La fin de tous les exils

Jean-Martin Aussant a prononcé une allocution d’une grande émotion lors des funérailles de Jacques Parizeau, mardi à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean-Martin Aussant a prononcé une allocution d’une grande émotion lors des funérailles de Jacques Parizeau, mardi à Montréal.

Chers Lisette et membres de la famille, Monsieur le Premier Ministre, chers amis.

J’avais d’abord pensé vous entretenir aujourd’hui des avantages économiques d’une approche keynésienne que monsieur Parizeau appréciait, mais je vous parlerai plutôt sur un plan plus personnel. Le premier ministre Jacques Parizeau appartient pour moi à ces géants politiques que peu de nations dans le monde peuvent se targuer d’avoir connus. Il fait partie de ceux qui créent un avant et un après, ceux dont on refuse même d’envisager le départ. Félix Leclerc, un autre de nos géants, dirait qu’il appartient à la courte liste des libérateurs de peuples. Si nous pouvons en être fiers, nous devrons aussi en être dignes.

Lui-même issu d’un peuple dont l’histoire contient traumatismes, doutes et craintes, il incarnait la confiance en soi et la capacité, voire le devoir de gérer ses propres affaires. Toujours en complet, toujours sans complexe, il était pour ainsi dire le « convaincu en chef ». L’assurance de l’homme qui sait où il va et qui est capable d’expliquer pourquoi.

Sa réputation dépassait aisément les frontières du Québec. Je l’ai constaté moi-même lors d’une rencontre avec des gens de la finance à New York il y a quelques années. Un ancien haut placé d’une agence de notation m’avait confié que « Jack » Parizeau, par sa simple présence aux commandes de l’État, donnait de la crédibilité au Québec à l’époque du référendum et qu’il n’y aurait certainement pas eu de décote du Québec en cas de victoire du Oui.

D’ailleurs, si la langue de la finance internationale demeure clairement l’anglais, trois mots de la langue de Molière y sont toutefois devenus communs grâce à la vision de Jacques Parizeau : « Caisse de dépôt ». Cette institution bien de chez nous que tous connaissent et respectent sur les marchés financiers mondiaux.

Jacques Parizeau était ce rare ambidextre, un homme de chiffres qui a du coeur. Fils du 1 %, il a consacré sa vie au 99 %, fort de l’idée que l’argent est un bon serviteur, mais un bien mauvais maître. En survolant sa vie, l’élément qui semble l’avoir le plus guidé toujours, c’est la poursuite d’une certaine justice, ses préoccupations de souverainiste, de social-démocrate, de féministe, d’environnementaliste, toutes s’appuyaient au fond sur un désir de justice, d’équité pour son monde, comme il disait.

D’une tendresse insoupçonnée de prime abord, il avait compris que la seule forme de supériorité pour un homme, c’est la bonté. D’une érudition et d’une curiosité sans fin, je lui faisais parvenir jusqu’à tout récemment des documents techniques comme le budget du Québec ou le rapport annuel de la Caisse de dépôt. Il les épluchait méticuleusement. Les cahiers les plus intéressants pour lui étaient ceux portant la mention de renseignements additionnels, essentiellement constitués de colonnes de chiffres et de graphiques.

Monsieur aimait aller au fond des choses, il adorait la musique et aurait voulu être musicien. Bien qu’il soit plus proche d’un style assez classique, j’avais bien compris encore une fois toute son ouverture d’esprit quand il avait insisté pour que je lui fasse écouter de la musique un peu plus techno que j’avais composée et où la grosse caisse était avouons-le un peu plus présente que chez Vivaldi. Il suivait de façon enjouée le rythme en tapant sur sa jambe et m’avait dit avec son sourire allumé : « Mais c’est très bien, ça, vous voyez que je ne suis pas pudibond. »

L’état de sa collectivité lui importait constamment. Il regrettait de constater que la chose publique courrait le risque de devenir tout sauf publique. Il ne voulait pas que la politique devienne l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. Il appelait de tous ses voeux les projets de société autres que comptables. Son attachement et son vif intérêt pour ce qui vient, pour la jeunesse québécoise, ne se sont jamais démentis. Durant le soulèvement étudiant du printemps 2012, je lui avais mentionné que la génération montante serait probablement plus difficile à gouverner, il m’avait répondu du tac au tac : « Je l’espère bien » […]

Conscient que l’éducation était la clef de tout progrès économique, technologique ou social, Jacques Parizeau était pédagogue jusqu’au bout des doigts. En échangeant avec lui, on avait l’impression d’apprendre même pendant ses silences caractéristiques entre deux phrases parfaites, comme par osmose. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour Monsieur arrivaient aisément.

