Lettres: Paradoxe

Deux juges ont fait la manchette des journaux et ont nourri moult discussions et commentaires, parfois éclairés et d'autres non.

Les juges Boilard et Ruffo sont de forts caractères; opiniâtres, déterminés qui dérangent: un peu, beaucoup? Cela dépend du côté où l'on penche, c'est-à-dire si on les soutient ou si on les décrie.

Ni l'un ni l'autre non le sens de la retenue verbale ni de l'opinion qu'ils ont d'eux-mêmes; de fortes têtes; alors on doit s'y attendre: ils ne se fondent pas dans la masse passive des trop bien pensants; d'autres diront qu'ils devraient s'y appliquer; à chacun son appréciation.

Mais un fait demeure malgré des comportements parfois perçus comme égoïstes, imbus de leur autorité et de leur personnalité ces deux juges vont au point et ne ménagent pas l'image qu'ils projettent dans la communauté juridique ou civile.

La juge Ruffo défend les enfants, les faibles, les sans-voix, les sans-pouvoir: c'est là la mission qu'elle s'est donnée; et pourquoi pas.

Le juge Boilard défend la rectitude du processus judiciaire, sent et ressent l'incompétence et la futilité.

Ni l'un ni l'autre ne sont des gentils animateurs de Club Med; la justice pénale envoie les coupables à l'ombre et pas au soleil.

La décision du juge Boilard de se retirer du procès que l'on connaît vient d'être agréée par le Conseil de la Magistrature, et ce, malgré ce que le comité d'enquête avait conclu.

Ce comité faut-il le rappeler était composé de trois membres des plus crédibles et respectés au sein de la communauté juridique; j'espère qu'ils le demeureront, et ce, tant pour eux que pour l'organisation judiciaire dont ils sont des piliers; deux des trois membres sont respectivement juge en chef de la Cour d'appel du Québec et de la Cour d'appel fédérale et leur autorité morale ne doit pas être écornée; le troisième membre est un avocat à la réputation irréprochable.

N'est -il pas paradoxal que les membres du comité se retrouvent dans une situation assimilable à celle dans laquelle s'est retrouvée le juge Boilard lorsqu'il a appris le blâme qui lui était adressé et qui a provoqué sa décision de retrait au motif qu'il ne jouissait plus de cette autorité morale pour présider cet important et onéreux méga procès? L'objectif du commentateur a changé de cible et le juge Boilard glisse à travers les mailles et s'en trouve requinqué dans son ego; celui que d'aucun lui reconnaissent.

Dans l'affaire de la juge Ruffo assisterons nous à l'occultation du vrai problème savoir: est-ce que son comportement, ses commentaires sa manière de mener sa Cour sont préjudiciables aux enfants ou sont-ils dans leurs intérêts supérieurs?

Il est vrai que la sérénité, tout comme la modération, a bien meilleur goût mais faut-il encore en avoir!

C'est le souhait que j'adresse à toutes les parties impliquées dans ces affaires.