Libre opinion: La paix sociale... canadienne

C'est qu'il en faut des contorsions pour protéger la langue et la culture d'un peuple lorsqu'il est dominé par un autre au sein d'une fédération forcée. L'exercice s'avère encore plus périlleux s'il est piloté par des gens complexés par leur origine nationale. Voilà ce qui se dégage du sombre épisode entourant l'adoption de la loi 178 que relate l'ancien ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes du gouvernement de Robert Bourassa, Gil Rémillard, dans l'édition du Devoir du 10 décembre dernier.

Cette législation appliquée en 1988 visait à favoriser la prédominance de la langue française dans l'affichage au Québec. Elle remplaçait péniblement les articles 58 et 69 de la Charte de la langue française malmenée par la Charte canadienne des droits et libertés et par des jugements d'une Cour suprême constituée de juges nommés par le gouvernement fédéral au service du Canada anglais. En fait, chaque fois que les Québécois ont tenté d'affirmer légitimement leur francité, l'autre groupe s'est toujours dressé devant eux en porte-à-faux.

L'échec de l'accord du Lac Meech en 1990 fut simplement un geste de représailles en réponse au frêle rempart culturel qu'a brandi à contrecoeur un gouvernement fédéraliste québécois, craintif de voir la majorité francophone manifester et voter contre eux en 1989. Le Canada anglais a montré clairement un an plus tard, une fois de plus, qu'il souhaitait voir la dissolution rapide du peuple québécois dans le multiculturalisme canadien au dénominateur commun anglophone. Serait-ce aussi le voeu de l'ONU par sa réaction négative à l'époque à l'inoffensive loi 178?

L'adoption de mesures linguistiques plus souples ne satisfont donc pas les anglophones: ces derniers comptent les combattre quand même farouchement. Ni la défunte loi 178 ni l'actuelle loi 86 adoptée en 1993 ne menacent pourtant l'unilinguisme de milliers d'Anglo-Québécois. Elles cherchent à doter Montréal d'une vitrine française car c'est la métropole québécoise qui accueille principalement les nouveaux arrivants. Cette façade est donc primordiale puisqu'elle informe les immigrants que notre maison est francophone.

Reste qu'il est difficile d'inciter ces gens à s'assimiler sereinement à la culture québécoise de langue française si des francophones hésitent eux-même à affirmer leur majorité sur ce territoire. C'est malheureusement la perception que donnent les libéraux du Québec. Ainsi, lorsqu'un gouvernement francophone montre publiquement sa timidité à exprimer sa différence sur ce continent, les nouveaux citoyens québécois sont peu enclins à choisir avec enthousiasme notre famille et son histoire pour poursuivre la leur. Charles Castonguay, professeur au département de mathématiques et de statistique à l'Université d'Ottawa, atteste cette réalité dans un article publié dans Le Devoir le même jour que celui de M. Rémillard. Plusieurs études confirment la même vérité à chaque année: un statut de minorité est incapable de sauvegarder la nation québécoise.

Le Québec ne peut pas espérer jouir d'un statut particulier dans le Canada anglais tant qu'il ne renoncera pas à sa différence. Paradoxal, non? Une fois reléguée au rang de folklore, la culture québécoise rendue inoffensive quant à sa capacité assimilatrice amènera probablement le gouvernement fédéral à changer d'avis.

Ainsi lors de la visite de dignitaires étrangers, Ottawa demandera alors aux quelques francophones restants de se joindre aux autochtones et de sortir du grenier leurs reliques culturelles pour les faire parader l'espace d'un moment. Les nôtres, affublés de la ceinture fléchée, côtoieront les gens des Premières Nations ornés du couvre-chef à plumes. Avec un peu de chance, ces gens baragouineront quelques mots dans leur langue d'origine en guise d'exploit suprême aux invités éblouis... Ainsi s'épanouira la paix sociale canadienne.