Libre opinion: La naissance, une question de choix?

Depuis 1999, après une gestation de plusieurs années, la société québécoise semble de mieux en mieux accueillir l'idée d'une «démédicalisation» de l'obstétrique. Désormais, on favorise l'autonomie décisionnelle de ces femmes enceintes en ce qui a trait au libre choix de la professionnelle de la santé qui les accompagnera tout au long de ce délicat processus. Cependant, à l'heure actuelle, ces femmes ont-elles toutes les cartes en main afin de prendre la meilleure décision pour elles-mêmes et les enfants à venir?

Au temps des filles de Caleb, où les médecins accouchaient simplement, sans soutien de la haute technologie, les taux de mortalité périnatale atteignaient des sommets vertigineux. Heureusement, les temps ont bien changé depuis cette époque. Grâce aux progrès soutenus de la science, la femme moderne a l'impression «trompeuse» que tout est guérissable ou réparable. La grossesse et l'accouchement sont devenus des phénomènes ordinaires, qu'on banalise sans scrupule. Mais est-il vraiment plus facile d'accoucher de nos jours qu'il y a 50 ans? À mon humble avis, l'arrivée au monde d'un petit être humain figure parmi les phénomènes biologiques les plus périlleux qui soient...

Pourtant, à suivre l'actualité de ces dernières semaines et à entendre le ministre Couillard, il apparaît que le recours aux sages-femmes s'avère une avenue intéressante et moins coûteuse. Toutefois, nous sommes à même de constater que la jeune femme enceinte méconnaît le plus souvent les caractéristiques de cette nouvelle profession. Cela n'est pas vraiment surprenant: en effet, aux États-Unis, où cette pratique a cours depuis des années, les sages-femmes ne sont responsables que de 4 % des naissances. On imagine que ce pourcentage est encore moindre au Canada.

Mais à qui donc doit-on confier la naissance de notre enfant? Un récent appel téléphonique à une maison de naissance nous a informés de la nature de la formation préalable à l'adhésion à l'Ordre des sages-femmes du Québec. Actuellement, un programme universitaire de quatre ans est offert par l'Université du Québec à Trois-Rivières. Cette formation comporte une année de théorie assortie de trois années de stage dans une maison de naissance. Par ailleurs, on nous apprend que l'enseignement est orienté strictement vers l'accouchement normal. Toute anomalie doit être décelée et, par la suite, la patiente devra rapidement être référée à un médecin spécialiste.

Sans être spécialiste, l'omnipraticien en périnatalité est, depuis de nombreuses années, un acteur de première importance dans la prise en charge de la naissance. Ce dernier, selon les privilèges qui lui sont accordés, exerce son art à l'intérieur des limites posées par l'obstétrique normale, en plus de l'obstétrique à faible ou moyen risque. Privilégiant une approche holistique, les soins du nouveau-né s'intègrent au suivi longitudinal de la famille tout entière. Quant à son parcours universitaire, il s'échelonne sur six ou sept ans, souvent avec une formation supplémentaire d'une durée variable en santé périnatale et maternelle.

L'éventail des choix serait incomplet si on ne faisait pas mention des gynécologues-obstétriciens qui pratiquent dans nos hôpitaux. Ayant complété une spécialité de cinq ans après la formation en médecine générale, ceux-ci sont les experts auxquels on confie les situations les plus complexes, notamment les situations où la césarienne est requise.

Qui donc choisir? La sage-femme, l'omnipraticien en périnatalité ou le gynécologue? À mon avis, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, à condition bien sûr que la femme enceinte puisse apprécier les forces et les limites de chacun. Or le problème actuel réside dans les messages confondants auxquels le grand public est exposé. À voir la publicité faite par l'Ordre des sages-femmes du Québec et à entendre les propos du Dr Yves Lamontagne, accoucher avec une sage-femme est forcément ce qu'il y a de plus naturel, voire de plus sécuritaire. À l'opposé, confier sa grossesse à un médecin s'avère nécessairement une expérience artificielle, frustrante et même traumatisante.

À l'heure actuelle, il semble impossible de pouvoir prendre une décision éclairée par rapport à la naissance. On mêle inconsidérément les cartes. D'ailleurs, on se demande bien pourquoi le gouvernement s'empresse à vouloir intégrer les sages-femmes dans nos hôpitaux. En effet, au dire de Céline Lemay, présidente du Regroupement des sages-femmes du Québec, qui répondait récemment à un journaliste du Devoir, «les sages-femmes sont mieux formées et plus solides que n'importe quel médecin généraliste, [...] qu'une sage-femme; ce n'est pas juste de la compétence mais aussi une conscience». Alors, M. Lamontagne, à défaut de nous consulter, sortez-nous donc et faites place à cette merveilleuse profession!