Les attaques contre les médecins, ça suffit!

«Si les sourires de mes bébés et de leurs parents n’y étaient pas, jamais je n’aurais l’énergie de continuer», écrit Florence St-Pierre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Si les sourires de mes bébés et de leurs parents n’y étaient pas, jamais je n’aurais l’énergie de continuer», écrit Florence St-Pierre.

Je n’en peux plus de tendre l’autre joue et de me taire. Les médecins de famille ne sont pas des démons ! Madame Payette, je réponds donc à votre rafale d’attaques gratuites et décousues. C’est absolument démotivant de voir les médias jouer le jeu à la mode et nous démoniser. Votre manque de nuances est plutôt malhonnête même. La levée de boucliers dans le corps médical vient justement de notre crainte d’une dégradation des services pour nos patients (c’est vous tous, ça !), inscrits ou non. On nous enseigne encore certaines notions de santé publique dans nos universités, malgré les coupes sauvages des derniers gouvernements.

Je mets d’ailleurs mes connaissances à votre service, et ce qui me motive avant tout, c’est d’aider et de voir triompher mes patients face à leurs problèmes de santé. Diagnostiquer, guérir, accompagner, guider et, oui, aimer avant toute chose. J’aime mes patients, ils me nourrissent, me font grandir et aimer la vie. Je les admire beaucoup et ils m’en apprennent énormément. Non, je ne me vengerai pas sur mes patients si je ne suis pas d’accord avec mon ministre actuel ! Je ne suis pas un monstre et j’ai appris, encore une fois à l’université, à laisser mes problèmes personnels chez moi avant d’aller travailler. J’ai assez de discernement pour trouver des exutoires plus sains à ma colère que les gens qui souffrent ! Non, je ne veux pas de greffe de coeur, je sais me servir du mien chaque jour de ma vie et je connais la liste des médicaments et des contraintes des greffés ! Je ne voudrais pas non plus du coeur qui sauverait réellement quelqu’un ! Gardez vos blagues mesquines et de mauvais goût pour vous.

Premiers de classe

Oui, nous sommes tous des premiers de classe ! J’en suis très fière, d’ailleurs. Je suis aussi très fière des résidents en médecine familiale à qui j’enseigne. Remettre en doute notre intelligence, ce n’est rien d’autre qu’une attaque ad hominem. Un sophisme, vous vous rappelez ce que c’est ? Une erreur de logique pour clouer le bec aux méchants docteurs dont vous avez horreur. C’est non productif, insultant et surtout ce sont des inepties que les lecteurs avertis abhorrent.

Cessez de dire que nous sommes de riches paresseux. Un plombier, un mécanicien et même un réparateur de lave-vaisselle gagnent plus que moi, à tarif horaire, et cela en dit long sur la valeur qu’une société accorde à la santé de ses citoyens. Aussi, le salaire d’un médecin est souvent lié au nombre d’actes qu’il fait. Si vous voulez qu’un médecin passe plus de 10 minutes avec vous, il faut que vous soyez malade pour vrai et il faudrait surtout se poser les vraies questions. Quelle est la meilleure façon de rémunérer les médecins ? L’acte (avec les dépenses extraordinaires de facturation, de contrôle des factures et de refacturation), le salariat, le tarif horaire ? Là est sans doute l’éléphant que vous avez choisi de ne pas nommer, car il est plus facile d’utiliser les ouï-dire et les médisances pour se rendre intéressante de nos jours.

