Pour le droit de connaître son identité d’origine

Photo: Leslie Banks / Getty Images
Lettre à madame Stéphanie Vallée, ministre de la Justice du Québec​
 

Depuis votre nomination à titre de ministre de la Justice, le Mouvement Retrouvailles, ses membres et les enfants jadis confiés à l’adoption et leurs parents d’origine attendent les changements législatifs permettant la divulgation de renseignements nominatifs contenus dans les dossiers d’adoption au Québec.

 

La patience a ses limites. La majorité des provinces canadiennes ont modifié leurs lois, d’autres sont en voie de le faire à court terme.

Nous exigeons la reconnaissance du droit à notre identité d’origine.

Plus de vingt ans se sont écoulés depuis la formation du Comité interministériel sur la confidentialité des dossiers et les services de retrouvailles, lequel recommandait d’importants changements. Au cours de ces années, il y a eu le rapport du Groupe de travail sur le régime québécois de l’adoption au Québec, au printemps 2007, un avant-projet de loi en octobre 2009 et une consultation générale en début d’année 2010.

Mais que fait le Québec après le dépôt de deux projets de loi distincts, soit celui portant le numéro 81 déposé par votre collègue, M. Jean-Marc Fournier, en juin 2012 et un second portant le numéro 47, déposé par M. Bertrand St-Arnaud du Parti québécois en juin 2013 ? Que se passe-t-il au Québec pour continuer d’empêcher des milliers de personnes de connaître leur identité d’origine et pour retenir l’information sur les 300 000 enfants confiés à l’adoption par des parents d’origine n’ayant pas d’autre choix ? Nous vous rappelons que la Colombie-Britannique a modifié ses lois en 1997… Sommes-nous, au Québec, si « retardés » ?

Oui, les changements législatifs réclamés par le Mouvement Retrouvailles sont majeurs, mais semblent, en majorité, faire l’unanimité. Pourquoi tant de vagues autour du fait qu’un parent d’origine ou qu’un enfant jadis confié à l’adoption ne puisse refuser que son identité soit transmise à l’autre partie qui en fait la demande, sous réserve d’une période de délai ?

Actuellement, la recherche d’antécédents, administrée par les centres jeunesse du Québec, se fait en trois étapes : la localisation de la personne recherchée, la prise de contact, puis la mise en contact des deux parties s’il y a consentement. Le problème pour ceux qui militent pour le droit aux origines, le droit à l’identité, c’est que la personne contactée, le plus souvent la mère biologique, peut refuser que son identité soit divulguée. Par la suite, la loi interdit au centre jeunesse de revenir à la charge. Qui plus est, si la personne recherchée est décédée, on utilise la notion de non-possibilité de consentement et on ferme le dossier !

Avec les changements proposés, cette personne ne pourrait plus s’opposer à la divulgation de son identité, sauf durant une période moratoire prévue à la loi, pour éviter que ce changement ne tourne au cauchemar pour certains. De plus, la loi prévoirait qu’une personne puisse opposer un veto de contact, ce qui, en soit, est légitime. Nous ne pouvons forcer deux personnes à se rencontrer. Par contre, cacher volontairement, par des lois, l’identité aux personnes concernées, est un droit bafoué pour l’adopté et son parent d’origine.

Nous comprenons que certaines mères ayant accouché dans le plus grand secret ne veulent à aucun prix réveiller cette part de leur passé. Il en va de même pour certains enfants adoptés qui ne veulent pas du tout connaître leurs parents inconnus. Nous comprenons qu’il faille respecter ceci, mais comme ce sont plus des exceptions ou un petit lot, pourquoi pénaliser ceux et celles qui désirent savoir, soit la majorité ?

Il faut aussi réaliser qu’avec ces décennies d’attente pour les changements, les années passent, les parents d’origine décèdent et le secret est enfoui avec eux, alors que les personnes confiées à l’adoption vieillissent et que leurs enfants et petits-enfants désirent également connaître leur identité, leur hérédité, leurs antécédents sociomédicaux. De plus en plus, la fratrie (soeurs, frères, etc.) se manifeste pour trouver l’enfant que leur mère et/ou leur père ont dû laisser à d’autres bras à l’époque où concevoir un enfant hors des liens sacrés du mariage était un péché qui menait directement en enfer. Sommes-nous encore à cette époque ?

Un nouveau projet de loi semble prêt. Revivrons-nous le jour de la marmotte en juin 2015 ? Il est urgent de faire les changements demandés, Madame la Ministre. S’occuper de l’identité de ces milliers de personnes, c’est aussi s’occuper de leur santé et de celle de tous leurs descendants. Encore aujourd’hui, des personnes tardent à pouvoir se faire soigner, ne connaissant pas leurs antécédents médicaux familiaux.

4 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 16 mai 2015 05 h 52

    … ni à faire revivre !

    « Sommes-nous encore à cette époque ? » (Caroline Fortin, présidente, Mvt Retrouvailles)

    Non, et c’est tant mieux !

    Cependant, il est d’intérêt public de se rappeler que connaître ses origines peut aider sauf que les questions de confidentialité tendent à restreindre l’accessibilité !

    De plus, il est comme possible que les personnes dont on parle vivent ou meurent sans référence ni lien de famille, hélas !

    Une histoire ni à oublier ni à avorter et …

    … ni à faire revivre ! - 16 mai 2015 –

    Ps. : L’auteur, relevant de l’Enfance de Duplessis-Léger, souhaite que Québec autorise une journée nationale fériée sur et concernant l’enfance sans famille, histoire de se souvenir et de ne pas oublier ni répéter !

    • Gilles Théberge - Abonné 16 mai 2015 14 h 05

      Sans famille Marcel, mais certainement pas sans génie. Tes commentaires le prouvent.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 mai 2015 05 h 32

      Grands mercis, Gilles, pour ces paroles !

      De ces paroles, et de ce jour d’aujourd’hui, jour de mon anniversaire de naissance (17 mai 195… ,), et tout en saluant celle qui nous a mis au monde, cette douceur qu’il nous fait plaisir de partager :

      https://www.youtube.com/watch?v=7n1MxV8I7lM

      Bref yahou ! - 17 mai 2015 -

  • Gaston Bourdages - Inscrit 17 mai 2015 06 h 34

    Hommages, reconnaissance et gratitude je veux...

    ...exprimer à madame Fortin et à toutes ces gens qui, de quelque façon, m'ont permis de retrouver ce fils naturel, 43 ans plus tard.
    Quel cadeau! Des mots me manquent.
    Un fils qui a accepté de me rencontrer, moi le père totalement absent du décor de la vie de la mère porteuse ! Moi, qui, à l'époque, souffrais déjà de la maladie de la déresponsabilisation, de la non-responsabilisation.
    Oui, à ces gens je veux rendre hommages et à ce fils je veux aussi rendre hommages. Tout comme je rends hommages aux parents de «notre» fils.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier