Le Canada n’a pas à concéder quoi que ce soit

Photo: Archives Le Devoir

Dans son éditorial du 9 juillet intitulé « Le pot au lait », Jean-Robert Sansfaçon souligne très justement qu’une menace sérieuse pèse sur les productions sous gestion de l’offre avec la négociation du Partenariat transpacifique (PTP). Toutefois, il conclut, sans fondement, qu’il est temps pour le secteur québécois d’abandonner ce système pour s’ouvrir à la concurrence étrangère. Cela est d’autant plus paradoxal qu’il reconnaît lui-même que les gains pour le Québec sont peu probables dans cette négociation.

Les conséquences économiques et sociales d’une telle réforme seraient très négatives pour le Québec et le Canada. C’est pourquoi les producteurs de lait, d’oeufs et de volaille, appuyés par un large front commun des secteurs agroalimentaire, financier et politique, sonnaient l’alarme en mai dernier. Comme le rappelle l’éditorialiste, 42 % des recettes agricoles du Québec proviennent des secteurs sous gestion de l’offre. Ces derniers génèrent, avec les transformateurs, environ 92 000 emplois de qualité, 8,2 milliards de dollars au PIB et 1,4 milliard de dollars en taxes et impôts. C’est ce qui est en jeu dans cette négociation.

Il est faux de prétendre que nos secteurs s’adapteraient et que tout irait pour le mieux moyennant quelques compensations financières. L’Australie a complètement déréglementé son secteur laitier en 2000 et les producteurs ont été partiellement indemnisés. Mais, de 2000 à 2014, malgré leur climat favorable, la proximité des marchés asiatiques et les milliers de kilomètres d’océan qui les protègent d’une concurrence directe, les prix aux producteurs n’étant plus ce qu’ils étaient, ils ont perdu 51 % de leurs fermes laitières, 15 % de leur production totale de lait et 13 % de leurs exportations. Pendant ce temps, le prix des produits laitiers a grimpé de 47 %.

Nous sommes voisins d’une puissance mondiale laitière et avicole. Or, les Américains pratiquent la politique du « faites ce que je dis et non ce que je fais ». Alors qu’ils réclament des accès supplémentaires considérables à nos marchés pour leurs produits laitiers, ils veulent en même temps protéger leur secteur sucrier et se montrent très réticents à ouvrir davantage leur propre marché laitier aux pays de l’Océanie. Ils ne sont pas les seuls à vouloir préserver des secteurs sensibles, tous les pays le font. Le Canada n’est pas une exception avec la gestion de l’offre.

Dans les faits, le marché canadien des produits sous gestion de l’offre est déjà bien plus ouvert que ne l’est celui de nos principaux concurrents du PTP. Le Canada importe plus de poulets que le total des six pays suivants composant le PTP : États-Unis, Nouvelle-Zélande, Australie, Pérou, Brunei et Malaisie. Les Américains importent de 1 à 3 % de leur consommation de fromages, alors que le Canada importera 10 % de sa consommation totale au terme de la mise en vigueur de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne.

La gestion de l’offre assure une très grande stabilité de revenu aux producteurs et d’approvisionnement à l’industrie de la transformation dans un marché agricole mondial particulièrement volatil. Depuis 2008, nous en sommes à la deuxième crise laitière majeure. Les producteurs américains, néo-zélandais et européens subissent des baisses de prix de l’ordre de 30 à 50 % en raison d’un surplus mondial de production et d’une baisse de la demande chinoise, notamment. L’Europe et les États-Unis, qui versent déjà des subventions pour stabiliser les revenus des producteurs, devront probablement intervenir avec des aides d’urgence pour les maintenir à flot.

Comme l’écrit M. Sansfaçon, le premier ministre Harper « a promis de laisser intact le système de gestion de l’offre ». Il a toutes les raisons de le faire.

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