Le pape François: un acteur incontournable du mouvement social et écologique

Jamais document pontifical n’aura été aussi attendu. L’encyclique du pape François, Laudato Si (« Loué sois-tu »), a été lancée jeudi à Rome. Portant sur « la sauvegarde de notre maison commune », la Terre, cette prise de position historique appelle à la fin de l’exploitation « despotique et irresponsable de la nature par l’être humain ». S’appuyant sur une masse impressionnante de données scientifiques, cette lettre s’adresse expressément, au-delà des 1,2 milliard de catholiques, à « chaque personne qui habite cette planète ».

D’emblée — et cela est probablement le point le plus crucial —, l’encyclique affirme « qu’il existe un consensus scientifique très solide indiquant que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique » largement causé par l’activité humaine. Les « climatosceptiques » — qu’ils soient des rangs conservateurs à Ottawa ou de ceux républicains à Washington — sont ici clairement déboutés. Il faut prendre la mesure du poids que cette parole pontificale fera peser sur les débats en cours. François s’adressera d’ailleurs au Congrès américain et à l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre prochain, pour y marteler le même message.

En outre, le document lie de façon radicale la question écologique à la question sociale et aux droits fondamentaux des plus défavorisés. Pour François, « l’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser un changement de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ». Une puissante critique de l’insoutenable système capitaliste actuel traverse donc l’ensemble du texte. Pour le pape, « le climat est un bien commun de tous ». Il invite à un dialogue mondial ayant pour objectif « de construire l’avenir de notre planète », au nom « d’une solidarité intergénérationnelle » et du devoir de protection des plus vulnérables qui « souffrent davantage des graves effets des dérèglements environnementaux ». À cet égard, l’encyclique parle d’une véritable « dette écologique entre le Nord et le Sud » et « d’une dette sociale envers les pauvres ».

Enfin, pour l’évêque de Rome, « le changement climatique est un problème global aux graves répercussions environnementales, sociales, économiques et politiques constituant l’un des principaux défis actuels pour l’humanité ». Cela nous « oblige à penser une éthique des relations internationales » et « à renforcer notre conscience de former une seule famille humaine ». Il n’y a pas, selon François, « de frontières ni de barrières politiques ou sociales qui nous permettent de nous isoler ». Pour lui, « la globalisation de l’indifférence » doit être dépassée, afin « d’intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement » et que soit entendu « le cri de la terre qui est aussi le cri des pauvres ».

Pistes d’action concrètes

À côté de ces considérations fondamentales, le pape développe des thèmes plus concrets : la biodiversité et l’extinction des espèces, la pollution et la gestion des déchets, l’eau, la faim et le gaspillage de la nourriture, les réfugiés climatiques et la traite humaine, les OGM et la manipulation du vivant, la décroissance, etc. Il propose aussi des pistes d’action telles que la création de nouvelles structures de protection des ressources mondiales, la mise sur pied de processus de décision plus transparents (incluant davantage la diversité des voix, surtout celles des plus pauvres) et l’éducation à une authentique « citoyenneté écologique ».

Finalement, et cela n’est pas rien, François invite à « s’engager sans retard sur la voie du remplacement progressif des combustibles fossiles et l’accroissement des sources d’énergie renouvelable ». Pour lui, et à l’opposé de discours comme ceux tenus par Stephen Harper, la crise actuelle ne peut se résoudre par « une confiance aveugle dans les solutions techniques », trop souvent liées au secteur industriel et financier obnubilé par le profit. Critiquant au passage l’insuffisance de formules comme « le marché du carbone », il rappelle que nous ne pourrons nous en sortir que par une conversion anthropologique et spirituelle profonde.

L’être humain doit en effet réapprendre à se concevoir comme « inclus dans la nature » et intimement lié aux écosystèmes qui le soutiennent. Il a donc la responsabilité de protéger et d’honorer la création, en mettant fin au rapport d’exploitation et de domination mortifère qu’il a trop longtemps entretenu avec elle — au nom parfois d’une interprétation erronée de la Bible, précise le pape.

Vers Paris 2015

 

Il va sans dire que ce document paraît à un moment stratégique, à l’horizon de la Conférence de Paris sur les changements climatiques de décembre prochain, qualifiée par plusieurs comme le « sommet de la dernière chance ». De par sa stature internationale et sa crédibilité morale, François peut mobiliser l’opinion publique et jouer un rôle déterminant sur la tournure des événements. Les leaders du mouvement écologiste l’ont très bien saisi. Le pape, avec d’autres responsables religieux et communautés spirituelles du monde, fait donc aujourd’hui partie des acteurs incontournables de l’urgent mouvement de conversion nécessaire à la préservation de « notre maison commune ».

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