Médicaments: le Québec devrait se joindre à un régime canadien

Le régime hybride actuel d’assurance médicaments public-privé ne permet pas de mettre en place des mesures optimales de contrôle des coûts.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le régime hybride actuel d’assurance médicaments public-privé ne permet pas de mettre en place des mesures optimales de contrôle des coûts.

Les Canadiens, comme les Suisses, paient les médicaments 30 % de plus que dans les autres pays de l’OCDE. 84 % des Québécois consomment régulièrement ou occasionnellement des médicaments prescrits, pour des dépenses estimées, en 2012, à 927 $ par habitant au Québec et 795 $ par habitant au Canada (sans compter les achats de médicaments en vente libre). Plus d’un Québécois sur dix a encore des problèmes à se procurer ses médicaments, par manque de moyens financiers.

Le régime hybride actuel d’assurance médicaments public-privé ne permet pas de mettre en place des mesures optimales de contrôle des coûts. En effet, au Québec, 43 % de la population est assurée avec le gouvernement pour ses achats de médicaments. Le reste (57 %) l’est par des régimes privés d’assurances collectives. Conséquence : une incapacité pour nos gouvernements de gérer efficacement l’explosion de la facture en médicaments (2e poste de dépenses de la Régie de l’assurance maladie du Québec). Comment serait-ce possible quand on ne contrôle que 43 % des achats ? Certes, le régime actuel constituait une étape importante dans le contexte de 1997. Mais l’évolution économique et sociale commande actuellement de passer à la prochaine étape logique, soit celle de l’adoption d’un régime 100 % public d’assurance médicaments.

Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer une décision en ce sens. Plus de 400 groupes, personnalités et experts, dont Jean Rochon, le ministre de la Santé qui a fait adopter le régime actuel, se sont joint à la campagne d’appui d’Union des consommateurs.

Il est d’ailleurs à noter que le Canada est le seul pays à ne pas avoir intégré les médicaments à son système public de santé. Les pays qui ont adopté un régime entièrement public (France, Royaume-Uni, Suède, Australie, Nouvelle-Zélande) ont des prix de 24 % à 48 % plus bas qu’au Québec et une croissance annuelle des coûts de deux à trois fois inférieure à la nôtre. En Nouvelle-Zélande, un médicament populaire contre le cholestérol coûte 0,18 $ la pilule… et 0,62 $ au Québec (trois fois plus).

Il y a donc urgence d’agir, pour les finances publiques et pour l’équité dans l’accès aux médicaments. Plusieurs provinces canadiennes l’ont compris : le sujet a été discuté sérieusement en juin par les ministres de la Santé de huit provinces, grâce au leadership du ministre de la Santé ontarien, et le consensus semble établi sur la nécessité d’agir rapidement. Le Québec était malheureusement absent à cette rencontre. C’est fort malheureux.

Nous lui enjoignons de prendre une part active au Conseil de la fédération qui se tiendra du 15 au 17 juillet à Terre-Neuve. Les 13 premiers ministres des provinces et territoires s’y rencontrent dans le cadre du Conseil de la fédération, dont la mission est entre autres de « faire preuve de leadership sur des questions importantes pour les Canadiens ». L’occasion est excellente d’y cristalliser les volontés et de faire un pas de plus en faveur de l’adoption d’un régime pancanadien universel et public (et donc d’améliorer le modèle québécois) d’assurance médicaments, avec financement à la clé pour les provinces.

Le récent rapport du Commissaire à la santé et au bien-être du Québec indique clairement que le Québec ne peut faire l’économie d’une réflexion sérieuse sur le sujet. Un meilleur contrôle du coût des médicaments pourrait rapporter plus de 1 milliard de dollars dans les coffres publics, tout en réglant les problèmes d’équité du régime hybride actuel : il apparaît évident que l’actuelle crise des finances publiques devrait être un incitatif à l’action, et non un frein.

5 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 15 juillet 2015 04 h 21

    Problème réel; solutions douteuses

    Le problème est bien connu au Québec; les solutions aussi. Ce qui manque : une volonté politique. Que les autres provinces, qui ont le même problème, voient la création d'un régime universel et public comme une solution, c'est leur choix.

    Que le Québec y adhère est une option, l'autre étant de procéder seul, de loin l'approche la plus conforme à ses pratiques dans des domaines qui relèvent de ses responsabilités, ce qui n'empêche pas d'avoir des ententes éventuelles avec le régime canadien si tant est qu'il prenne forme.

    En ce sens, pour faire des économies, la question n'est pas d'adhérer à un projet canadie, mais plutôt la volonté de changer l'ordre des choses au Québec en cette matière.

  • Yvon Bureau - Abonné 15 juillet 2015 07 h 10

    Rencontre des ministres provinciaux de la Santé

    Il est à espérer qu'à ce Conseil de la Fédération sera décidée et fixée la rencontre des ministres provinciaux de la Santé.

    Elle devrait porter sur les suites au jugement de la Cour suprême du Canada (6-2-2015) sur l'aide médicale à mourir. Rappelons que les soins de santé, incluant les soins de fin de vie, sont sous juridiction provinciale.

    Il est des plus urgents et des plus appropriés que les ministres de la Santé se rencontre pour un agir commun. Dès cet été ! Le 6 février prochain s'en vient vite.

    Pensons en humanité et en solidarité aux 250 000 personnes canadiennes qui meurent annuellement au Canada. Pensons aux millions de proches et de soignants qui les accompagneront. Pensons aux milliers d'établissements de santé qui ont besoin de clarification et d'orientation et de position appropriées.

    Mesdames et messieurs les premiers ministres, lors de votre prochaine rencontre, fixez cette rencontre des plus importantes et des plus urgentes. Merci.

  • Robert Beauchamp - Abonné 15 juillet 2015 07 h 34

    Conseil de la fédération?

    Quelle en est donc la pertinence réelle de ce conseil de la fédération? Un régime entièrement public ne nécessite aucunement une démarche lourde et politique à la canadienne. Le Québec peut réagir beaucoup plus rapidement s'il le décidait. De tout manière, au train où vont les choses le Québec cherche plutôt à tout privatiser peu importe ce qu'il en coùte au consommateur citoyen. Franchement. Il y a d'autres enjeux à considérer dont celui de la recherche et où l'Ontario s'active en sous-main à devenir le centre ....

  • Sylvain Auclair - Abonné 15 juillet 2015 09 h 30

    On mélange deux choses

    Ce serait sans doute plus efficace si tous les médicaments étaient achetés par le gouvernement (mais il faudra craindre les poursuites des compagnies d'assurance), mais pourquoi faudrait-il le faire à l'échelle fédérale? Le ministère fédéral de la Santé est-il si efficace? Ne doit-il pas s'occuper, entre autres choses, de la santé des Autochtones?

  • Jacques Gagnon - Abonné 15 juillet 2015 12 h 21

    Le vrai problème

    Votre médicament contre le cholestérol est beaucoup trop prescrit inutilement, c'est plutôt cela le problème. Si vous voulez baisser la facture, alors cesser de prescrire abusivement. Que font les médecins ? Ils n'ont que cela à faire pour vous soigner. C'est un vrai scandale que dénonce le Dr Fernand Turcotte, l'abus d'examens et de médicaments. Allez voir le documentaire qui s'intitule « Les inventeurs de maladie ».

    Quand on décide d'abaisser le seuil de la pression sanguine normale, on crée des millions de nouveaux «malades» qui doivent maintenant prendre à vie des médicamants dont ils n'ont probablement pas besoin.