ce qui urge c'est de faire le ménage au Québec et de virer tous les corrompus et profiteurs du système. Il est temps de transformer le Québec en une république, peu importe si elle doit être indépendante oufaire partie de la confédération, l'important c'est d'avancer et de se créer une constitution par référundum. Car à date, aucune consitution ne s'applique aux québécois car toutes les autres provinces ont approuvés celle de 1982. Donc le Québec est tout seul sur le plan politique. Seuls les citoyens auront le courage de faire avancer les choses.

    • Christian Montmarquette - Abonné 29 juillet 2015 18 h 05

      «e qui urge c'est de faire le ménage au Québec et de virer tous les corrompus et profiteurs du système.» - Emmanuel Lyng-Sabatier

      100% d'accord avec vous là-dessus. Et attendre après l'indépendance pour faire ça., c'est être à la fois irresponsable et se servir de l'indépendance pour négliger de faire ce qu'on pourrait faire imméditatement sans référendum ni indépendance.

      Mon conseil, cesser de voter pour les néolilbéraux du PQ, du PLQ et de la CAQ qui s'emparent des deniers publics pour engraisser l'entreprise privée et appuyer Québec Solidaire qui propose une Assemblée constituante non partisance dans les six mois d'une prise du pouvoir.

      - Cm

  • Diane Gélinas - Inscrite 27 juillet 2015 02 h 45

    Convaincre tous les Québécois de voter Bloc

    «Le NPD pour battre les Conservateurs», le Québec a osé mais le ROC a «choqué».
    L'élection de 2011 passera dans les livres d'histoire comme une anomalie conséquente du ras-le-bol des électeurs envers les «Conservateurs va-t-en guerre» et les «Libéraux des commandites».

    Si le Canada veut congédier les Conservateurs, ils ont 260 comtés dans le ROC pour régler la question. Le Québec aurait beau envoyer 78 député.es néo-démocrates à Ottawa, ça ne garantirait en rien la perte de pouvoir des Conservateurs.

    Non seulement les Québécois de longue date doivent-ils se poser la question de la perte d'influence du Québec dans la Fédération canadienne, mais il faut prendre le temps d'expliquer aux immigrants qui ont choisi de vivre au Québec - après avoir prêté serment au Canada, ne l'oublions jamais - pourquoi il serait avantageux pour eux et pour leurs enfants, de vivre dans un pays de la taille du Québec, dont le territoire est souvent plus étendu que leur pays d'origine.

    Il faut d'urgence démentir la croyance que voter pour le Bloc Québécois, c'est trahir le Canada. Au contraire, c'est accéder, avec leurs voisins et amis, à un pays à eux, à dimension humaine, où la langue officielle est le français, où la sociale démocratie est la plus développée au Canada (garderies abordables, assurance médicaments, caisse de dépôt, système fiscal national, etc.), où on aime goûter leur différents et savoureux plats, où on est curieux de leurs us et coutumes et où on cultive la joie de vivre, l'ouverture à l'autre et le partage fraternel.

    Se donner un pays, c'est prendre ses responsabilités, choisir de son environnement et s'affirmer comme le phare de la francophonie dans les Amériques. Si ce choix rebute à certains, ils peuvent toujours en discuter autour d'eux pour mieux comprendre les aspirations du Québec et se joindre à la marche vers la liberté.

  • Yves Côté - Abonné 27 juillet 2015 03 h 13

    La solution...

    Selon moi, pour tout parti indépendantiste, il n'y a qu'une solution : travailler à l'élaboration d'un projet commun, progressiste et contemporain de constitution républicaine du Québec et s'engager dès une éventuelle élection, à présenter celui-ci au vote référendaire des Québécois.
    Ne serait-ce pas la manière de nous sortir de toutes ces fractions de nous que les stratèges fédéraillistes savent si bien entretenir par leurs politiques et surtout, leurs plans de communication clinquants "fully canadian" ?

    Vive le Québec libre !

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 juillet 2015 06 h 41

    Sa sortie du Canada

    Bon, au risque de me répéter, voter Bloc au fédéral, ce n'est pas pour «sortir» le Québec du Canada mais y démontrer une «présence». Et pour que cette présence soit significative, elle doit être «massive».

    Cessons de mélanger les «genres». L'indépendance du Québec, si elle se fait, se fera au Québec, par et pour les québécois.

    En attendant, nous savons tous que nos opinions, quelle que soit nos subtilités, sont différentes que celles du ROC; il faut donc y envoyer des représentants qui iront leur dire «en face» et non pas du fond de la salle. On ne sait jamais, si nous envoyons assez de représentants parlant en «notre nom», nous serons entendus et enfin respectés. Et peut-être que finalement, nous n'aurons plus à penser à en sortir. L'Alberta l'a bien fait, pourquoi pas nous ?

    Imaginez : Faire gagner Duceppe retarderait PKP. Même les fédéralistes québécois devraient y penser. Voter Duceppe c'est demeurer nationaliste à l'intérieur du Canada.

