Lettres: Mon frère canadien-français

Je rends hommage à Jean Chrétien, un frère canadien-français du Québec. Je ne partage pas sa vision constitutionnelle. Je me range plutôt dans la mouvance souverainiste. Je crois avoir raison sur ce qui serait le mieux pour mon peuple, les Canadiens français du Québec, mais seul l'avenir le dira, longtemps après ma mort. Je ne fais pas une maladie de mes désaccords politiques en matière constitutionnelle.

C'est pourquoi reconnaître la valeur de Jean Chrétien m'est facile, de même que d'affirmer qu'il m'a rendu fier en tant que Canadien français. Dire le contraire serait un mensonge. J'insiste à dessein sur l'ethnie, qui est plus qu'une «vieille identité québécoise»: il s'agit d'un peuple, d'une histoire, d'une diaspora nord-américaine qui compterait autour de 15 millions d'individus.

Que des Québécois, fédéralistes et souverainistes, bien souvent d'ethnies autres, veuillent rayer de l'histoire l'existence de ce peuple, le mien, cela me blesse profondément. Si, au nom d'une identification à une géographie, un projet national, on se définit en tant que Québécois, de quelle histoire et de quelle diaspora peut-on alors parler? Est-ce que notre histoire serait devenue l'histoire de toutes les communautés du Québec, notre diaspora, celle de la terre entière? Comment peut-on prétendre construire un pays sur le vide identitaire, le mépris de l'ethnie majoritaire?

Bravo Ti-Jean (Chrétien)!