35e anniversaire du décès de Lionel Groulx - L'héritage scientifique de Lionel Groulx

Faut-il le rappeler, Lionel Groulx fut également un homme de science, un historien qui a occupé, dans le Québec et le Canada français de la première moitié du siècle et au delà, une place prééminente, ce que la controverse autour de la personne occulte trop souvent. Son oeuvre, comme toute production historique, a vieilli, mais elle demeure un monument dans l'historiographie canadienne et québécoise, et plusieurs études restent à faire sur cette oeuvre particulièrement riche.

En ce printemps du 35e anniversaire de la mort Lionel Groulx, ce n'est que justice de rappeler son rôle majeur, exceptionnel, dans l'institutionnalisation de la discipline historique au Québec: enseignement de l'histoire sur une base régulière à l'Université de Montréal à compter de 1915 et jusqu'au moment de sa retraite, en 1949, formation de nombreux historiens qui prendront la relève, rôle important dans la création de l'Institut d'histoire de l'Université de Montréal, par la suite devenu le département d'histoire de cette université, création de l'Institut d'histoire de l'Amérique française (1946) puis de la Revue d'histoire de l'Amérique française (1947) ainsi que de la Fondation Lionel-Groulx (1956), laquelle créera et développera le Centre de recherche Lionel-Groulx (1976). La contribution de Lionel Groulx à l'institutionnalisation de la discipline historique dépasse, ou égale, tout ce que tout autre historien au Canada a pu réaliser.

Or ce qu'il importe de constater, c'est que plusieurs décennies après leur création, ces institutions existent toujours et contribuent chacune à sa manière, en toute indépendance, à la connaissance historique et à la sauvegarde du patrimoine québécois et de celui du Canada français. Elles sont l'héritage d'un visionnaire qui, de l'âge de 68 ans, lors de la création de l'Institut d'histoire de l'Amérique française, jusqu'à sa mort, en 1967, à l'âge de 89 ans et quatre mois, continuera de veiller étroitement à leur survie et à leur développement. Ces institutions, il importe de le souligner, n'ont pas été conçues comme des instruments de propagande mais comme des lieux de recherche et d'expression scientifique. Elles le sont demeurées.

La Fondation Lionel-Groulx

Le 17 mai 1956, des amis de Lionel Groulx, soit Maxime Raymond, Joseph Blain, Jacques Genest et Charles-Auguste Raymond, s'associent à lui pour créer la fondation qui portera son nom. Il s'agit alors d'assurer, grâce à ces mécènes, la survie financière et la pérennité de l'institut et de la Revue d'histoire de l'Amérique française, de «favoriser l'étude de l'histoire du Canada français et de tout le fait français en Amérique» ainsi que de «promouvoir l'avancement et la diffusion de la science de l'histoire». C'est au siège social de la fondation que sont logés l'institut et la revue. Ils y sont toujours.

À la mort de Lionel Groulx, la fondation hérite de ses archives personnelles, qui couvrent près de trois quarts de siècle d'histoire du Québec et de l'Amérique française (1894-1967), de divers autres fonds et collections d'archives recueillis par Groulx lui-même, de même que de sa bibliothèque personnelle, soit quelque 8000 livres, 2000 brochures et environ 350 titres de périodiques. Jusqu'à la création du Centre de recherche Lionel-Groulx (lettres patentes du 11 août 1976), la fondation acquiert de nouveaux fonds d'archives, enrichit sa bibliothèque grâce à de généreux dons consentis par des particuliers ou des organismes, publie et poursuit des recherches, notamment sur l'oeuvre de Groulx. C'est celle qui fut la fidèle secrétaire et collaboratrice de Lionel Groulx pendant les 30 dernières années de sa vie, sa nièce Juliette Lalonde-Rémillard, qui, par son dévouement, a permis à la fondation de poursuivre sa mission, et ce, jusqu'en 1989.

Le Centre de recherche Lionel-Groulx

Comme le précisent les textes fondateurs, le Centre de recherche Lionel-Groulx a pour objet de «promouvoir l'étude et la recherche sur l'histoire du Canada français, de l'Amérique française et du Québec en particulier». Cette mission émane directement de celle de la fondation qui lui a donné naissance, le centre étant en quelque sorte l'un des moyens que s'est donnés celle-ci pour réaliser ses objectifs. Sa mission propre s'articule autour de deux principaux secteurs d'activité, un service d'archives et une bibliothèque spécialisée, auxquels il faut ajouter la recherche et les publications. Pour ce faire, le centre s'assure des services professionnels d'un bibliothécaire et de trois archivistes.

