Le «non» grec, ou le spectre de la souveraineté économique

La semaine dernière, la stratégie des puissances européennes était limpide : soumettre la Grèce à un chantage financier permanent visant à la faire capituler. « Vous ne pouvez vous sortir de l’austérité, nous vous y enfermerons à double tour. » Malgré cette pression énorme, les Grecs ont été clairs, et l’Union européenne et ses outils financiers mis au pied du mur démocratique : non à une austérité programmée par les créanciers, oui à un nouveau vocable pour négocier avec la troïka. Les Grecs ont rappelé qu’ils existent. Plus encore, la victoire du Non met en lumière le fait que la crise économique de la Grèce est de facto une crise politique pour l’Union européenne.

Le « non » grec ramène dans le décor de la tragédie européenne un concept que les créanciers aimeraient voir disparaître : celui de la souveraineté économique. Les Grecs ont voté en majorité pour avoir leur mot à dire sur les orientations économiques de leur pays et pour ne plus se faire imposer des mesures humiliantes par des puissances externes, aux dépens de leur souveraineté politique et économique. En s’invitant à la table des négociations, les Grecs ont rappelé aux autres peuples européens écrasés par la dette et l’austérité que l’option politique de la souveraineté économique existe encore, malgré ce que peuvent en dire les troïkas de par le monde.

Syriza a créé un espace politique qu’on avait oublié. Une fois le « non » vainqueur, le nouveau dilemme européen est le suivant : que se passera-t-il avec l’Italie, l’Espagne et le Portugal, qui sont dans des situations similaires, une fois que les Grecs ont pris des libertés avec leurs créanciers et se sont donné le droit de décider eux-mêmes de leurs orientations économiques ? Le référendum grec a un potentiel d’effet domino, et les puissances européennes le savent très bien. C’est là le coeur de l’enjeu. La « lubie » de la souveraineté économique pourrait se répandre comme une traînée de poudre.

Les résultats du référendum grec inscrivent à l’ordre du jour de l’Europe financière une conception de la souveraineté populaire qui englobe nécessairement le champ économique. Cette souveraineté est incompatible avec la politique de la zone euro, mais aussi avec l’austérité en général. Et le peuple de Grèce, berceau de la démocratie occidentale, a choisi Syriza, un petit parti proche cousin de Québec solidaire, pour rappeler cette vérité malcommode aux élites financières et leurs valets politiques. La suite est incertaine, mais il faut saluer l’audace grecque.

24 commentaires
  • Denis Marseille - Abonné 8 juillet 2015 06 h 13

    maudit argent!

    Avant de crier victoire, vous devriez attendre de voir les résultats de leurs rebuffade. Il se peut aussi que la Grèce s'enlise dans une impasse économique qui, malheureusement, frappera de plein fouet des gens qui ne sont pas responsable de la situation.

    Si votre idéal politique est de précipiter le Québec dans une telle aventure, il ne faudra pas vous étonner de voir votre parti demeurer marginal.

    La souveraineté économique ne se résume pas à envoyer paitre ses créanciers mais plutôt à avoir la liberté de se développer sans l'aide de ceux-ci. Ni la Grèce, ni le Québec ont cette liberté...

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 8 juillet 2015 17 h 57

      Cela ne vous tenterait pas de faire renaitre le Credit social, j'ai lue dans vos livres d'histoires qu'ils projetaient une fois élu d'imprimer de l'argent pour tout le monde, mais de quel argent parlaient ils, argent de monopoly de républiques de Bananes? Souhaitez vous vraiment cela pour votre province qui aspire selon vous a devenir un clone de la Grece...

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 juillet 2015 09 h 36

      Le principe n'est pas si bête.

      Le gouvernement imprime de l'argent avec lequel il passe et paie des commandes de biens et service dans la société : Routes, meubles; immeubles; matériel techmologique services publics etc. Ainsi il crée de la richesse et des emplois avec de l'argent qui a une valeur correspondante et matérielle sur le marché.

      - N'est-ce pas là un moyen plus réel et plus efficace que l'argent de monopoly virtuel créé par les banques et les cartes de crédits?

  • Christian Montmarquette - Abonné 8 juillet 2015 06 h 15

    Parlant de « souveraineté économique »


    «Les Grecs ont rappelé aux autres peuples européens écrasés par la dette et l’austérité que l’option politique de la souveraineté économique existe encore»-Andrés Fontecilla

    Parlant de « souveraineté économique » qui est au fond un des piliers fondamentaux de la véritable souveraineté d'un État..

    - Quelles ont été les réactions de ces deux partis souverainistes que sont le Parti québécois et le Bloc québécois face à cette victoire historique de la souveraineté du peuple grec envers ses oppresseurs économiques?

    Rien. Nothign. Nada. τίποτα.

    Mais cette réaction mesquine n'a rien d'étonnant venant de la part d'un Parti québécois qui applique les mêmes politiques d'austérité pour le peuple et nos services publics, et de gavage à coups de milliards pour les banques et les entreprises multinationales.

    Espérons que cette victoire du peuple grec parviendra à éveiller les esprits ici-même au Québec. L'austérité n'est pas une fatalité, mais un choix politique délibéré.



    Christian Montmarquette

    Référence :

    LE BUDGET MARCEAU : «Austérité préélectorale à Québec» - Le Devoir

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/400644/bu

  • Richard Bérubé - Inscrit 8 juillet 2015 06 h 38

    N'y a t'il pas des règles élémentaires à suivre!