    Pendant que toutes les autres provinces se chamaillent entre elles pour choisir le moins pire dirigeant, nous faisons front commun afin de remplir le plus de sièges possible «en face». «M'entendez-vous maintenant ?» «Do you hear me now?» qu'il dirait notre représentant. «Je suis votre dernière chance de garder ce pays en un seul morceau !»

    Mon opinion ? Le message serait beaucoup plus clair que de se diluer à travers les autres partis qui se fouttent de nous depuis qu'ils existent. Qui sait, peut-être deviendrions-nous cet État à l’intérieur d’un autre État que nous cherchons depuis la nuit des temps. Au Québec, nous aimons nous opposer, ben… Opposons-nous ensemble et cette fois-ci contre «l'Autre».

    Tous les québécois sont d'accords sur un point : Notre poids politique doit se faire sentir à Ottawa, la seule façon est de voter en Bloc. L'indépendance n'a rien à y voir; le «message» est même tout à fait différent, presqu'opposé. Le Bloc ? C'est la dernière chance du Canada de rester un pays

    • Michel Blondin - Abonné 27 juillet 2015 20 h 01

      Vous avez tort de croire que l'indépendance se fera par le Québec. Formule trop simpliste.
      Le processus est international et nécessite le Canada. La séparation du Québec du bien sûr provient du Québec. Là, n'est pas la question. Il s'actualise avec l'ancien partenaire d'où la nécessité d'utiliser les deux paliers. L'un pour l'amorcer le référendum québécois, l'autre pour l'acceptabilité et la transition au palier fédéral dans l'enceinte des fédéralistes. Ils ont plus de la moitié des finances!

      Quant à votre dernière chance du Canada de rester un pays, pour certains nationalistes, je ne vous donne pas tort. Une majorité de députés du Bloc qui pourrait avoir la balance du pouvoir peut devenir un électrochoc du sauve-qui-peut.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 juillet 2015 07 h 03

      «Trop simpliste»
      Allons-y par élimination : Si les québécois, au référendum redisent «non», l'indépendance ne se fera pas. Ce sont les seuls à qui la question sera posée. Il est effectivement très «simple» de comprendre que s'ils disent «oui», le même esprit s'applique. Ce que vous ajoutez après, vient justement «après».

      L'acceptabilité ? Si pour un «non» la réponse est «acceptable», elle ne peut être différente pour un «oui»; l'international nous appuiera, il n'est pas «la» menace; il l’aurait fait pour les écossais et le fera pour les catalans (s’il y a lieu).

      Mais nous sommes hors propos. Nous n’envoyons pas le Bloc au fédéral pour négocier notre indépendance mais pour nous imposer dans le fonctionnement du Canada comme «entité non contournable». Cessons de mélanger les cartes. Un fédéraliste nationaliste québécois et un indépendantiste peuvent voter Bloc et pour les mêmes raisons : Pour représenter notre État dans l’autre État. Celui-ci devient plus qu’une autre «province» parmi d’autres, ce qu’aucun québécois n’accepte. Même pas vous.

      Bonne journée.

      PL

  • Jean Lapointe - Abonné 27 juillet 2015 07 h 08

    Nous avons tout avantage à faire bloc.

    «La structure politique canadienne s’est édifiée sur la base de l’oppression des nations minoritaires. Cette situation s’est traduite, au Québec, par l’émergence d’un mouvement indépendantiste qui a fini par s’imposer comme la principale menace pour l’État fédéral canadien et pour les classes dont il constitue l’instrument de domination. » (Michel Roche et Louis Gill)

    C'est cela le plus important il me semble. Si le mouvement indépendantiste existe c'est parce que la nation québécoise est prise dans un carcan auquel les partis fédéralistes ne veulent absolument pas remédier. Pour eux, au contraire, le mouvement indépendantiste (ou souverainiste si l'on préfère) est perçu par eux comme une menace qu'il faut faire disparaître.

    Les partis fédéralistes, tant au niveau provincial qu'au niveau fédéral, ne perçoivent pas pour la plupart d'entre eux les souverainistes québécois comme des adversaires politiques mais comme des ennemis à abattre, même si ce n'est pas avec des armes.

    Et les gens qui profitent de la situation, comme les milieux d'affaires par exemple, les appuient en très grande majorité.

    Nous les souverainistes, nous ne devons jamais cesser d'être vigilants et nous ne devons jamais cesser de poursuivre notre combat.

    En appuyant en masse le NPD lors des prochaines élections, dans l'espoir de ramener les Conservateurs dans l'opposition ne pourraient que nous affaiblir.

    Nous le leur laisserions croire alors que nous n'y tenons pas tant que ça à l'indépendance du Québec et nous leur donnerions davantage raison de vouloir écraser le mouvement pour de bon.

    Notre tâche est déjà assez difficile comme c'est là à cause des nombreux obstacles que nous avons à surmonter. Il ne faudrait quand même pas nous diviser encore davantage.

    Nous avons donc tout avantage à faire bloc en faveur du but que nous poursuivons en votant pour le seul parti qui puisse nous représenter à Ottawa c'est-à-dire le Bloc québécois.