Québec attaque son Observatoire!

L’Observatoire existe parce que le Québec reconnaît que la culture et les communications sont des éléments majeurs de son identité.
Photo: François Pesant Le Devoir L’Observatoire existe parce que le Québec reconnaît que la culture et les communications sont des éléments majeurs de son identité.

Le Devoir du 30 juin nous apprend que l’Observatoire de la culture et des communications du Québec « perd 490 000 $» dans l’actuelle ronde de coupes imposées par le gouvernement Couillard. Ceci représente environ 40 % de son budget annuel (selon les données qui circulent dans les milieux concernés).

Fondé en l’an 2000 comme une branche de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), l’Observatoire répondait au « besoin de générer et de regrouper en un seul guichet des données fiables et récurrentes pour les secteurs de la culture et des communications », selon les mots de la ministre de Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, lors du dixième anniversaire de l’organisme. Son mandat doit s’exercer en partenariat avec les divers organismes et milieux concernés. « L’OCCQ remplit avec brio ce modèle de partenariat », affirmait alors la ministre.

L’Observatoire produit des données qui résultent de ses propres enquêtes et aussi des données compilées à partir de sources diverses, dont Statistique Canada. Il offre à tous ses partenaires et à la population des informations originales, récurrentes, scientifiquement irréprochables et neutres en regard des divers intérêts en présence. L’Observatoire n’est pas un office de propagande. Il limite ses interprétations en fonction de ce que les données expriment explicitement.

Société distincte

L’Observatoire existe parce que le Québec reconnaît que la culture et les communications sont des éléments majeurs de son identité. Le Québec est la seule province canadienne avec une telle structure. Ce n’est pas parce que nous sommes plus dépensiers que les autres. C’est parce que le Québec est une « société distincte », selon une expression qui semble parfois oubliée. L’Observatoire existe parce qu’un État compétent a besoin d’avoir des informations objectives sur les phénomènes qu’il gouverne. Tout ceci a commencé, il y a longtemps, avec les recensements de la population.

L’Observatoire est financé par l’Institut de la statistique du Québec, et aussi par le ministère de la Culture et des Communications et ses organismes (BAnQ, CALQ, Régie du cinéma, SODEC). Les coupes suivent probablement les mêmes chemins, mais on ne sait pas dans quelles proportions. La direction de l’ISQ aurait-elle oublié qu’elle a déjà écrit que « par son excellence, l’Observatoire occupe sur la scène nationale et internationale une place de choix parmi les experts de la statistique culturelle » ? Sacrifions l’excellence ? Comment la ministre de la Culture et des Communications, qui fut vice-rectrice d’une université, peut-elle ainsi laisser passer cette attaque à la capacité de recherche du gouvernement du Québec dans un secteur si névralgique ?

Récemment, nous avons vu le gouvernement fédéral attaquer la qualité des recensements en abolissant l’obligation de répondre à la version « longue » du recensement. Le gouvernement du Québec en est-il lui aussi rendu à s’attaquer aux statistiques sociales ? D’autre part, plusieurs observateurs ont noté la tendance de l’actuel gouvernement libéral à diminuer l’espace accordé à la consultation des organismes représentant les diverses composantes de la société. Est-ce ce mandat de concertation avec les organismes des milieux de la culture et des communications qui pose ici problème ?