Le vrai problème des machines de Loto-Québec

Si le pourcentage de retour en lots était réduit à 50 % ou 60 %, on pourrait doubler le nombre actuel de machines et, même là, les problèmes diminueraient considérablement, estime l’auteur.
Photo: Getty Images Si le pourcentage de retour en lots était réduit à 50 % ou 60 %, on pourrait doubler le nombre actuel de machines et, même là, les problèmes diminueraient considérablement, estime l’auteur.

Avait-on besoin d’une énième émission [Loto-Québec, la morale de l’argent, réalisée par Francine Pelletier] pour nous redire que l’exploitation par Loto-Québec de loteries vidéo crée des joueurs à problèmes et que la seule solution serait que la société d’État se retire de ce marché ou réduise le nombre de machines en exploitation ?

Le scénario développé est toujours le même. Des dirigeants de Loto-Québec sont incités à admettre que la société d’État veut aller chercher jusqu’au dernier centime chez de pauvres gens qui sont trompés par le mirage de la richesse instantanée, alors que le gouvernement se bouche le nez en encaissant les millions. On met ensuite en scène des joueurs compulsifs qui ont bousillé leur vie à cause de Loto-Québec et des gagnants millionnaires qui ont tout perdu.

Pas un mot sur ces milliers pour qui ce fut une bonne chose ? Mais non, si l’argent faisait le bonheur, ça se saurait ! Pourquoi le bon peuple ne comprend-il pas que la pratique des jeux de hasard et d’argent est néfaste ? Espérons que ce documentaire contribuera à le leur faire prendre conscience. Oui… bon… on avait compris la première fois.

Loin de moi l’idée de minimiser les problèmes liés au jeu compulsif. Ils sont réels et il faut s’y attaquer, comme à la consommation excessive d’alcool ou de stupéfiants. Je crois cependant utile d’intervenir pour expliquer la véritable raison des problèmes créés par les appareils de loteries vidéo.

Un peu d’histoire

Petit retour en arrière. Avant que Loto-Québec soit autorisée à opérer des loteries vidéo, il y avait environ 30 000 machines illégales en exploitation au Québec (dixit les policiers en commission parlementaire), et pourtant personne ne parlait de joueurs à problèmes. On ne peut expliquer le silence total qui prévalait à l’époque s’il existait alors un problème de jeu compulsif. Au moment de l’entrée de Loto-Québec dans le domaine, elle a déployé la moitié moins de machines, environ 13 000. Et là, les problèmes seraient apparus ! Pourquoi ? Dire que c’est uniquement parce que, contrairement aux machines illégales, celles de Loto-Québec inspiraient la confiance des joueurs ne peut expliquer la grande différence.

Contrairement à ce qui se dit, les appareils en soi et leur nombre n’ont que très peu à voir avec l’augmentation du nombre de joueurs à problèmes. Les machines sont un moyen, une façon de distribuer un jeu ; pas un jeu en soi. Si ces machines n’offraient que des jeux peu intéressants, peu de gens joueraient.

Comment alors expliquer que des jeux très similaires à ceux qu’offraient les appareils illégaux et que l’on retrouve aussi sur les billets à gratter (fondamentalement les mêmes jeux) soient soudainement devenus si propices au comportement compulsif ? D’autant plus bizarre, lorsque l’on prend en considération le fait que les loteries à gratter sont disponibles dans un nombre de points de vente de beaucoup supérieurs à ceux des appareils de loteries vidéo. Enfoncer le bouton d’un appareil dans un bar est certes plus attrayant que de gratter un billet dans un dépanneur, mais cela ne peut expliquer l’énorme différence, d’autant plus que les appareils illégaux offraient des jeux similaires.

Pourquoi alors ? Fort simple. Les appareils illégaux et les loteries à gratter de Loto-Québec offrent un pourcentage de retour en lots entre 50 % et 60 %, alors que les loteries sur les appareils de loteries vidéo de Loto-Québec retournent plus de 90 % en lots.

La prise en charge des loteries vidéo par Loto-Québec a été mal gérée. Il suffisait de retourner en lots le même taux que les loteries illégales (50 %) ou un peu plus (60 % ?) pour les déloger du marché. Le gouvernement aurait fait la moitié moins d’argent, soit, mais puisqu’il n’en retirait aucun revenu avant la légalisation, il n’avait pas à récupérer une perte de revenus. Aujourd’hui, maintenant que les revenus sont au niveau d’un taux de retour en lots de plus de 90 %, quel gouvernement aura le courage de le réduire à 60 % et créer ainsi un trou de 500 millions de dollars dans ses revenus annuels ?

Contrairement à la thèse défendue par la plupart des intervenants dans cette émission, le nombre de machines en exploitation n’a que très peu à voir avec la création de joueurs à problèmes. Le pourcentage de retour en lots, oui. Si le pourcentage de retour en lots était réduit à 50 % ou 60 %, on pourrait doubler le nombre actuel de machines et, même là, les problèmes diminueraient considérablement.

