La gratuité scolaire pour une véritable université

Les Montréalais qui s’aventurent au centre-ville peuvent contempler un monument rendant hommage aux prétentions entrepreneuriales de l’université : l’îlot Voyageur, ici photographié en 2007.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les Montréalais qui s’aventurent au centre-ville peuvent contempler un monument rendant hommage aux prétentions entrepreneuriales de l’université : l’îlot Voyageur, ici photographié en 2007.

Les jeunes péquistes ont annoncé lundi leur intention de défendre la gratuité scolaire. L’ouverture du chef péquiste, Pierre Karl Péladeau, à l’endroit de la proposition est une rupture par rapport à ses prédécesseurs. Le projet va cependant radicalement à l’encontre de la direction empruntée par l’université depuis plusieurs années.

Il existe actuellement plusieurs palmarès visant à classer les universités du monde entier. Parmi ceux-ci, le classement réalisé par le Mines ParisTech évalue la qualité d’un établissement en fonction du nombre d’anciens étudiants à être devenus p.-d.g. de l’une des 500 plus grandes entreprises du monde. L’anecdote est parlante sur ce qu’est devenue une institution jadis vouée à la transmission du savoir.

L’université est aujourd’hui soumise à une logique de rentabilité et d’intégration totale aux exigences de l’économie dominante. Les programmes d’enseignement ont été transformés en techniques professionnelles, dont on valorise les plus utilitaires d’entre elles. On évoque même parfois l’idée d’abolir les programmes peu rentables financièrement, ou encore ceux qui ne garantissent pas directement un accès au marché du travail. On ne trouve guère un meilleur exemple de la dérive de l’université que cette dévalorisation du savoir prétendument non utilitaire. Vive la formation des gestionnaires patentés du monde globalisé !

Les universités sont aujourd’hui traversées par une double compétition. Celle qui les oppose les unes aux autres, mais aussi celle qui s’y déroule depuis l’intérieur. La course aux subventions fait force de loi, et la survalorisation de la recherche universitaire a transformé la vocation du professeur. Celui-ci s’est désintéressé de l’enseignement, s’acquittant à peine du strict minimum en la matière. Transmettre le savoir à de jeunes bacheliers en devenir est devenu beaucoup moins valorisant que le statut social qui vient avec l’appartenance à la grande communauté des chercheurs reconnus. Au Québec, ce sont aujourd’hui les chargés de cours, aux emplois très souvent précaires, qui reprennent l’enseignement délaissé par les professeurs.

L’appartenance à une chaire de recherche du Canada renforce ce dogme. Elle exige généralement que le professeur réduise le nombre de cours qu’il donne, en plus de lui conférer généralement une existence médiatique. Se multiplie dès lors le nombre de contrats qu’il peut offrir. Les chaires sont devenues de véritables structures de recrutement et de promotion intra-universitaire.

Outre la recherche subventionnée existe la recherche à des fins commerciales, lorsqu’une entreprise choisit de sous-traiter et d’offrir un contrat à un universitaire pour mener une étude pour elle. Le principal danger de la recherche commercialisée est bien entendu la soumission du chercheur aux intérêts de la compagnie qui la finance. Les objets de recherche sont définis par l’entreprise et, selon l’entente, les résultats lui appartiendront. Ainsi, si la conclusion de l’universitaire désavantage l’entreprise, par exemple sur le caractère sécuritaire d’un produit, la compagnie aurait le loisir de garder les résultats de l’étude pour elle.

Cela est d’autant plus dangereux pour les secteurs scientifiques, médicaux et technologiques de la recherche universitaire. On imagine d’emblée les formidables complications juridiques dans le cas où un chercheur voulait alerter le public après avoir fait une découverte terrible et nuisible aux profits de la compagnie qui lui aurait donné le contrat de recherche. L’universitaire ne doit-il pas, par définition, être critique et indépendant ?

Mal financées

Sous-financées, les universités ? Plutôt mal financées, alors que l’enseignement voit ses ressources financières consacrées se réduire comme peau de chagrin pendant que celles qui sont allouées à la recherche se portent à merveille. Certains estiment pourtant que les étudiants ont à payer la note pour de l’argent mal dispensé.