Choisir d’être médecin pour l’argent est un mythe. Un procès d’intention, ça fait toujours très tendance dans une chronique ou dans un salon, j’imagine. Connaissez-vous vraiment des gens qui sont prêts à se lever la nuit, à pleurer, à manquer chroniquement de sommeil, à se faire cracher dessus littéralement, à risquer d’attraper toutes sortes de maladies mortelles par gouttelettes ou piqûres, à être disponibles 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 pour les patients à domicile des CLSC seulement pour l’argent ? Moi, non. Si les sourires de mes bébés (petits patients adorables) et de leurs parents n’y étaient pas, si le plaisir de m’émerveiller face aux humains et si la compassion ne m’apportaient rien, jamais je n’aurais l’énergie de continuer. La reconnaissance sociale était autrefois une petite motivation de plus, mais elle s’effrite grâce à vos bons soins, madame Payette. Si j’avais voulu être riche, j’aurais été entrepreneure, avocate ou dentiste. Bref, surtout ne pas travailler pour le public et surtout ne pas faire carrière avec d’autres femmes. Autre question occultée.

Savez-vous pourquoi les infirmières sont inattaquables et les médecins le sont ? L’imputabilité et la responsabilité finale nous incombent, c’est pourquoi nous prenons les décisions lourdes de conséquences. Des soins en équipe, c’est essentiel en 2015, mais il y aura toujours plus d’infirmières que de médecins. Les patients verront plus souvent des infirmières que des médecins. Heureusement, car former un médecin, c’est autrement plus long et coûteux.

Finalement, je vous pardonne tous ces raccourcis et ces généralisations hâtives. Heureusement qu’ils n’ont pas les conséquences lourdes qu’ils auraient si vous étiez médecin. Nous, comme médecins, nous ne pouvons pas tourner les coins ronds ; essayez, de temps en temps, et vous verrez ce que ça demande comme engagement et comme temps. Alors, oui, je continuerai à prendre plus de 10 minutes par patient et je tenterai de dormir tranquille malgré la mort, la douleur, la détresse et la violence conjugale que je tente bien humblement d’alléger pour mes patients.

Réplique de la chroniqueuse

Madame la Docteure, j’ai au contraire une immense admiration pour les hommes et les femmes qui, comme vous, vivent leur engagement en médecine presque comme un sacerdoce. Ce sont les autres, les tricheurs, les indifférents, les assoiffés d’argent qui passent toujours à la caisse avant tout le monde qui me dérangent. J’ai droit à mon opinion et je reconnais que vous avez droit à la vôtre. Sauf qu’il faut bien l’admettre, les docteurs ne se sont pas fait que des amis récemment.

Lise Payette

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

Le déclencheur

« Les soins de santé, c’est comme une bouée de sauvetage. Il en faut une pour chaque personne qui en a besoin. Les docteurs sont bien meilleurs quand ils ont été gravement malades eux-mêmes au moins une fois dans leur vie. Quand ils vont à l’hôpital comme patients, on s’empresse de leur greffer un coeur, car c’est ce qui leur manque le plus. Heureusement, il y a parfois des exceptions… J’en connais quelques-uns. D’autres choisissent la profession pour l’argent qu’on y empoche. » — Lise Payette, «Applaudissez, braves gens», Le Devoir, 29 mai 2015.
15 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 4 juin 2015 01 h 49

    Des gens préférant la contrainte, a la liberté

    A-t-on déja vue une société aussi maso, a chaque fois que l'on excelle, quelque part, nous nous empressons de le déconstruire, bizarre que nous aimions autant notre sort, de vrais récidivistes préfèrants la contrainte a la liberté, peut etre est ce qu'avait compris le clergé

  • Carol Patch-Neveu - Inscrite 4 juin 2015 06 h 34

    Bravo ! Et courage Dre St-Pierre !

    A la navrante chronique de Mme Lise Payette de vendredi dernier, j'avais réagi, notamment à son inacceptable insinuation que des médecins par leur mauvaise humeur pourraient songer à se venger sur leurs patients. Mme Payette qui a un penchant pour le défaitisme et propose rarement des solutions, a carrément dépassé les bornes. Elle a le droit d'accuser, condamner, critiquer le gouvernement libéral mais à la démagogie qu'elle perçoit, il serait plus sage de répliquer avec nuance et pondération. Au moins Le Devoir vous offre, Dre St-Pierre, un droit de réplique fort mérité. Car oui, ça suffit amplement ! La dénigration, à tort et à travers, a assez duré. Je demeure persuadée que la grande majorité des médecins de famille font preuve d'une abnégation sans failles. Mon expérience comme conjointe d'un omni depuis 40 ans m'incite à l'affirmer. Le Dr Barrette, qu'appuie en retrait et en silence Philippe Couillard, est le premier à blâmer pour le vaste mépris dont héritent les médecins aujourd'hui. Et sa volte-face, quant à son subit changement de ton, en faisant état de la nouvelle entente me laisse encore un goût très amer...