Son sens de l’humour était toujours présent en filigrane, un certain héritage britannique pourrait-on croire. Comme lorsqu’il parlait de sa carte de membre faite en bois pour qu’il ne puisse pas la déchirer ou de son éclat de rire quand il a su que plusieurs militants l’appelaient très affectueusement Yoda, le sage des sages dans la saga de La guerre des étoiles. Il est vrai lorsqu’il était assis et appuyé sur sa canne qu’on l’aurait bien vu brandir une épée laser pour mener son combat contre le côté obscur de la force.

De nombreux monuments dans le monde sont dédiés à des généraux et des présidents qui ont mené d’autres hommes à la guerre à partir de leur officine sécurisée. Jacques Parizeau pour sa part méritera son monument pour avoir construit du beau. Il existe des révolutions pacifiques et tranquilles, il nous l’a bien prouvé, lui le révolutionnaire dans le plus constructif sens du terme. Il mentionnait d’ailleurs que notre Révolution tranquille avait été l’oeuvre d’une poignée d’élus, de fonctionnaires et de poètes. On réalise maintenant qu’il faisait finalement partie de chacun de ces trois groupes.

Pour paraphraser Churchill, qu’il admirait, l’histoire du Québec lui sera favorable puisqu’il l’a écrite lui-même. Et cette histoire n’est pas finie, il nous en reste plusieurs chapitres à écrire collectivement. Celui qui aura plus que quiconque contribué à construire le solage et le premier étage de notre maison commune nous quitte, mais il nous a laissé des plans pour les étages qu’il reste à bâtir. Il souhaitait que nous puissions décider nous-mêmes des règles à mettre en place dans notre maison, que l’on puisse choisir nous-mêmes les éléments de sa décoration et de ses relations avec les autres. En somme, il trouvait futile de tenter d’améliorer les aptitudes d’un voisin, aussi sympathique soit-il, à bien gérer notre maison.

Nos discussions entre économistes portaient souvent sur des concepts plutôt pragmatiques, je ne lui aurai donc jamais dit moi-même ce que le Québec entier ne lui a pas assez dit : « Je vous aime, Monsieur Parizeau. » Vous étiez assurément la personne dont le regard approbateur m’importait le plus, vous me manquerez […]

Et maintenant quoi ? S’il est une chose que son départ devrait amener, c’est la fin des exils, de tous les exils. Qu’ils soient géographiques ou intellectuels, il faut que chacun de nous participe à sa façon dans la construction de cette société pour laquelle il a tant travaillé. L’embellissement de la vie pour ceux qui restent est le plus bel hommage à offrir à celui qui part. « L’avenir dure longtemps », aimait-il à dire. Grâce à lui plus que tout autre, nous savons que nous pourrons le dessiner nous-mêmes, si tant est que ce soit ce que nous désirons comme peuple.

Monsieur le Premier Ministre, Monsieur Parizeau, Monsieur l’Enseignant, j’ai bonne confiance que le Québec entier se joint à moi pour vous dire bon repos et merci pour tout. 

L’artisan de deux révolutions tranquilles

«Son impact a été tel, qu’on pourrait aisément dire qu’il a été l’artisan de deux révolutions tranquilles. Celle de l’État moderne. Et celle de l’émergence de toute une cohorte d’entrepreneurs et financiers francophones.» Extrait tiré de l'allocution prononcée lundi par Guy Breton à lire sur notre site Internet.
47 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 10 juin 2015 03 h 44

    Le double discours de Jean-Martin Aussant

    «Jacques Parizeau était ce rare ambidextre, un homme de chiffres qui a du coeur. Fils du 1 %, il a consacré sa vie au 99 %.» ..nous lance sans ambages Jean Martin Aussant

    C'est quand même fort de se faire dire ça, par un politicien qui n'a jamais cessé de répéter que la lutte sociale était peine perdue tant que le Québec ne deviendrait pas un pays indépendant.

