Après le blâme, le silence

Photo: Andrey Tsidvintsev Getty Images

Le lockout des propriétaires de garage au Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui touche quelque 450 travailleurs, est sur le point d’entamer son 30e mois. Or une plainte acheminée en lien avec ce conflit en janvier 2015 au Conseil de presse du Québec contre CKYK 95,7 Radio X a été retenue le 12 juin 2015. Le Conseil a blâmé cette station de radio, mais cela passe étrangement sous silence ! 

Le fait est que Richard Courchesne, animateur à CKYK radio X, a déclaré à son émission que puisque 40 % de son salaire était assumé par les différents concessionnaires automobiles de la région, il ne parlera jamais contre les concessionnaires. Pourquoi ? Il l’a confié en toute « transparence », en toute « franchise » : il a appris une chose dans la vie, « ne pas mordre la main qui [le] nourrit ».

Cette plainte, concernant des aspects cruciaux de l’intégrité journalistique et du traitement de l’information par rapport aux contrats publicitaires, a une portée des plus dramatiques en région puisque les agissements avoués en toute « transparence » et candeur par l’animateur ont pu servir aux propriétaires de garage, ont pu contribuer à déséquilibrer encore plus un rapport de force déloyal !

En effet, après ce blâme pour autocensure et conflits d’intérêts, on peut se demander depuis quand cette mauvaise pratique dure. Et l’on peut deviner l’impact financier d’une telle pratique de certains médias qui ne s’assurent pas de dresser des frontières étanches entre les départements de rédaction et de ventes ; et cela, plus particulièrement dans le cas d’un conflit de travail où les ventes sont intimement liées au rapport de force.

En ne présentant qu’un seul côté de la médaille dans ce conflit automobile qui dure depuis bientôt 30 mois, la station a pu nuire à un possible règlement ! De plus, quand M. Courchesne déclare pour une xième fois qu’il ne faut jamais « mordre la main qui nous nourrit » et qu’il ajoute que « cela est valable pour toutes les stations de radio, de télévision et même les journaux », il éclabousse au passage tout le milieu de l’information ! Je veux bien croire qu’il a tort lorsqu’il parle des autres, mais ayant écrit à plusieurs médias régionaux pour dénoncer la situation, le silence qui s’en est suivi a quelque chose d’inquiétant !

J’ose espérer qu’en vertu du droit du public à l’information, tous les médias régionaux ne cautionnent pas cette pratique et se dissocieront des propos de M. Courchesne qui les accuse d’adopter la même attitude par rapport aux contrats publicitaires, entachant ainsi les métiers du journalisme.

J’espère que la station, par son comportement qui ne respecte pas le code déontologie journalistique — puisqu’elle a été prise en défaut pour conflits d’intérêts, autocensure, en plus de recevoir un blâme pour son manque de collaboration devant le Conseil de presse du Québec — devra répondre de ses agissements en dédommageant les employés de garage équitablement pour le rôle qu’elle a joué dans ce conflit de travail. Ce manquement à l’éthique par des professionnels de l’information se traduit directement par de fâcheuses conséquences pour l’ensemble des employés de garage, et même pour l’économie du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il ne suffit pas cette fois de changer de poste, il est question du droit du public à une information juste et transparente afin qu’elle ne serve pas des intérêts particuliers.

À voir en vidéo