Plusieurs de ceux qui dénoncent cette marchandisation croissante de l’éducation en appellent à une université publique. On se permettra de parler plutôt d’université véritable, laquelle est publique par définition. Quiconque a les capacités d’entreprendre et de réussir des études supérieures devrait pouvoir le faire, nonobstant l’état de son portefeuille. Le Québec aurait tout intérêt à faire le choix de société qu’est la gratuité scolaire. Il en a les moyens, à condition d’établir des balises et des conditions strictes. Plusieurs formules peuvent être envisagées et méritent d’être analysées.

Nous en viendrions ainsi à voir l’université comme une institution devant former des êtres libres et complets, pas inculquer la mentalité de l’utilisateur-payeur désincarné. En attendant, les Montréalais qui s’aventurent au centre-ville peuvent contempler un formidable monument, rendant hommage aux prétentions entrepreneuriales de l’université : l’îlot Voyageur…

38 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 23 juillet 2015 03 h 33

    Le Parti québécois n'a plus de crédibilité

    De toute évidence le PQ se sert de son Comité national des jeunes pour tenter de se donner une image de gauche, alors que jamais le PQ, néolibéral comme il l'est devenu, n'adoptera la gratuité scolaire avec son obsession de la dette et son sempiternel dogme du déficit zéro.

    Et il est désormais de notoriété publique que «Le PQ flash à gauche dans l'opposition, et vire à droite au pouvoir»; un slogan qui circule dans la gauche politique depuis au moins 18 ans!

    Et les péquistes l'on encore démontré durant leur dernier mandat, où il ont reculé sur la majorité de leurs promesses électorales; dont, l'abolition de la «taxe santé» et justement «l'abolition de la hausse des droits de scolarité» pour ne prendre que ces deux exemples.

    En fait, le PQ peut bien dire n'importe quoi, et même, brandir le poing pour promettre un pays. La réalité c'est que le Parti québécois est désormais une formation qui a perdu toute crédibilité. Et ce, autant en ce qui concerne son adhésion à la social-démocratie, qu'en ce qui concerne la question nationale, puisque le Parti québécois n'a toujours pas de référendum au programme, malgré ses incessantes agitations nationalistes.

    - Imaginez un peu, si le PQ qui se prétend souverainiste gros le bras, parle des deux côtés de la bouche en refusant de s'engager sur la voix référendaire, ce qu'il adviendra d'une promesse sur la gratuité scolaire...

    Ceux et celles qui revendiquent sérieusement la gratuité de l'éducation au Québec trouveraient une bien meilleure écoute de la part de Québec Solidaire dont c'est une position naturelle faisant intrinsèquement partie de la cohérence de l'ensemble de son programme, de ses valeurs et même des raisons de sa fondation.

    Christian Montmarquette

    • David Cormier - Inscrit 23 juillet 2015 12 h 47

      Québec solidaire présente au départ comme avérée la supposition que le PQ est "néolibéral". Donc, dorénavant, tout ce que le PQ pourra proposer qui se classe à gauche du spectre politique ne sera pas réalisé par ce parti, parce qu'il est "néolibéral" (toujours selon Québec solidaire). Voilà la logique circulaire du porte-parole officiel de Québec solidaire, toujours si prompt à commenter tous les articles du site du Devoir.

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 juillet 2015 19 h 25

      «Dorénavant, tout ce que le PQ pourra proposer qui se classe à gauche du spectre politique ne sera pas réalisé par ce parti, parce qu'il est "néolibéral"» - David Cormier

      M. Cormier,

      Je ne demanderais pas mieux que de croire le PQ quand il se dit ouvert à la gratuité scolaire. Mais reconnaissez que la grande majorité des promesses social-démocrates du PQ de 2012, se sont soldées par des reculs et des trahisons de promesses, dont je vous ai donné deux exemples patents dans mon premier post, et notamment sur la question des frais de scolarité.

      Le passé étant de garant de l'avenir, le meilleur moyens de juger un parti politique n'est pas sur ses promesses, mais sur «ses bilans»; et le bilan du Parti québécois me semble passablement négatif en matières sociales, puisqu'il a réussi a perdre les élections après seulement 18 mois, après 9 ans de régime libéral.

      - Cm

      .

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 23 juillet 2015 22 h 49

      C'est bien les idées de gauche tant que l'on a que trois députés. On peut parler et j'avoue que les propositions de Québec-Solidaire sont souvent attirantes pour le peuple. Mais quand on n'est pas face aux réels défis et aux contraintes de diriger pour de vrai le Québec, c'est plus facile promettre et faire de beaux scénarios. Parlez-en à Alexis Tsipras, qui était plus à gauche que Québec-Solidaire.