Les archives privées conservées par le centre constituent sans contredit le coeur de la documentation que ce dernier rend accessible aux chercheurs. Couvrant une période qui s'étend du XVIIe siècle à nos jours, et principalement les années 1920 à 1960, ces archives se composent à ce jour de 65 fonds et collections regroupant des documents de toute nature: correspondance, manuscrits, photographies, gravures, enregistrements sonores, films, etc. Parmi ces fonds, mentionnons pour mémoire ceux de plusieurs personnes associées de près au journal Le Devoir, soit une partie des archives de son fondateur, Henri Bourassa, ceux d'André Laurendeau, de Gérard Filion et de Lise Bissonnette. Mais ce ne sont là que quelques-uns des fonds des journalistes associés au Devoir et détenus par le centre. L'ensemble des fonds et collections du centre forme un corpus d'une indéniable homogénéité sur le plan thématique, axé d'une part sur l'oeuvre historique et l'action sociale de Lionel Groulx et d'autre part sur l'histoire des nationalismes canadiens-français et québécois, considérés dans leurs dimensions politique, religieuse, sociale, culturelle et économique.

La description de la totalité des fonds et collections d'archives est accessible sur le site Internet du centre: www.sdm.qc.ca./crlg.

Comme instrument de mise en valeur de ses archives privées, et en accord avec sa mission, le centre administre et développe d'autre part une bibliothèque dont les ressources se rapportent principalement à l'histoire de la Nouvelle-France, du Canada français et du Québec contemporain. Celle-ci contient une vaste collection d'ouvrages regroupant près de 27 000 titres dont la pierre d'assise réside dans la bibliothèque personnelle de Lionel-Groulx.

Enfin, dans la mesure de ses moyens, le centre, en plus de susciter et d'encourager la recherche sur l'histoire du Québec, contribue lui-même à certaines activités de recherche et favorise la publication dans ses domaines de spécialisation. Parmi l'ensemble des réalisations et des projets en cours, mentionnons: l'édition critique de la correspondance de Lionel-Groulx; Les Relations France-Québec depuis 1760: inventaire bibliographique; Le Livre d'orgue de Montréal, fac-similé d'un manuscrit de musique inédite de la fin du XVIIe siècle; les Cahiers d'histoire du Québec au XXe siècle (dix numéros parus).

L'Institut d'histoire de l'Amérique française

La création de l'Institut d'histoire, dans un lieu distinct et autonome du milieu universitaire dans lequel oeuvrait son fondateur, a progressivement permis de regrouper au sein d'un même organisme l'ensemble des chercheurs du Canada et de l'étranger intéressés par l'histoire de l'Amérique française sans distinction d'origine, de croyance religieuse, d'opinion politique ou de conception idéologique.

Reconnu comme organisme sans but lucratif depuis 1970, l'Institut d'histoire de l'Amérique française est dirigé par un conseil d'administration élu démocratiquement par ses membres et responsable seulement devant l'Assemblée nationale. Au fil des ans, cette institution a pu en quelque sorte devenir la principale association des historiens du Québec et un véritable lieu de collaboration entre les spécialistes de plusieurs institutions universitaires et les autres historiens professionnels présents tant dans les autres institutions publiques (archives, musées) que dans les différents lieux actuels de production et de diffusion de l'histoire.

L'Institut d'histoire constitue désormais un instrument de cohésion et d'affirmation de la communauté historienne. L'institut a ainsi contribué, au cours des dernières années, à défendre la place de l'histoire dans l'enseignement, à valoriser le patrimoine et à promouvoir la recherche scientifique en histoire.

La Revue d'histoire de l'Amérique française

La Revue d'histoire de l'Amérique française constitue la première revue scientifique de langue française traitant de l'histoire du Québec, du Canada français et de l'Amérique française. La revue a d'ailleurs, au Canada, la réputation d'être une des meilleures revues savantes consacrées à l'histoire. Elle est diffusée dans une vingtaine de pays. Reflet d'une histoire sans cesse en construction, elle favorise la diffusion des connaissances historiques les plus récentes. Le contenu de la revue reflète effectivement l'évolution, depuis sa création, des problématiques et des méthodes de la recherche historique à l'échelle nationale et internationale. Le champ d'étude porte sur l'histoire de l'Amérique française, mais cette définition inclut l'étude des relations avec d'autres milieux et invite aux recherches comparatives. La revue accueille les collaborations diverses de chercheurs d'ici et d'ailleurs, aux approches et aux sujets diversifiés, touchant tout à la fois l'histoire des classes sociales, de la culture, de la famille, des femmes, des institutions, du pouvoir politique et des structures économiques.

L'institut et la revue ont ainsi non seulement assuré la continuité d'une partie importante de l'héritage scientifique de Lionel Groulx, ils ont également réussi à la renouveler et à l'actualiser.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.