Éviter la fracture entre métropoles et périphérie

Les évolutions des dernières décennies qui engendrent des processus de transformation remettent en cause le mode de développement des territoires qui a prévalu jusqu’à maintenant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les évolutions des dernières décennies qui engendrent des processus de transformation remettent en cause le mode de développement des territoires qui a prévalu jusqu’à maintenant.

À quoi pourrait ressembler une politique de développement régional fondée sur la force et le rayonnement de deux régions métropolitaines, Montréal et Québec — pôles incontestables d’attraction démographique et de production économique — et le dynamisme d’un réseau de bassins de vie et d’activité constitués de noyaux urbains et de couronnes rurales dans une relation d’interdépendance et de complémentarité, les 87 MRC2 ? Tentons d’esquisser une telle politique.

Les évolutions économiques, sociales, culturelles et technologiques des 20 dernières années et toujours en cours, permettent désormais d’envisager une réoccupation et une recomposition des espaces non métropolitains bien inscrites dans la modernité. Mais encore faut-il reconnaître, stimuler et accompagner ces forces de reconstruction, ce qui est le propre d’une vigoureuse politique de développement régional.

Le ministre des Affaires municipales et de l’occupation du territoire, Pierre Moreau, promet une « nouvelle gouvernance régionale ». Qu’en sera-t-il exactement ? Il faut de la vision, de la hauteur, de l’audace, à la mesure des défis que posent l’occupation et le développement de la mosaïque territoriale du Québec, et des enjeux démographiques, économiques et environnementaux des prochaines décennies. À la mesure aussi du rôle que les régions sont appelées à jouer dans la répartition de la population et des activités de production d’une économie postindustrielle, la prévention de l’hyperurbanisation et de ses dysfonctionnements, la lutte contre les gaz à effet de serre, etc.

Devant ces défis, on ne saurait se satisfaire d’une politique perpétuant le statu quo qui aurait pour premier effet d’accentuer la fracture entre les pôles métropolitains et les territoires intermédiaires et périphériques.

Les MRC comme bassins de vie et d’activité

Les MRC ont été créées au début des années 1980 dans la perspective de réunir villes et campagnes dans des espaces d’interdépendance et de complémentarité pour une vie économique et sociale à l’échelle de proximité. Afin de favoriser leur plein épanouissement, le législateur avait prévu leur attribuer une gamme de compétences, accompagnées des ressources correspondantes. Les MRC étaient ainsi perçues comme les « lieux privilégiés » pour accueillir la décentralisation des pouvoirs, notamment en matière d’aménagement, de développement et de « services de proximité ».

Régions métropolitaines, villes de centralité, MRC consolidées

Les évolutions des dernières décennies qui engendrent des processus de transformation comme la mondialisation des marchés, l’urbanisation accélérée, la mobilité accrue des personnes, des biens, des informations et des systèmes de production, la révolution numérique qui entraîne la dématérialisation de vastes pans de l’économie, les pressions sur l’environnement, la montée de nouvelles valeurs, l’attractivité reconquise des milieux ruraux, les nouvelles organisations du travail (télétravail, coworking…), etc., remettent en cause le mode de développement des territoires qui a prévalu jusqu’à maintenant. Les conditions pour un nouveau modèle d’organisation de l’espace sont progressivement réunies.

Il faut se réjouir des évolutions économiques, sociales et technologiques qui permettent un desserrement des métropoles au profit d’une réappropriation et d’une recomposition des régions et des espaces ruraux. Une occupation plus équilibrée des territoires peut désormais être envisagée ouvrant de nouvelles avenues à la conciliation vitalité des territoires, accès aux services et développement durable.

Dans ce contexte, l’État et les collectivités doivent faire preuve de sens de la prospective et d’innovation en matière d’aménagement et de développement territorial, osant une géographie volontaire des territoires qui corresponde aux réalités contemporaines tout en les mettant en capacité de répondre aux impératifs d’un développement durable.

Le champ de connaissance de la science territoriale met en lumière les nouvelles réalités ainsi que les logiques de localisation des familles et des entreprises (notamment chez les PME et TPE) en quête d’un lieu d’implantation. Les régions, leurs villes petites et moyennes et leurs territoires ruraux, deviennent des espaces alternatifs de vie, de travail et de production aux métropoles, et à ce titre requièrent une attention accrue des pouvoirs publics quant à leur organisation et leur équipement.

C’est dans cette perspective que le modèle de deux régions métropolitaines et d’une nébuleuse de bassins de vie et d’activité dotés d’un haut niveau d’autonomie de proximité et articulés à un réseau de villes de centralité apparaît possible et souhaitable pour relever les défis de notre temps et de ceux à venir.

Un tel modèle convie les pouvoirs publics à renforcer les pôles de centralité que sont les villes moyennes et les chefs-lieux des MRC, et à favoriser les liens de complémentarité et d’interdépendance entre territoires ruraux et urbains, entre métropoles et périphérie.

Ce modèle axé sur l’équilibre des territoires, l’autonomie locale et la cohésion sociale permettrait d’éviter les dysfonctionnements et les déséconomies externes associés à l’hyperurbanisation, tout en offrant des milieux de vie à échelle humaine dotés d’une gouvernance décentralisée propice à une prise en compte des spécificités locales et à une intégration de la participation citoyenne au processus décisionnel.

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2 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 26 mai 2015 09 h 55

    En marge des suggestions de Bernard Vachon

    Au Québec, la majorité de la population se retrouve au sein ou en périphérie du triangle Montrée-Québec-Sherbrooke. En marge de celui-ci, il y a les régions dont les liens avec ce triangle devraient être accentuées par des routes et des aéroports appropriés. À cet ensemble, il faut trois liaisons. Une à l’est avec l’Europe (avion et bateaux), une au sud avec les États-Unis (route et train rapide entre Montréal et Albany) et la troisième à l’ouest, la seule actuellement surdéveloppée (route pour camions, train de marchandises, bateaux, avion et, bientôt, oléoducs).

    Ce surdéveloppement découle de l’intérêt du Canada pour importer et exporter avec l’Europe, ses échanges avec les États-Unis étant déjà assurés via Windsor. Si les échanges entre l’Ontario et le Québec profitent de ce surdéveloppement, ceux du Québec avec l’Europe et les États-Unis sont mal desservis. Aussi m’apparaît-il important de revoir les relations entre villes centrales et périphéries en renforçant les liaisons entre elles et avec l’est et le sud.

    Cela dit, il est invraisemblable que le Québec finance la stratégie canadienne de développement (pont Champlain, train de liaison, échangeur turcot et train entre Montréal, l’aéroport Pierre-Elliot-Trudeau et l’ouest) au détriment d’une approche accentuant des liens qui assureront son essor économique et social préférablement dans la perspective présentée par Bernard Vachon.

  • Claude Girard - Inscrit 26 mai 2015 14 h 05

    Intéressant mais totalement utopique

    Tant qu'on n'enlèvera pas aux technocrates de Québec leur pouvoir de nuisance envers les régions et Montréal, votre projet va demeurer une utopie. Ça a commencé avec le BAEQ dans les années 1960, de sinistre mémoire, et ça continue. Et ça fait aussi des années que les fonctionnaires en régions, constamment paralysés par Québec, en ont marre de Dieu le père à Québec. L'hyper technocratie au Québec est malheureusement l'héritage empoisonné de la Révolution tranquille. Et je ne suis pourtant pas contre l'État. Mais ce type d'État dépassé qui fait la joie des néolibéraux et de l'extrême droite de Québec, oui!