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 23 juillet 2015 22 h 57

      ''le bilan du Parti québécois me semble passablement négatif en matières sociales, puisqu'il a réussi a perdre les élections après seulement 18 mois, après 9 ans de régime libéral''.

      Vous sous-entendez donc que le P.L.Q. a un meilleur bilan en matières sociales puisqu'il a été 9 ans au pouvoir contre 18 mois pour le P.Q. Solide analyse.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 juillet 2015 23 h 16

      Québec solidaire n'a aucune crédibilité. Le socialisme à la Québec solitaire n'est qu'une utopie sortie tout droit du 19e siècle. La Grèce de nos illuminés de SYRIZA, les cousins européens de nos solitaires de gauche, en sont la preuve concrète en temps réel. QS proclame toujours la quadrature du cercle en essayant de blâmer les autres. Les étudiants québécois ne paient pas plus que 10% du coût réel de leurs frais de scolarité. Pour plusieurs, ce n'est que 5 à 6% et le reste est assumé par les contribuables. Pour ceux qui ont fait des études, ce ne sont pas les frais de cours qui sont exigeants, mais bien les coûts de se loger et de se nourrir tout en ne recevant aucun salaire à moins de travailler à temps partiel ou de vivre chez ses parents.

      Et malheureusement pour nos gauchistes d'une autre époque, la majorité silencieuse du gros bons n'est ni à gauche, ni à droite, mais regarde bien en avant.

    • David Cormier - Inscrit 24 juillet 2015 08 h 56

      Le PQ a été au pouvoir pendant 18 mois, dans un gouvernement MINORITAIRE je vous le rappelle. Je vous rappelle également que Madame Marois a proposé d'augmenter l'impôt des plus riches, en début de mandat. Devant les hauts cris du PLQ, des commentateurs et des journalistes, le PQ n'a eu d'autre choix que de reculer, pour se le faire reprocher par la suite par les mêmes qui réclamaient l'abandon cette même mesure (rappelez-vous les fameux "bip, bip, bip"). Sur plein de dossiers, Madame Marois avait les mains liées par l'opposition (dont QS faisait partie en passant).

    • David Cormier - Inscrit 24 juillet 2015 09 h 00

      @Jean-Guy Mailhot

      ''le bilan du Parti québécois me semble passablement négatif en matières sociales, puisqu'il a réussi a perdre les élections après seulement 18 mois, après 9 ans de régime libéral''.

      J'avoue que cette phrase démontre un autre grand manque de logique du porte-parole officiel de Québec solidaire. Selon lui, le fait que le PQ ait perdu les élections après 18 mois démontre que ce parti a un bilan négatif "en matières sociales". Le PLQ ayant été élu majoritaire à cette même élection, doit-on conclure que ce parti a un bilan positif "en matières sociales"?

    • Christian Montmarquette - Abonné 24 juillet 2015 10 h 34



      «Quand on n'est pas face aux réels défis et aux contraintes de diriger pour de vrai le Québec, c'est plus facile promettre et faire de beaux scénarios.»-Jean-Guy Mailhot

      M. Mailhot,

      1) Comparer la situation Québec à la situation de Grèce, est totalement abusif, quand on sait que la dette grecque est équivalente à «181%» du PIB. Alors que la dette du Québec est équivalente à «55%» « du PIB soit, la moitié moins que les 30 pays les plus industrialisés de l'OCDE dont la moyenne se situe à «110%» du PIB.

      2) Toutes les positions du programme de Québec Solidaire ont été chiffrées dans un budget équilibré; et y compris avec le revenu minimum garanti.

      Renseignez-vous donc avant de désinformer.

      Merci.

      - Cm

    • Christian Montmarquette - Abonné 24 juillet 2015 10 h 42

      «Vous sous-entendez donc que le P.L.Q. a un meilleur bilan en matières sociales puisqu'il a été 9 ans au pouvoir contre 18 mois pour le P.Q. Solide analyse.» - Jean-Guy Mailhot

      Non.

      Je sous-entends que les citoyens ont des attentes sociales (illusoires) envers le PQ, qu'ils n'ont pas avec le Parti libéral.

      Et que ces attentes ont été tellement déçues , que plus de 320,000 électeurs de l'électotrat péquistes de 2012, ne se sont même pas donné la peine d'aller voter pour leur propre parti en 2014.