    Carol Patch-Neveu.

  • François Dugal - Inscrit 4 juin 2015 08 h 03

    Pas des démons

    Les médecins de famille ne sont pas des "démons", mais tout juste des incompétents qui prescrivent des pilules à tout va, madame St-Pierre.
    Plutôt que de prêcher l'infaillibilité, montrez leur le dévouement.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 4 juin 2015 08 h 18

    Merci Docteure !.

    Je suis d'accord avec cette dame Docteur (e) mme Florence St Pierre qui soulève avec justesse un commentaire réaliste pour toujours la meme frange de la population. Cette frange de population qui veut tout niveler par le bas, ou succés peine a etre récompensé, et meme caché...
    Ainsi donc pourquoi ne pas récompenser , sous toutes formes légales qu'elles soient, cette élite qui a trimé dur pour réussir? Est ce encore un relent de la religion Catholique, comme quoi les derniers seront les premiers, ou d'autres exemples de voeu de pauvreté, endossés, prechés, par les anciennes élites religieuses, qui du haut de leurs chaires ne prechaient pas tant que cela par l'exemple..
    Donc continuons a encourager ce genre d'élite ( les premiers de classe.).. les citoyens qui servent leurs communautés a tous les niveaux de notre société autant privés que publiques, afin de servir d'exemple a ceux qui veulent réussir, et démontrer ainsi que l'effort, les sacrifices sont et seront toujours récompensés. Il ne devrait meme pas avoir matières a discusions dans ces cas là.

  • Jean Lacoursière - Abonné 4 juin 2015 08 h 26

    La colère est parfois bonne pour la santé

    "Je mets d’ailleurs mes connaissances à votre service... ." --- Quand on étudie pour devenir médecin, à quoi d'autre (à part exceptions) la population devrait-elle s'attendre? Former un omnipraticien coute 350 k$. [Source: Radio-Canada]

    "J’ai assez de discernement pour trouver des exutoires plus sains à ma colère que les gens qui souffrent!" --- Cette lettre en est un sain exemple. ;-)

    "Un plombier, un mécanicien et même un réparateur de lave-vaisselle gagnent plus que moi, à tarif horaire..." --- Mmmmh, y a-t-il un garagiste dans la salle pour répondre?

    "Choisir d’être médecin pour l’argent est un mythe... ." --- Souhaitons-le, mais pourquoi alors y a-t-il eu des menaces d'exode vers le ROC ou les USA parce que les revenus des médecins y étaient supérieurs à ceux d'ici, qui étaient pourtant pas mal?

    "Si j’avais voulu être riche, j’aurais été entrepreneure, avocate ou dentiste." --- Mon boulanger est un entrepreneur. Il travaille très dur et je sais qu'il gagne (énormément) moins qu'un médecin. Rémunération moyenne brute d'un omnipraticien en 2014: 265 k$ [Source: ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS)] Quant aux dentistes, ils gagnent en moyenne < 200 k$.

    "Bref, [...] surtout ne pas faire carrière avec d’autres femmes..." --- Madame Payette appréciera à n'en point douter cette remarque!

    "Finalement, je vous pardonne tous ces raccourcis et ces généralisations hâtives. Heureusement qu’ils n’ont pas les conséquences lourdes qu’ils auraient si vous étiez médecin." --- Certainement une excellente médecin très consciencieuse, dotée d'un professionalisme et d'un grand dévouement... comme il en existe aussi dans d'autres métiers et professions où tourner les coins ronds peut avoir de graves conséquences.