Agora: La qualité du français des futurs enseignants devrait être une priorité

L'annonce de la préparation et de la prochaine mise en place d'un test commun interuniversitaire visant à vérifier les compétences en français des étudiants engagés dans les programmes de formation à l'enseignement (Le Devoir, 20 octobre 2003) est une nouvelle positive sous plusieurs aspects mais qui ne doit pas faire oublier qu'un haut niveau de maîtrise du français oral et écrit chez les futurs enseignants est en soi un objectif prioritaire de formation qui devrait mobiliser l'ensemble des formateurs et mérite mieux qu'une simple épreuve de vérification, si utile soit-elle.

La décision prise par le regroupement des doyens des facultés d'éducation a certes le mérite de répondre à une situation jusqu'à présent potentiellement inéquitable pour les étudiants inscrits dans les diverses universités, les tests existants ici et là ne mesurant pas exactement les mêmes compétences, ni de la même manière.

L'annonce publique a aussi pour effet bénéfique de rappeler la nécessité de s'assurer que les personnes qui accompagneront les élèves dans leur parcours scolaire seront pour les jeunes qui leur seront confiés de véritables maîtres de langue, de parole, de lecture et d'écriture.

Enfin, la détermination d'un test commun au niveau universitaire obligera aussi ses concepteurs à faire un choix en ce qui concerne le niveau de compétence attendu à ce niveau de la formation et à situer ce niveau par rapport à celui attendu et testé par les outils utilisés à la fin du secondaire et du cégep. En ce sens, le pari consiste à envisager une progression possible des compétences langagières et communicationnelles des étudiants sur l'ensemble de leur cursus de formation.

Un formidable défi

Malgré les aspects positifs relevés ci-dessus, la mise en place d'un outil de mesure commun ne peut constituer à elle seule une réponse satisfaisante au formidable défi que représente la formation d'enseignants capables de «communiquer clairement et correctement dans la langue d'enseignement, à l'oral et à l'écrit, dans les divers contextes liés à la profession enseignante». La réforme des divers programmes de formation initiale à l'enseignement commandée par le ministère de l'Éducation à partir d'un référentiel de compétences professionnelles prédéfinies a représenté une occasion unique pour les universités de repenser la place accordée à l'importance du développement des compétences de communication orale et écrite des étudiants et d'imaginer de nouveaux dispositifs de formation visant l'atteinte d'exigences de haut niveau dans ce domaine.

Dans ce contexte, l'équipe chargée de la révision du programme de baccalauréat en enseignement au secondaire proposé à l'Université de Sherbrooke a choisi d'innover en préparant de nouveaux espaces de formation explicitement centrés sur le développement des compétences professionnelles de communication orale et écrite. Il nous est effet apparu essentiel de contextualiser le plus possible les apprentissages de nos étudiants en travaillant avec eux les diverses situations de communication orale et écrite qu'ils rencontreront dans l'exercice de leur profession. C'est ainsi qu'un nouveau cours a été créé autour de la compétence orale professionnelle. Le cours est conçu à partir de l'analyse de situations authentiques d'interactions entre des enseignants et des élèves, filmées dans différentes classes du secondaire. Par rapport aux situations observées, les étudiants sont amenés à mettre en question leurs propres pratiques et stratégies de communication.

Dans une autre perspective, il a été décidé de rendre obligatoire pour tous les futurs enseignants du secondaire un cours intitulé «Lecture, écriture et réussite scolaire». Ce cours vise à les sensibiliser au rôle capital joué par la maîtrise de la langue dans la réussite scolaire à l'école comme à l'université. Il s'agit aussi d'outiller les futurs enseignants afin de les rendre aptes à mieux accompagner les différentes tâches de lecture et d'écriture proposées aux élèves dans les différentes disciplines car on lit et on écrit pour apprendre autant en sciences qu'en français.

Mobilisation générale

Parallèlement à ces activités innovatrices ouvrant la voie à un travail sur la langue orale et écrite en situation d'exercice de la profession, une autre dimension mérite de retenir l'attention: la mobilisation de l'ensemble des acteurs (intervenants autant qu'étudiants) du programme de formation. À plusieurs reprises, nous avons pu constater que des étudiants ayant réussi des tests de mesure du français écrit existants et reconnus comme étant très exigeants ne témoignent pas dans d'autres situations de formation (qu'il s'agisse des travaux présentés dans le cadre des cours ou des prestations en stage) d'une qualité de communication orale ou écrite conforme aux exigences de l'exercice de la profession. Ceci nous amène à penser qu'il est capital de faire prendre conscience aux étudiants du fait que la réussite d'un test ne suffit pas pour attester d'une compétence. Celle-ci doit faire l'objet d'une attention constante et d'une mobilisation adéquate dans l'ensemble des situations de communication.

La valorisation de la qualité du français est un chantier qui concerne tous les enseignants. Le ministre Reid a en ce sens raison de souhaiter que l'annonce du test commun à l'université mène à une mobilisation générale de l'ensemble du réseau scolaire. Les nouveaux programmes du primaire et du secondaire élaborés dans le cadre de la réforme placent la compétence de communication parmi les compétences transversales à développer dans le cadre de l'ensemble des cours, même ceux d'éducation physique. Il reste donc au ministre à dégager des moyens pour atteindre l'objectif visé en soutenant par exemple la formation continue de l'ensemble des enseignants dans ce domaine ou en mettant en place avec ses collègues concernés une véritable politique de soutien à la diffusion des écrits et de promotion de l'accès au livre et à la culture pour tous les écoliers du Québec. À charge aussi pour les responsables des programmes de formation initiale à l'enseignement de prendre au sérieux ce défi et d'oeuvrer de façon à faire de la qualité du français un objectif de formation prioritaire.