    Et ceci, alors qu'on connait très bien les énormes avancées dont le Québec a été capable durant la révolution tranquille, avec un Jacques Parizeau en tête, et ce, même avec un Québec membre de fédération canadienne.

    S'il est intéressant d'entendre Aussant et d'autres reprendre les idées de Jacques Parizeau. Il consternant de voir ces membres de la grande famille péquiste nous tenir sans cesse ce double discours et leur tourner le dos.

    Christian Montmarquette

    • Hélène Paulette - Abonnée 10 juin 2015 09 h 52

      Vous réécrivez l'histoire à votre profit, monsieur Montmarquette. Quiconque a vécu la Révolution Tranquille sait que ce sont bel et bien les limtes du fédéralisme freinant l'élan du Québec qui ont convaincu les Lévesque et Parizeau de la pertinence de l'Indépendance. Que nous vaut donc cette haïssance de Parizeau? Il n'était pas le néo-libéral que vous voudriez nous faire croire mais il devait conjuguer avec les néo-libéraux d'Ottawa et limitait les dégâts. C'est son successeur, le conservateur Bouchard qui nous a sacrifié à l'autel de la dette.

    • Jacques Gagnon - Abonné 10 juin 2015 10 h 07

      Vous auriez pu démontrer un minimum de respect pour son chagrin et nous épargner votre cassette.

    • André Nadon - Abonné 10 juin 2015 10 h 17

      M. Montmarquette,
      Votre partisanerie est triste à voir.
      Vous désservez votre cause avec de tels propos.

    • Dyane Plourde - Abonnée 10 juin 2015 10 h 38

      M. Montmarquette, il n'y a pas de double message là. Jacques Parizeau faisait partie du 1% bien nanti de la population québécoise, ce qui ne l'empêchait pas de consacrer sa vie au 99% restant. Et d'autre part, le terme ambidextre réfère au fait qu'il savait compter et en même temps avoir du coeur, ce qui n'est pas le cas de tous, avouons-le, surtout en ces temps d'austérité.

    • Hélène Paulette - Abonnée 10 juin 2015 11 h 22

      ''C'est quand même fort de se faire dire ça, par un politicien qui n'a jamais cessé de répéter que la lutte sociale était peine perdue tant que le Québec ne deviendrait pas un pays indépendant.''
      Et elle va bien la lutte sociale d'après vous?
      Votre biais ne vous honore pas monsieur Montmarquette, permettez-moi de vous le dire...

    • Christian Montmarquette - Abonné 10 juin 2015 11 h 27

      «Que nous vaut donc cette haïssance de Parizeau? Il n'était pas le néo-libéral que vous voudriez nous faire croire » - Hélène Paulette

      Désolé de vous dire que vous êtes complètement passé à coté du sens de mon commentaire. Je ne parlais pas de Parizeau, pour qui j'ai non seulement beaucoup de respect, mais de l'attachement, et que j'ai même pleuré pour votre information. Mais de tous ces racoleurs qui se réclament de l'esprit de Parizeau et qui font exactement le contraire.

      Ne venez pas me dire qu'un Québec gouverné par un parti de gauche ne pourrait pas faire socialement infiniment mieux avec le 10 milliards dont dont les néolibéraux du PQ et du PLQ gavent les banques , les multinationale et les grandes entreprises, pendant qu'il coupent dans les services publics avec des budgets d'austérité à répétition depuis 1996?

      Christian Montmarquette

      Référence :

      «Jacques Parizeau : Plus près de Québec Solidaire que du Parti québécois» :

      http://www.pressegauche.org/spip.php?article22453

      .

    • Christian Montmarquette - Abonné 10 juin 2015 11 h 38


      «Vous auriez pu démontrer un minimum de respect pour son chagrin et nous épargner votre cassette.» -Jacques Gagnon

      Je constate que vous n'avez rien compris à mon commentaire pourtant titré: «Le double discours de : «Jean-Martin Aussant».

