Lettres: La nécessaire unité des soins palliatifs au CHUM

Dans une lettre adressée à La Presse le lundi 29 décembre, le Dr Yves Quenneville faisait part de ses inquiétudes en ce qui concerne la décision des «concepteurs» du futur CHUM de saborder en 2010 l'unité des soins palliatifs et de replacer les patients en phase terminale avec les patients en soins prolongés et en réadaptation.

La décision serait, si on devait la maintenir, aberrante et proprement scandaleuse quand on connaît la qualité et l'importance du travail accompli depuis des années par l'équipe de l'unité des soins palliatifs de l'hôpital Notre-Dame. Yves Quenneville rappelait que des milliers de patients, pour la plupart cancéreux en phase terminale, et leurs proches ont bénéficié et bénéficient actuellement des soins exceptionnels offerts par cette équipe spécialisée dans l'accompagnement aux mourants.

Nous avons été du nombre. En décembre 1996, Gaston Miron y a vécu ses derniers moments. Nous ne saurions assez dire le dévouement et la compétence du personnel (médecins, infirmières, bénévoles) qui l'a accompagné et qui, d'heure en heure, nous a soutenues, guidées, épaulées. L'accueil et les soins furent d'une qualité exceptionnelle. À la hauteur de l'épreuve à traverser.

Mourir dignement. Voir comprises et atténuées ses souffrances. Avoir auprès de soi ses proches dans un climat qui favorise le respect et le partage. À la maison, chez soi ou à l'hôpital, mais dans un lieu où tout est centré sur l'essentiel, les besoins du mourant et ses dernières heures de vie avec les siens, avec le monde. Dans ce havre de paix et d'humanité qu'est une unité des soins palliatifs, le temps est suspendu, le patient et ses proches apprennent ensemble à apprivoiser la mort qui vient et dans un environnement qui, s'il est distinct, n'en demeure pas moins en relation étroite avec le département d'oncologie.

Leçon de courage et d'humilité face à cette mort que tout dans le monde actuel, le monde extérieur, cherche à banaliser, à nier comme si elle ne faisait pas partie intégrante de la vie, comme si le fait de fermer les yeux allait l'annihiler. Elle est pourtant, avec la naissance, l'expérience humaine la plus forte. La plus douloureuse. Elle ne va pas de soi. Rien n'y prépare. C'est pourquoi l'existence d'une aide spécialisée aux mourants et la poursuite de la formation et de la recherche qui y sont rattachées demeurent essentielles. Pour la personne en phase terminale comme pour ses proches.

L'état d'avancement d'une société ne se mesure pas qu'à sa technologie et à la modernité de ses bâtiments et de sa gestion. Elle se mesure aussi à son degré d'humanité et à sa façon d'aborder la mort. L'annonce de la disparition planifiée de l'unité des soins palliatifs de l'hôpital Notre-Dame du CHUM envoie en ce sens un signe bien inquiétant.