Les jeux que l’on retrouve sur les appareils de loteries vidéo sont des jeux de hasard pur. Contrairement à ceux (de hasard ou d’habileté) où le joueur a une influence sur le résultat du jeu, les jeux de hasard pur ne peuvent poser problème que si le pourcentage de retour en lots est élevé. Ceci est un fait, pas une théorie. Je mets au défi ceux qui en doutent de me citer un jeu de hasard pur qui crée autant de joueurs à problèmes en retournant 50 % en lots.

Réponse de Francine Pelletier

M. Lafaille,

 

En proposant que le retour des machines à loterie vidéo soit sensiblement réduit, vous rejoignez les conclusions du film voulant que les ALV soient plus rigoureusement encadrés. Nous sommes d’accord là-dessus. Mais un haut taux de retour, ce que d’ailleurs bien des gens ignorent, n’explique pas à lui seul le fait que les ALV créent beaucoup plus de dépendance que toutes autres formes de jeu. À notre avis, les caractéristiques particulières des machines à loterie vidéo (rapidité, quasi-gain, etc.), telles qu’expliquées dans le film, sont les véritables coupables du jeu compulsif.

5 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 29 mai 2015 05 h 49

    Le vrai problème...

    Le vrai problème, c'est que le gouvernement fasse la promotion du jeu en présentant les jeux d'argent où l'appat du gain est le seul moteur comme une activité saine mentalement.

    Est-ce que des gens disposant d'une pareille machine chez eux auraient un plaisir quelconque à l'opérer avec des jetons? Or on tente de faire accroire par la publicité que des gens équillibrés, actifs, heureux, rationels et ayant une vie bien remplie éprouvent du plaisir à aller pitonner sur ces machines.

    En réalité, ça a comme résultat que des personnes qui s'ennuient et pour lesquels il ne se passe rien d'excitant dans la vie, sont attirées par ces activités recouvertes d'une aura de légitimité entretenue par la publicité gouvernementale.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 29 mai 2015 07 h 27

    Rien a faire pour cette tranche de population.

    A coté de mon lieu de travail, il y a une Brasserie, avec une dizaine de jeux vidéos... dès le matin à 8.00 déja des personnes en grande partie du 3 ième age jouent...cela me rend triste, quand je sais pertinemment qu'ils vont repartir fauchés comme les blés..Que rajouter de plus? Ils sont trop vieux pour les éduquer anyway...
    Et le comble, est que la plupart pour se dégourdir les jambes, sortent a l'occasion pour aller fumer..
    Conclusion, béats, Ils redonnent à l'état ce que l'état leur a donne parcimonieusement... tristes sires

    • Yves Corbeil - Inscrit 29 mai 2015 10 h 19

      Vous avez en partie raison, les courses de chevaux disparues chez nous et les terrains de golf qui en arrachent, ont fait face au mêmes problèmes de relève car ces activitées populaires qui date d'une autre époque comme le gambling compulsif n'a pas su se renouvellé.

      Par contre la publicité que le gouvernement fait pour attirer les jeunes dans ces lieux devrait être interdite au même titre que celle pour la cigarette. Et ça c'est à nous comme citoyens d'y voir. Le jeu en ligne n'est pas une bonne raison pour justifier leur action et l'interdit au moins de 18 ans en petits caractères en bas du contrat loin d'être suffisant.

      Au contraire il devrait mettre autant d'ardeur que les photos qu'ils mettent sur les paquets de cigarettes et nous on devraient entamé des poursuites contre notre gouvernement comme ils le font sur le dos des cigarettiers par pur hypocrisie car ils ne les banisse pas du marché. De cette façon on leur passerait un message claire.

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 29 mai 2015 16 h 57

      Mr Corbeil,
      Je ne savais pas que l'on ciblait les jeunes avec les jeux vidéos je parle de ceux ayant pignons sur rues, mais par Internet si, et voila un autre question a laquelle je ne vois guère de solutions... à part l'éducation que l'on doit donner à nos enfants et non seulement la déléguer aux autres...

  • Jacques Boulanger - Inscrit 29 mai 2015 07 h 28

    La contribution volontaire

    C'est clair que si le taux de retour n'était que de 50%, on pourrait mettre des machines aux arrêts d'autobus et il n'y aurait pas plus de joueurs. Le jeu c'est comme l'alcool, ce n'est pas tous les alcooliques qui posent problème comme ce n'est pas tous les joueurs compulsifs qui posent problème. Au contraire, moi j'aime bien les joueurs qui dépensent leur «overflow» dans les machines et qui garnissent ainsi les coffres de l'État. Et l'État, dans ce cas, c'est nous.

    Drapeau avait trouvé la formule : la loterie comme taxe volontaire.