      Référence :

      « Analyse des résultats électoraux : Les péquistes à la maison, les fédéralistes motivés » - 17 avril 2014

  • Michel Lebel - Abonné 23 juillet 2015 06 h 47

    L'université-entreprise!


    Bon texte. Oui! Les universités québécoises sont devenues de plus en plus le miroir de notre société. Priorité à la gestion et à la recherche d'argent et d'une "clientèle", comme toute entreprise. L'esprit critique y est à peu près absent. Les admistrateurs gèrent comme ils le peuvent mais ne sont pas des penseurs, émettent rarement des opinions sur les grands problèmes sociaux. Est-ce que la gratuité des études changerait la mentalité dominante de notre société? J'ai de sérieux doutes. Il faudrait beaucoup plus que cela pour changer l'effet de miroir mentionné ci-haut!


    Michel Lebel
    Ancien professeur d'université

    • Louise Melançon - Abonnée 23 juillet 2015 10 h 33

      Vous avez raison, Monsieur, d'attirer l'attention sur cette maladie de notre société de tout évaluer à l'aune de l'argent, du commerce, de la consommation, des affaires, etc. L'université est la seule institution dont on doit s'attendre à autre chose, tout à fait essentielle au développement des individus, l'esprit critique, la connaissance gratuite, la culture. L'article de Monsieur Savard-Tremblay est tout à fait pertinent, juste et exemplaire.

  • Sylvain Auclair - Abonné 23 juillet 2015 07 h 40

    Néanmoins...

    Si on établit la gratuité universitaire tout en restant dans le Canada, on va se trouver à transférer encore plus d'argent du Québec vers le RoC via l'impôt fédéral. Pour chaque tranche de 1000$ payés en moins (et financés par l'impôt provincial), on paie 125,25$ de plus en impôt fédéral, dont moins du quart revient au Québec.

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 23 juillet 2015 11 h 54

      Merci de votre analyse, qui montre une fois de plus qu'il faut sortir le Canada du Québec (sic).

  • Jean Lapointe - Abonné 23 juillet 2015 07 h 44

    On ne finance que ce à quoi on accorde de l'importance.

    «Le Québec aurait tout intérêt à faire le choix de société qu’est la gratuité scolaire. Il en a les moyens, à condition d’établir des balises et des conditions strictes. Plusieurs formules peuvent être envisagées et méritent d’être analysées.» (Simon-Pierre Savard Tremblay)

    Je suis évidemment d'accord pour que tous les enfants puissent avoir accès à des études supérieures s'ils pensent en avoir les capacités et s'ils en ont la volonté.

    Mais ces capacités doivent être développées dès le plus jeune âge et cette volonté éveillée aussi dès le plus jeune âge parce que ce sont là des qualités qui ne peuvent qu'apparaître que si elles sont constamment cultivées.

    Donc les possibilités d'accéder à des études supérieures dépendent donc de ce qui est prévu pour les enfants dès leur plus jeune âge tant à la maison qu' à l'école et ailleurs au sein de la société.

    Mais tout cela ne peut se faire que progressivement et il faut que ce soit planifié.

    Le Québec en a-t-il les moyens? Il en aura les moyens que si sa population le veut.

    Et cette population le voudra que lorsqu'elle aura compris que c'est nécessaire d'y voir si elle veut progresser pour le mieux comme société.

    Il est important de comprendre il me semble qu' on ne fait pas des études supérieures uinquement dans l'espoir d'en tirer des avantages personnels, comme c'est trop souvent le cas de nos jours, mais aussi pour en faire bénéficier la société dont on fait partie.

    Poursuivre des études supérieures ne doit pas il me semble être considéré comme un privilège mais bien plutôt comme l'occasion d'acquérir de plus grandes responsabilités.

    Si on est d'accord avec ce qui précède, on ne peut que voir que c'est, au-delà des considérations financières, toute une mentalité différente à adopter.

    Il me semble aller de soi que nous sommes prêts à consacrer des fonds à une entreprise que dans la mesure où on lui en accorde de l'importance.

    Nous en sommes encore loin.

  • Julien Villeneuve - Inscrit 23 juillet 2015 08 h 27

    Quand une prise de positon des jeunes péquistes...

    ... devient une pub pour PKP.

    Dans les mots immortels de l'admiral Akhbar, "It's a trap."

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 juillet 2015 10 h 58

      Si vous croyais que la direction du PQ peut contrôler son aile jeunesse... Vous savez, ce serait une première.