L’austérité touche durement les écoles privées

Les écoles privées sont durement touchées par l’austérité et ont dû revoir leur façon de faire pour s’adapter à cette réalité.
Photo: Thinkstock Les écoles privées sont durement touchées par l’austérité et ont dû revoir leur façon de faire pour s’adapter à cette réalité.

Monsieur David,

Nous aimerions porter à votre attention certaines inexactitudes qui se sont glissées dans votre chronique du 2 juin dernier au sujet de l’éducation.

Vous mentionnez dans votre article que le financement des écoles privées a été moins touché par l’austérité. C’est faux. Les règles budgétaires présentées par le gouvernement du Québec en juillet dernier ont durement touché les écoles privées subventionnées.

Les Règles budgétaires 2014-2015 ont en effet imposé des restrictions financières sévères aux établissements agréés, en concrétisant le budget déposé par le gouvernement du Québec le 4 juin 2014. C’est du jamais vu depuis près de 20 ans, dans la mesure où les écoles privées sont touchées beaucoup plus durement que les écoles qui relèvent des commissions scolaires.

En plus de subir les mêmes compressions que l’école publique pour le financement gouvernemental des services éducatifs, elles se sont vu couper différentes allocations qui n’ont pas été coupées aux écoles publiques (allocations pour le transport scolaire, la lutte contre la toxicomanie, l’accueil de stagiaires en classe, l’intégration des technologies, l’orientation scolaire, etc.).

Ces coupes brutales, annoncées quelques semaines avant la rentrée scolaire, s’ajoutent à cinq ans de compressions successives. Depuis 2009, le financement gouvernemental des écoles privées et publiques québécoises n’augmente pas au même rythme que le coût de la vie, ce qui représente un manque à gagner. Les écoles publiques ont augmenté les taxes scolaires pour compenser. De leur côté, les écoles privées sont limitées quant à leur capacité à demander davantage d’argent aux parents par la réglementation et par la capacité de payer des parents.

Les écoles privées sont durement touchées par l’austérité et ont dû revoir leur façon de faire pour s’adapter à cette réalité. Dans certains cas, les écoles ont dû demander une baisse de salaire à tout leur personnel afin de ne pas se trouver en situation de déficit.

Pas la plus généreuse

 

Le Québec n’est pas la province la plus généreuse envers les écoles privées. Voici à ce sujet un extrait d’un rapport des économistes Pierre Fortin de l’UQAM et Marc Van Audenrode de l’Université de Sherbrooke.

« La plupart des pays intègrent un réseau d’écoles indépendantes dans leur plan d’ensemble, parfois pour de simples raisons historiques, parfois pour répondre à la diversité des préférences des familles en matière de confession religieuse, d’orientation pédagogique, d’encadrement disciplinaire, de choix parascolaires, etc. Le financement public de ces écoles privées varie en importance et en modalités d’un pays à l’autre et d’une région du Canada à l’autre. Aux Pays-Bas, en Belgique flamande, au Royaume-Uni, en Suède, au Danemark et en France, les subventions de l’État au privé équivalent à un pourcentage de 80 % à 100 % de subventions au public. Au Québec, au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique, les subventions des provinces couvrent de 40 % à 50 % des coûts des écoles privées. En Grèce et dans les provinces canadiennes de l’Atlantique et de l’Ontario, les écoles privées reçoivent très peu de subventions, une exception étant les écoles séparées de l’Ontario (les Roman Catholic Schools), qui sont financées à 100 % par la province. »

Aux États-Unis, on assiste à l’émergence des Charter Schools dans les villes où les taux de décrochage sont les plus élevés ; ce sont des OBNL autonomes qui fonctionnent selon le même modèle que nos écoles privées subventionnées, sauf que tous les frais éducatifs sont subventionnés, ce qui les rend accessibles à tous. En Ontario, où les subventions aux écoles privées ont été coupées, on assiste à un déplacement des familles de la classe moyenne dans les quartiers où il y a des écoles d’immersion qui sélectionnent les élèves et demandent des montants importants en frais afférents. Le modèle américain et le modèle ontarien, avec des écoles privées non subventionnées réservées à une petite élite, ne répondent pas aux attentes des parents.

Manque de courage ?

Vous mentionnez dans votre article le manque de courage des ministres de l’Éducation qui refusent d’abolir les subventions aux écoles privées. La principale raison n’est pas, à notre avis, le manque de courage, mais plutôt une question économique. L’école privée accueille 12 % des élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire, mais n’accapare que 4,5 % du financement gouvernemental en éducation et ne reçoit pas un sou des taxes scolaires. De plus, ses taux de réussite, y compris pour les écoles privées qui accueillent un pourcentage important d’élèves en difficulté, sont nettement supérieurs à ceux des écoles publiques. Les écoles privées sont des OBNL qui offrent un service public de qualité. Elles fonctionnent selon le même principe que les centres de la petite enfance (CPE), les cégeps et les universités privées. Ne devrait-on pas chercher à rendre ces écoles plus accessibles à tous plutôt qu’à les éliminer ?

Le déclencheur

« La cure d’amaigrissement imposée au réseau public aurait dû avoir pour effet de relancer le débat sur le financement des écoles privées, moins touchées par l’austérité, et dont l’attrait ne peut qu’être encore renforcé. »

— Michel David, « L’inégalité des chances », Le Devoir, 2 juin.

Réponse du chroniqueur

Il est vrai que les écoles privées ont aussi été frappées par les compressions budgétaires, mais leur clientèle est nettement moins vulnérable. On estime qu’environ 20 % des élèves qui fréquentent le réseau public sont handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, alors que la proportion serait inférieure à 3 % dans les écoles privées. Des coupes dans l’accueil des stagiaires ou l’intégration des technologies sont sans doute regrettables, mais il m’apparaît que le départ d’orthopédagogues et autres spécialistes l’est plus encore. Selon une étude du ministère de l’Éducation, le financement des écoles privées au Québec, qui accueillent beaucoup plus d’élèves que dans les autres provinces canadiennes, représente en réalité 75 % des coûts, ce qui est nettement supérieur à l’évaluation qu’en a faite le rapport Fortin. La question n’est pas d’abolir les subventions aux écoles privées, mais plutôt de les inciter à accueillir davantage d’élèves en difficulté pour soulager le réseau public.
 

Michel David


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