      Et non : «Le double discours de : «Jacques Parizeau».

      Ce sont ces racoleurs néolibéraux qui se réclament de la social-démocratie de Parizeau et qui font le contraire que je critique. Et non Jacques Parizeau.

      Espérons que vous n'éprouviez pas les mêmes difficultés de compréhension de texte avec les bulletins de votes aux élections.

      - Cm

    • Christian Montmarquette - Abonné 10 juin 2015 12 h 05

      Coup donc..

      Personne ne sait lire un texte sur cette tribune?

      Je répète :

      «S'il est intéressant d'entendre Aussant et d'autres reprendre les idées de Jacques Parizeau. Il consternant de voir ces membres de la grande famille péquiste nous tenir sans cesse ce double discours et leur tourner le dos.» - Cm

    • Gilles Théberge - Abonné 10 juin 2015 12 h 09

      J'ai remarqué qu'à l'occasion des funérailles de monsieur Pariseau, la co-cheffe de QS Françoise David alors qu'elle donnait une entrevue en direct, n'a pas hésité (je devrais peut-être dire en a profité) comme c'est son habitude, pour cracher un peu sur le PQ au motif qu'elle percevait une dissonnance entre la pensée de Monsieur et le parti dont il avait une carte de membre en bois...

      Des fois dans la vie, il faut être capable de s'élever au-dessus du caniveau. Manifestement votre émule n'en est pas capable la preuve est implacable.

      Oui c'est ça, unissons-nous souverainistes... Souverainistes? Est-ce que QS va se réengager dans la bataille fédérale en faveur du NDP? Est-ce que Khadir va encore voter contre Duceppe et s'en vanter comme la dernière fois? Souveainistes...?!

      Vous pouvez continuer de faire dans la dialectique monsieur Montmarquette, c'est votre force. Mais sachez bien que vous êtes de moins en moins convainquant.

    • J-F Garneau - Inscrit 10 juin 2015 12 h 56

      M. Montmarquette, effectivement il semble que l'art de la lecture disparait.

      Et quand je lis Mme Gervais et qu'elle dit "...quand on se sera débarrassé de vous on pourra, dans un Québec pays..." je crois qu'ellle dit tout haut ce que plusieurs péquistes pensent tout bas, c à d que le "Québec pays" dont rêve PQ est libre et "débarrassé" des solidaires, des anglos, des québécois non-péquistes... bon ça sera peut-être un petit pays. Une belle petite chambre à écho ou la divergence d'opinion n'est plus tolérée.

    • Christian Montmarquette - Abonné 10 juin 2015 13 h 56

      « M. Montmarquette, effectivement il semble que l'art de la lecture disparait» - J-F Garneau

      J'espère, M. Garneau, que ces dyslexiques politiques qui semblent éprouver de sérieuses difficultés à saisir le sens d'un texte de treize lignes, vont avoir la décence de s'excuser pour m'avoir accusé publiquement dire le contraire de ce qui était écrit..

      Et quand on voit ça.. On comprend mieux pourquoi ces gens-là, accusent sans cesse Québec Solidaire d'être le contraire de ce qu'il est en réalité.

      Un petit cours de compréhension de texte, non seulement améliorerait leurs capacités de lecture, mais leur jugement politique.

      Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 10 juin 2015 17 h 51

      «Souverainistes? Est-ce que QS va se réengager dans la bataille fédérale en faveur du NDP» - Gilles Théberge

      Vous êtes dans l'erreur M. Théberge.

      1) La consigne officielle de vote de Québec Solidaire de 2011, n'était pas un appui au NPD, mais bien : «N'importe qui sauf les conservateurs».

      2) Et pour en finir avec Amir et le NPD voici sa déclaration exacte et non tronquée :

      « Je souhaite pour le Québec un Bloc Québécois fort et un premier ministre du nom de Jack Layton. Le NPD est la source de l'avenir, nous sommes face à un homme intelligent et qui participera à la souveraineté»-Amir Khadir

      .

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 11 juin 2015 07 h 12

      Votre hargne épuise M. Montmarquette.

