On leur arrache le coeur

Depuis plus de 150 ans, le coeur du quartier Saint-Sauveur à Québec, c’est le Centre Durocher et son parc attenant.
Photo: Facebook Depuis plus de 150 ans, le coeur du quartier Saint-Sauveur à Québec, c’est le Centre Durocher et son parc attenant.

Nous sommes en juin 2015, dans la capitale nationale du Québec. Comme dans toutes les villes, pour employer des mots simples, il y a des riches, et il y a des pauvres. Aux riches, qui ne manquent de rien, on a offert un diamant. Aux pauvres, qui ne demandent pas grand-chose, on propose le moins que rien, appliquant la politique de la terre brûlée. Et pour être bien certain qu’il ne leur restera rien, on leur arrache maintenant le coeur.

Depuis plus de 150 ans, le coeur du quartier Saint-Sauveur à Québec, c’est le Centre Durocher et son parc attenant. Après la démolition de l’aréna et l’exode du Carnaval, on veut maintenant priver la population de ce quartier d’un lieu de rassemblement essentiel à son développement communautaire et culturel.

Les temps changent, les gens bougent, le Centre Durocher a vieilli, comme nous tous. Or nos dirigeants choisissent de brader ce joyau au profit du plus petit nombre plutôt que de lui octroyer une nouvelle vie pour que les générations futures puissent en profiter.

Le Centre Durocher est le lieu tout indiqué pour la mise en place d’une première Maison de la culture à Québec. Espace à vocations multiples, on pourrait y retrouver un auditorium multifonctionnel, une succursale de la bibliothèque de Québec, une médiathèque, une résidence d’artiste, une salle d’exposition… il est facile de s’emporter quand on pense à l’effervescence qu’un tel lieu pourrait offrir à cette partie de la ville.

On ne peut pas dire que ce quartier a grevé l’enveloppe des investissements publics ces dernières décennies. Ce serait donc faire preuve d’une justice élémentaire que de le doter d’un tel équipement culturel, qui bénéficierait à tous et contribuerait de surcroît au développement de la relève artistique de notre région.

Il nous est difficile de comprendre le peu d’enthousiasme que ce projet suscite chez nos élus, tant locaux que nationaux, car la société et l’histoire les reconnaîtront pour ce qu’ils auront laissé à ceux qui leur succéderont. Personne ne leur reprochera d’avoir donné à ce quartier un tel instrument de dynamisation, dont la portée serait tout autant économique que culturelle et sociale. Mais on pourra condamner leur manque de vision si jamais ils laissent passer cette occasion de faire du Centre Durocher ce qui pourrait devenir un modèle d’intégration des arts et de la culture en milieu populaire.

Les citoyens du quartier Saint-Sauveur les invitent donc à soutenir ce projet et à y consacrer toutes les ressources et toute l’énergie dont ils disposent pour qu’ils voient bientôt briller au centre de leur milieu de vie un « diamant », voire un « phare », à la hauteur de leurs aspirations légitimes.

4 commentaires
  • Geneviève Laplante - Inscrite 13 juin 2015 21 h 34

    Ni compréhension, ni dignité

    Qu'il est facile de bouleverser le quartier le plus pauvre de Québec, sans tambour ni trompette, en ce début d'été ! Les journalistes partis, les souris de l'hôtel de ville peuvent danser pour fêter la démolition du Centre Durocher. Personne ou presque ne saura que le quartier Saint-Sauveur est en voie de perdre son seul lieu de rencontre, que dis-je ?, son seul lieu de quoi que ce soit.

    Je suis outrée, une fois de plus, par cet entêtement de nos édiles à taper sur le plus faible pour mieux se prosterner devant de grands noms, de «grosses pointures» comme ils disent. La protestation d'Alain Beaulieu est le seul son de cloche entendu jusqu'ici à ce sujet. Pourtant, les gens de la Vieille Capitale n'ignorent rien des prouesses des sportifs en tout genre ou des bêtises proférées par nos lecteurs de nouvelles. Le Devoir seul a publié la défense du Centre Durocher, plein des souvenirs de plusieurs générations. Ne peut-on, pour une fois, se pencher sur la basse-ville et lui faire cadeau d'une Maison de la culture dont elle a le plus grand besoin ? L'égalité des chances, vous connaissez, Monsieur Labeaume ?

  • François Dugal - Inscrit 14 juin 2015 07 h 51

    les conséquences

    Les citoyens ont les politiciens qu'ils ont élu; il faut vivre avec les conséquences de ses choix.

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 14 juin 2015 13 h 18

      Quelle résignation. Lors d'une élection, le citoyen ne connait pas toutes les actions à venir des futurs élus. La plupart des décisions plaisent, mais si une ne plait vraiment pas, il ne faut pas '' vivre avec'' et se culpabiliser parce qu'on a voté pour ces gens, mais dénoncer et argumenter comme M. Beaulieu, Mme Laplante et bien d'autres le font.

      Ce sont des humains nos élus, pas des robots, ils peuvent changer une décision de ce genre lorsqu'un nombre de citoyens expriment leur désaccord. La politique est vivante.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 14 juin 2015 20 h 46

    Beau combat

    Voilà un beau combat pour les solidaires. Mais occupés qu'ils sont à combattre le PQ, ils n'ont plus le temps de s'occuper des vraies affaires. Leurs amis, les pelquistes s'en chargent.