    322 milliards d'euros de dettes, système financier de broche à foin ou on paie peu ou pas d'impôts et de taxes...les grecs ont beau paraitre très courageux dans le vote du non, ils finiront bien par la payer cette dette, c'est fondamental tu emprunte donc tu dois rembourcer....je suis certain que les créanciers européens s'en sont donné à coeur joie pour que la Grèce s'embourbe dans ce merdier économique, mais quand tu signes sur la dotted line tu es responsable des chiffres en haut....en passant pour les indépendantistes, les québecois ont courageusement choisit le camps du non dans le passé que cela vous plaise ou non....et être fédéraliste n'est pas une défaut mais une preuve de courage....si les grecs ne rencontrent pas leurs obligations, ils devront revenir à leur ancienne monnaie et se rebatir une nouvelle santé financière....tout dépendra du désir du groupe européen de maintenir la Grèce dans leur club ou de les larguer...l'enjeu est quand même gigantesque car comme le mentionne l'auteur il y a trois autres pays dans le même pétrin...

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2015 10 h 08

      Deux commentaires.

      1. Hors paiement de la dette, le budget grec est maintenant en excédent.

      2. Le problème de la Grèce est celui du refinancement de sa dette. Imaginez-vous obligé de rembourser immédiatement toutes vos dettes. Par exemble, au terme d'une hypothèque de deux ans amortie sur 25 ans, au lieu de la renouveler pour deux autres années, on vous oblige à tout payer. C'est à peu près ce qui se passe pour la Grèce. Aucun pays et très peu de particuliers ou d'entreprises pourraient faire ce qu'on exige des Grecs.

    • Richard Bérubé - Inscrit 8 juillet 2015 12 h 51

      Monsieur Auclair je doute que votre commentaire soit exact en se qui concerne le rembourcement de la dette....grecque....même si les banquiers européens sont aussi pourris que l'on peut imaginer, les grecques ont quand même emprunté cet argent.... et ils ont dû signer des contrats c'est la base primaire des affaires....c'est leur laxisme dans les finances de leur pays qui les aura perdus...

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2015 14 h 15

      Monsieur Bérubé,
      Un gouvernement comme celui du Québec ne rembourse jamais ses dettes. Quand un titre vient à échéance, on réemprunte sur le marché. Or, c'est justement s'est passé la semaine dernière pour la Grèce: un prêt à venu à échéance, mais le FMI a refusé de le renouveler, sauf si...

      Depuis un an, la dette brute grecque a diminué. Le budget de l'État dégage des excédents. Mais comme le PIB a chuté d'environ 25% depuis cinq ans, le ratio dette/PIB a explosé.

  • Pierre Bernier - Abonné 8 juillet 2015 07 h 55

    Un peu court !

    La « souveraineté économique » d’une collectivité, justifiée en soi, peut-elle s’exercer de façon « irresponsable » ?

    Irresponsabilité par rapport aux engagements internationaux pris… et utilisés (« exploités ») largement à son bénéfice ?

    Insouciances par rapport à ses pratiques internes de constitution des fonds publics « souverains » pour répondre aux besoins de la dite collectivité?

    Aveuglements entretenus par un discours du politique volontairement partiel à l’égard des responsabilités individuelles et collectives au plan financier… sous prétexte de « bienveillance » à l’égard du bon peuple et sa vision inadéquate du fonctionnement d’une société qui se veut être reconnue « moderne » et apte à traiter dans l’égalité avec ses partenaires ?

    Pas sûr qu’il convient de « saluer »… une analyse superficielle de cette dynamique qui anime, combien souvent, les mouvements sociopolitiques sur les pourtours de la Méditerranée ?

  • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2015 08 h 39

    Tout pays est économiquement souverain

    À la condition de ne pas emprunter à des pays étrangers.

    • Patrick Boulanger - Abonné 8 juillet 2015 09 h 58

      " Tout pays est économiquement souverain "?

      M. Auclair, il me semble que ce n'est pas juste une question d'emprunt. Tout pays qui fait partie d'un accord de libre échange (ALENA, etc.) avec un ou des pays perd de sa souveraineté économique (et politique).

    • Bernard Terreault - Abonné 8 juillet 2015 10 h 08

      Bien résumé, je dois avouer.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2015 11 h 13

      Monsieur Boulanger,
      Rien ne nous oblige à rester dans l'ALÉNA. Évidemment, si on en sort, plus rien n'obligera les États-Uniens et les Mexicains à acheter nos produits.

    • Patrick Boulanger - Abonné 8 juillet 2015 13 h 18

      M. Auclair, selon un article d' " À babord " que j'ai trouvé sur la Toile, le Canada peut bien sortir de l'ALÉNA s'il le souhaite, mais " le processus prévu est très long et truffé d’embûches ". Si l'auteure de l'article en question a raison sur ce point, il me semble bien que la Canada a perdu une partie de sa souveraineté économique en étant membre de l'ALÉNA. Qu'en pensez-vous?

      Article : https://www.ababord.org/Quel-avenir-pour-l-ALENA

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2015 14 h 04

      Merci du lien, monsieur Boulanger.
      On peut comparer un traité comme l'ALÉNA à mariage. On peut certes divorcer, mais c'est compliqué...