      PL

    • Hélène Paulette - Abonnée 11 juin 2015 07 h 20

      (deuxième tentative) Vous avez raison monsieur Montmarquette je vous ai lu trop vite mais je trouve toujours votre commentaire tiré par les cheveux.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 juin 2015 07 h 55

      Humain, trop humain... Il y a malheureusement quelque profit potentiel pour bien des péquistes à saluer la mémoire d'un homme dont ils auraient aimé si souvent qu'il se fasse oublier. Ce n'est pas très joli...

      Mais racolage pour racolage, celui auquel madame David s'est livrée sans retenue n'était pas beaucoup plus digne.

    • Hélène Paulette - Abonnée 11 juin 2015 08 h 49

      Vous conviendrez, monsieur Maltais Desjardins que tout ça ne concerne en rien Martin Aussant...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 juin 2015 10 h 38

      Je crois au contraire, madame Paulette, que cela concerne au premier chef monsieur Aussant. Je ne sais pas si son souverainisme pressé à lui est motivé en même temps par la défense du 99%, mais sonner le rappel des troupes sous l'égide, faut croire, de péquistes qui éprouvent de plus en plus la sociale démocratie comme un clou sur une fesse, on ne peut pas dire que cela allait dans le sens de l'opiniâtre résistance que Parizeau a conservé jusqu'à la fin tant à l'endroit des souverainistes mous par opportunisme électoraliste que des souvernaistes durs prêts à toutes les compromissions pourvu qu'elles conduisent au grand soir du pays. S'il est une grandeur qu'il faut reconnaître à Jacques Parizeau, c'est de n'avoir pas laissé beaucoup de prise à ces récupérations, qu'elles viennent de Martin Aussant ou de Françoise David. Une fois la commotion et les épanchements de circonstance passés, le discours sur l'homme se tarira à nouveau, seul restant l'ouvrage accompli pour le meilleur et le pire.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 juin 2015 15 h 13

      À M. Montmarquette. Option nationale, dans son programme, encore maintenant et depuis que M. Aussant en était le chef, propose entre autres la gratuité scolaire y compris à l'université et la nationalisation des ressources naturelles. Deux petits exemples.

      Par ailleurs, pourriez-vous retrouver la citation exacte (dans le contexte) où M. Aussant aurait déclaré "que la lutte sociale était peine perdue tant que le Québec ne deviendrait pas un pays indépendant."

      Pouvez-vous affirmer avec certitude que M. Aussant est d'avis que, par exemple, la création de la Caisse de dépôt ou la nationalisation de l'électricité étaient "peine perdue tant que le Québec ne deviendrait pas indépendant"?

      Vous soutenez qu'une telle interprétation de la pensée de M. Aussant est intellectuellement honnête?

    • Robert Lauzon - Abonné 12 juin 2015 03 h 28

      @ Christian Montmarquette

      Je ne doute pas de vos sentiments envers Monsieur.

      C'est votre acharnement partisan qui nuit à l'émancipation du Québec. Je vous en ai souvent parlé, l'indépendance politique du Québec avec la prise en charge des pleins pouvoirs politiques nous donnera enfin tous les moyens nécessaires pour modeler la société que nous voulons.

      Les banques suivent la loi FÉDÉRALE des banques. Rapatrions d'abord, ces leviers économiques et il nous sera possible de les faire fonctionner à notre véritable avantage.

      Il est aussi vrai que l'indépendance politique du Québec nous permettra aussi de mieux gérer les 45 milliards de dollars que nous envoyons chaque année à Ottawa. Les programmes sociaux un fois rapatriés pourraient ainsi mieux servir la population du Québec.

      Il faut ÊTRE avant d'avoir.

