Menaces à peine voilées

On comprendra que je prenne souvent le risque du constat d’infraction afin d’assurer ma propre sécurité, au grand dam des M. de Grandmont de ce monde.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir On comprendra que je prenne souvent le risque du constat d’infraction afin d’assurer ma propre sécurité, au grand dam des M. de Grandmont de ce monde.

Les cyclistes montréalais sont-ils gérables ? s’interroge Paul de Grandmont (Le Devoir, 20 juillet). Qu’il se rassure, ils le sont ni plus ni moins que les automobilistes, les camionneurs, les cruciverbistes ou les véliplanchistes… Usagers du vélo ou pas, essentialiser un groupe, il n’y a rien de plus absurde. Cela n’excuse certes pas les infractions relevées par monsieur, mais il n’y a pas lieu de les généraliser. Aussi, automobiliste et cycliste à la fois, serais-je atteint d’un genre de trouble bipolaire qui me rendrait tantôt « discipliné », tantôt « ingérable », selon mon moyen de transport ? En bref, ce n’est pas « ceux-ci » contre « ceux-là », « vous » contre « nous », « les bons » contre les « méchants ».

Cependant, il y a probablement une certaine tolérance à l’égard des cyclistes. Moi-même plutôt respectueux d’une réglementation souvent inadaptée, il m’arrive toutefois d’y déroger. Ainsi, sur une section de la rue Hochelaga, je monte systématiquement sur le trottoir lorsque je suis en vélo en raison, pêle-mêle, de la proximité de l’A25, des véhicules roulant à vive allure, des nombreux camions qui sortent des usines, de la ligne droite interminable, etc. Cela n’a pas empêché, ce matin, un camion de monter involontairement sur ce même trottoir à moins d’un mètre de moi, afin de virer à droite. Dans ce cas précis, on comprendra que je prenne volontairement le risque du constat d’infraction afin d’assurer ma propre sécurité, au grand dam des M. de Grandmont de ce monde.

De son côté, monsieur souhaite durcir les règles, mais est-ce encore utile de débattre sur le fond de propositions lorsqu’un débatteur postule d’emblée la justesse de son raisonnement ? « Dans ces conditions, nous explique-t-il, et à ces seules conditions, je veux bien, moi, partager mes trajets montréalais. » Monsieur jouant au redresseur de torts, il n’a aucun scrupule à expliquer qu’il ne partagera pas la route, se plaçant, par le fait même, dans l’illégalité. Que doit-on en déduire, puisqu’on ne parle plus ici de se protéger ? Plus qu’une provocation, des propos de ce genre doivent être considérés comme des menaces d’appliquer la force, voire des menaces de causer la mort ou des lésions corporelles. Dans un État de droit, se faire justice soi-même n’est pas une option tolérable.

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14 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 21 juillet 2015 08 h 14

    Bonjour la police

    Jamais, je dis bien jamais, un policier ne sanctionne un automobiliste qui fait une infraction vis-à-vis d'un cycliste; cela ne fait pas parti de ses "habitudes". Il m'est arrivé plusieurs fois qu'un automobiliste ne tente délibérément de me "rentrer dedans" alors que je circulais en vélo : quel plaisir que d'écraser la vermine.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 21 juillet 2015 08 h 20

    Les déplacements à Montréal

    Monsieur de Grandmont n'a qu'à utiliser le métro, beaucoup plus rapide que l'option de l'automobile à Montréal.

  • André Poirier - Abonné 21 juillet 2015 08 h 29

    Cyclisme

    l n'est pas question de M. Paul de Grandmont ou d'automobiles, ni de planche à voile, mais du comportement de cyclistes. Alors, tenons-nous en à ce sujet.
    On n'a pas à faire une analyse psychologique à M. Grandmont et je ne ferai pas non plus une telle analyse M.Michelot de votre texte qui ressemble à du coq à l'âne.

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 juillet 2015 11 h 33

      Au contraire. Ce que monsieur De Grandmont disait, c'était que les cyclistes ne respectaient pas la loi. Or, les automobilistes ne la respectent pas non plus. L'œil, la paille et la poutre, ça vous dit quelque chose? Parce qu'on n'a jamais vu un cycliste menacer un automobiliste de mort...

  • Sylvain Dionne - Inscrit 21 juillet 2015 08 h 42

    Vous avez tout à fait raison!

    Il ne faut pas oublier le rapport de force: l'automobile tue. On devrait la considérer comme une arme et la soumettre aux mêmes lois. Peut-être que les matamores (dont je ne citerai pas un de leur représentant) seraient forcés de se discipliner et respecter la vie humaine? Aussi, avant de légiférer pour forcer les cyclistes à mettre leur vie en danger en respectant un code de la route élaboré à l'origine pour l'automobile, on pourrait s'occuper de rendre v-r-a-i-m-e-n-t les parcours sécuritaires et surtout aisés (i.e. en considérant le vélo comme un moyen de transport et non un jouet destiné au terrains de jeux)? Une fois cette étape réalisée, on pourrait être réalistement en mesure de voir si les cyclistes sont toujours aussi délinquant...

  • Sylvain Auclair - Abonné 21 juillet 2015 08 h 59

    Une autre lecture

    Peut-être que ce monsieur restera chez lui et ne viendra pas à Montréal tant que ses conditions ne seront pas remplies. Dans ce cas, c'est un danger de moins dans nos rues.

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 21 juillet 2015 18 h 42

      Hum...., ce que ce Monsieur disait , et qu'i faudrait que les cyclistes respectent le code la route ni plus ni moins. je ne vois guère une charge a fond de train contre les cyclistes!? Je trouve déplorable, absurde ce clivage, que tous respectent le code de la route ainsi tout le monde s'évitera bien des ennuis.Il me semble que c'est simple....