    • Robert Lauzon - Abonné 12 juin 2015 05 h 36

      @ M. Montmarquette

      Pour qu'enfin cessent les guerres intestines

      Suggestion d'un processus transparent d'accession à l'indépendance

      Étape par étape:

      1) Convocation de toutes les forces indépendantistes à une assemblée constituante, non-partisane où seront élaborées, de façon consensuelle, les grandes lignes de la nouvelle constitution du Québec-Pays. (Dans les prochains 24 mois)

      2) Diffusion la plus large possible de ce projet consensuel de constitution afin de faire connaître le projet de société, les droits et responsabilités des citoyens et des institutions du futur Québec-Pays. (12 mois avant l'élection)

      3) Élection sur un mandat clair de préparer l'indépendance

      4) Campagne de promotion de l'indépendance du Québec. Pédagogie et explication sincère des avantages et réponse précise aux objections et interrogations suscitées.

      5) Consultation référendaire et mise en marche du processus d'accession à l'indépendance.

      Le Québec devient!

    • Christian Montmarquette - Abonné 12 juin 2015 08 h 57


      «Par ailleurs, pourriez-vous retrouver la citation exacte (dans le contexte) où M. Aussant aurait déclaré "que la lutte sociale était peine perdue tant que le Québec ne deviendrait pas un pays indépendant.»-Raymond Labelle

      La voici :

      «On ne peut pas faire le débat de gauche ou de droite au Québec, tant qu’il y a un autre gouvernement qui nous impose des choses qu’on veut pas.»- Jean-Martin Aussant

      Jean-Martin Aussant, fondateur d'Option nationale @ Bazzo.TV

      - À 10 min. 23 sec.

      http://www.youtube.com/watch?v=QVc5M6sLOu4&fea

      Autrement dit..

      En refusant le débat gauche-droite, Aussant refuse du coup la lutte de gauche, refuse la lutte sociale et refuse de combattre la droite néolibérale qui s'attaquera aux Québec et au citoyens d'ici l'indépendance.

      Ce qu'Aussant propose est une véritable lobotomie de la pensée et une abdication de la lutte sociale d'ici le grand soir.

      Christian Montmarquette

      .

    • Hélène Paulette - Abonnée 12 juin 2015 11 h 50

      Loin de la récupération, Aussant a parlé avec son coeur... Son allusion à l'esprit keynésien de Parizeau était plutôt un message... De penser qu'un gouvernement de gauche aurait les mains libres à l'intérieur du Canada va à l'encontre de l'histoire récente du Québec. Ce sont les référendums perdus qui nous ont jetés dans le néo-libéralisme.

    • Christian Montmarquette - Abonné 12 juin 2015 14 h 13

      «C'est votre acharnement partisan qui nuit à l'émancipation du Québec»- Robert Lauzon

      M. Lauzon,

      1) Dire que mon petit moi, nuit à l'émancipation du Québec, est me donner un bien grand pouvoir dont je ne dispose pas.

      2 ) Ce qui nuit vraiment à l’émancipation du Québec, et que je reproche aux ultra-nationalistes disposés à toutes les compromissions pour avoir leur drapeau. C'est de ne regarder que la ligne d'arrivée du projet, sans se poser de questions, ni sur le chemin pour s'y rendre, ni sur le choix du véhicule. Et dans le cas qui nous occupe, un véhicule de droite néolibéral péquiste, qui cherche à détruire l'État, détruire nos services publics, imposer l'austérité au peuple tout en gavant les corporations privées à coups de milliards avec l'argent des taxes et des impôts des petits travailleurs.

      3) Et ceci, sans compter qu'un gouvernement de gauche indépendantiste, irait chercher plus de «20 milliards» par année!de plus, et à «coup sûr» pour l'État «chemin faisant», plutôt que d'attendre après 45 milliards qui se joueront sur un coup de dé au prochain référendum, si prochain référendum il y a dans 5 ou 10 ans, et s'il est gagnant. Ce qui, vous en conviendrez, fait beaucoup de «si» avant de toucher le magot.

      4) Or donc, les immenses avantages d'un parti de gauche souverainiste, n'ont aucune commune mesure avec la route austère et destructive que nous propose un parti de droite comme le PQ.

      S'il fallait 10 ans pour se rendre à un référendum gagnant, les avantages de la route de gauche pour se rendre, seront donc de 200 milliards!!..Soit l'équivalant de la dette nationale. Sans compter l'élimination de toute cette misère que la droite fait endurer aux plus démunis pour avantager l'élite économique du 1% des ultra-riches.

      Autrement dit, avec la gauche, le peuple a la ceinture et les bretelles pour se rendre au grand soir. Alors que la droite péquiste propose de déshabiller le citoyen avant de se rendre.

      Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 12 juin 2015 19 h 50

      Corrigé:

      «De penser qu'un gouvernement de gauche aurait les mains libres à l'intérieur du Canada va à l'encontre de l'histoire récente du Québec. Ce sont les référendums perdus qui nous ont jetés dans le néo-libéralisme.» - Hélène Paulette

      Madame Paulette,

      Mon commentaire ne critique en rien les sentiments de quiconque et pas plus ceux d'Aussant, et qui plus est que là n'est pas le débat, ni la question.

      Croire que le Québec est impuissant à améliorer un paquet de situations déterminantes au niveau économique et sociale à cause du Canada alors que le Québec gère un budget de 100 milliards par année selon les chiffres même de Jacques Parizeau et que la révolution tranquille elle-même a été faite dans le Canada, c'est tomber dans la petite rhétorique électoraliste péquiste de lavage de cerveau prônant la politique du pire, mais c'est surtout ne pas savoir compter, comme mon texte ci-haut le démontre clairement.

      Vous ne pouvez pas vous contenter de me dire que j'ai tord sur la simple base de votre opinion.

      Contredisez avec une démonstration, des preuves et des chiffres que le Québec ne serait pas plus riche de 20 milliards par année avec un gouvernement de gauche. Sans quoi, votre affirmation demeurera gratuite et ne restera qu'une opinion pouvant être contredite par une autre.

      Si le but de l'indépendance est, entre autres choses, d'aller chercher l'argent que le Québec envoie à Ottawa (plus de 45 milliards selon M. Lauzon).

      - Pourquoi refuse-t-on d'aller chercher l'argent qu'on pourrait immédiatement aller chercher chemin faisant vers l'indépendance?

      - Ça n'a aucun sens !

      Le chemin péquiste pour nous mener à l'indépendance est une route parfaitement inconséquente. Et il est consternant de constater que le citoyen moyen ne comprenne pas une chose aussi évidente et aussi simple.

      Christian Montmarquette


      .

  • Claude Bariteau - Abonné 10 juin 2015 07 h 19

    « Je vous aime, Monsieur Parizeau »


    Dite avec tant d’émotions, votre phrase m’a rejoint au plus profond de mon être.

    Jacques Parizeau méritait notre amour, lui qui aima tellement le peuple québécois qu’il créa un avant et l’invita, après avoir imaginé un après, à vivre l’aventure des peuples inscrits dans l’histoire par leur pays.

    Comme vous le dites, son œuvre est à terminer et le sera, comme il le souhaitait, si nous nous entendons sur les règles de base pour vivre au Québec, ce qui implique, ajoutez-vous, de mettre fin aux exils qu’il génère.

    Je partage votre souhait. Il faut inventer un « après l'exil », qui passe par une entente collective sur les règles politiques du « vivre ensemble ».

  • Jacques Boulanger - Inscrit 10 juin 2015 07 h 25

    Adieu M. Parizeau

    Si j'avais été présent à l'entendre, j'aurais fondu en larmes. Quel beau témoignage, rempli de regrets mais également de promesses. Tous les Québécois dignes de ce nom devraient en être émus. Bon retour chez-vous M. Aussant.

  • Jean Lapointe - Abonné 10 juin 2015 07 h 29

    Qu'a-t-il fait en ce qui regarde notre langue ?

    «En survolant sa vie, l’élément qui semble l’avoir le plus guidé toujours, c’est la poursuite d’une certaine justice, ses préoccupations de souverainiste, de social-démocrate, de féministe, d’environnementaliste, toutes s’appuyaient au fond sur un désir de justice, d’équité pour son monde, comme il disait.» (Jean-Martin Aussant)

    Et son monde il est de langue française.

    Je trouve un peu curieux qu'il n'en soit pas question. Qu'a fait monsieur Parizeau en ce qui regarde la sauvegarde de notre langue?

    Cela devait sûrement aussi le préoccuper.

    Mais je n'ai rien lu sur ce sujet.

    Y a-t-il des gens qui pourraient nous éclairer à ce propos?

    Monsieur Parizeau, qui aimait bien la France je pense (ce n'est pas pour rien qu'il y a acheté un vignoble dans le Roussillon), s'est sûrement prononcé sur ce sujet?

    Qu'en a-t-il dit et qu'a-t-il fait pour la protéger? Il serait intéressant, et peut-être utile, de le savoir. Utile parce que en savoir plus nous permettrait de le mieux connaître.

    • Claude Bariteau - Abonné 10 juin 2015 09 h 11

      L'affirmation de la langue française au Québec, plutôt que sa protection, passe par la création d'un État indépendant de langue française comme langue commune.

      Je ne peux pas avancer que c'était la position de Jacques Parizeau.

      Chose certaine, cette affirmation et toutes les transformations générées par la révolution tranquille étaient limitées tant que le Québec demeurait une province du Canada, car elles pouvaient toutes, ou presque, être neutralisées.

      D'où sa démarche pour transformer la province de Québec en un État souverain.

    • Maryse Lafleur - Abonnée 10 juin 2015 10 h 41

      Monsieur Parizeau a dit que ne pas pouvoir parler anglais, c'est être infirme. Il avait raison. Mais promouvoir le bilinguisme ou le multilinguisme, ce n'est pas mépriser notre langue. Monsieur Parizeau n'avait aucun complexe et ne se victimisait surtout pas alors il ne sentait pas le besoin de défendre la langue. Reconnaissons au moins qu'il la parlait mieux que la plupart d'entre nous et n'a jamais faiat quoi que ce soir pour la mettre en péril.

    • Hélène Paulette - Abonnée 10 juin 2015 11 h 28

      Il faisait partie du gouvernement qui a voté la Loi 101. En tant que Miinistre des Finances, il a présidé à l'émergence d'un capitalisme francophone.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 juin 2015 16 h 01

      Je crois savoir que M. Parizeau, dans les discussions du Cabinet, défendait vigoureusement la loi 101 originale telle que présentée par Camille Laurin. Car certains hésitaient. La loi 101 originale était quand même assez vigoureuse. Je dis bien "originale" car depuis, elle a été diminuée.

      À M. Bariteau. Plus pourrait être fait dans notre situation actuelle pour protéger le français. Par exemple, étendre la loi 101 aux Cégeps, faire du français la langue de travail dans des entreprises moins grandes, être plus vigoureux sur les noms publics d'entreprise. Certaines de ces mesures pourraient être hors d'atteinte de la Cour suprême avec la clause "nonobstant".

      Le PQ n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire dans le régime actuel pour protéger le français sous MM. Bouchard, Landry et Mme Marois. Il ne faut pas attendre l'indépendance pour agir car le français s'effrite et nous ne pouvons pas être sûrs que l'indépendance se réalisera.

      On ne peut se permettre d'attendre le Grand Soir car, pendant cette attente, la population francophone a le temps de représenter une proportion de plus en plus sérieusement petite de la population québécoise.


      Il s'agit d'une diminution (pas si) lente et moins visible (bien qu'on le voit et le sente si on est attentif) de la proportion de francophones au Québec - d'où l'insuffisance trop répandu du sentiment d'urgence et de la volonté d'agir.

      Ce souci de survie devrait dépasser le débat souverainistes-fédéralistes et devenir une priorité pour tous, y compris les fédéralistes. D’où l’importance de ne pas faire une équivalence stricte entre indépendantisme et nécessité de protéger la langue.

  • Michel Thériault - Inscrit 10 juin 2015 08 h 00

    La fin de tous les exils ??

    "Celui qui aura plus que quiconque contribué à construire le solage et le premier étage de notre maison commune nous quitte, mais il nous a laissé des plans pour les étages qu’il reste à bâtir."

    M. Aussant, je l'ai écrit ici ce weekend et je récidive. Vous êtes un des rares qui sait expliquer de façon concise et rationnelle les vertus de la souveraineté. Le Québec a besoin de vous plus que jamais.

    Pour reprendre votre titre, est-ce "La fin de tous les exils" ??