Les bulletins décevants du cours Grève 101

Des membres du gouvernement Couillard aux associations étudiantes, bien peu peuvent s’enorgueillir d’avoir pensé et agi avec brio…
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des membres du gouvernement Couillard aux associations étudiantes, bien peu peuvent s’enorgueillir d’avoir pensé et agi avec brio…

La session d’hiver s’achève et vient le moment de noter les participants du cours Grève 101 qui a déjà fait couler beaucoup, certains diront beaucoup trop, d’encre.

Je commencerais par le plus facile, en l’occurrence par le seul participant qui a abandonné le cours, Yves Bolduc, qui a démissionné de son poste de ministre de l’Éducation.

Donc, pas de note, mais un remboursement de plus de 150 000 $ qui semble excéder de façon assez importante les dépenses faites. C’est dommage, car ce participant avait de l’inventivité, ne serait-ce que par son engagement pour la fouille à nu d’étudiant(e)s et son avis sur le peu d’importance du livre en éducation. Par contre, on peut, à titre indicatif, lui donner un A virtuel pour sa persévérance, puisqu’il vient de déclarer que l’on risque de le revoir en politique.

Continuons dans le même registre avec le successeur d’Yves Bolduc, François Blais.

Sa note est un E (échec) pour avoir suggéré « d’expulser de l’université deux ou trois étudiants par jour », ce qui en « ferait réfléchir d’autres ». C’est le genre de pédagogie qui n’a pas sa place en éducation.

En outre, il a été surpris à souffler des réponses au recteur Proulx, ce qui contrevient au code d’éthique en vigueur dans toutes les maisons d’enseignement.

Cette note sera identique pour celui qui a profité des réponses soufflées par son petit (façon de parler) camarade : donc un E pour le recteur. Dans l’octroi de cette note, j’ai aussi pris en considération le fait qu’il a traité les étudiants de « terroristes » et qu’il a justifié la criminalisation du militantisme étudiant.

Pour rester dans les hautes sphères, il y a enfin l’intervention de la directrice du conseil d’administration de l’UQAM, madame Lise Bissonnette.

Dans toutes les classes à travers le monde, il y a toujours un chouchou du professeur et Mme Bissonnette est le mien. Je lui donne une note suspendue, I (pour incomplet), afin de ne pas entacher le CV d’une des personnalités les plus remarquables de la société québécoise : c’est ma décision et ma prérogative.

Je passerais donc à la note suivante qui concerne un groupe d’individus : les associations étudiantes. Ici encore, la note E s’impose. Décidément, on va croire que je mets E parce que je ne connais pas d’autres notes, je peux vous assurer que ce n’est pas le cas. Mais les grévistes ont tellement mal articulé les motifs qui les ont poussés à cette grève justifiée que leur allié naturel, la population, ne les comprend ni ne les soutient. Il en est de même pour les multiples syndicats qui les évitent comme la peste.

L’austérité et les étudiants, ça ne colle pas.

Que représentent les étudiants ? L’avenir de la société québécoise. Le motif naturel de cette grève pour eux ne peut être que l’avenir de la société québécoise, menacée par les objectifs du gouvernement.

Le gouvernement n’est pas une entité neutre, c’est le Parti libéral qui, à défaut de projet de société, n’a pour seul objectif depuis Jean Lesage que de gagner les prochaines élections. En détruisant le modèle québécois (santé, éducation, justice, relations de travail…), il cherche à faire du Québec une province « normale », comme le Manitoba ou l’Alberta. S’il y parvient, il anéantit les partis nationalistes d’opposition, le PQ, la CAQ, Québec solidaire, et s’assure un nombre illimité de mandats pour l’avenir.

D’ailleurs, en passant, je donne un B + au PLQ (vous voyez que je connais d’autres notes que E) pour le brillant effort et l’habileté à faire passer un programme politique en programme économique et un B au docteur Couillard, qui martèle ad nauseam qu’on ne peut dépenser plus qu’on encaisse, rejoignant ainsi la rigueur mathématique d’Einstein doublée de la sagacité de Mme Blancheville.

Il y a aussi ceux que l’on nomme les casseurs. Non pas ceux qui cassent pour le plaisir, qui peuvent se compter sur les doigts des pieds et des mains, mais ceux qui considèrent que c’est le seul moyen de s’opposer à l’arbitraire des gens qui ont obtenu et confisqué le pouvoir décisionnel.

La note est C–. Ils ont causé moins de dégâts que la police et les pompiers sur leurs autos, que les fonctionnaires de Montréal à la mairie. Il n’y a pas de victime contrairement au tir dans le mille, je veux dire dans l’oeil, d’une dangereuse émeutière qui agitait un papier.

Alors, pourquoi juste un C– ? Mais parce qu’ils continuent de rester piégés dans le comportement romantique que leur a défini la bourgeoiserie il y a plus d’un siècle et ne tentent pas de récupérer étape par étape le pouvoir qui leur est confisqué par cette démocratie, « le moins mauvais des systèmes politiques » nous a dit Churchill entre deux pufs de Roméo et Juliette et trois gorgées de vieux scotch. Peut-on essayer d’en récupérer en militant pour une démocratie directe qui semble atteignable avec le développement de l’Internet ?

Enfin, dernier groupe, les professeurs qui ont tenté de dire à la population qu’un service, dès lors qu’il est à vendre, n’est qu’une marchandise comme une autre. Mais l’éducation ? La justice ? La santé ? Si on les considère au même titre que les marchandises et qu’on les soumet aux lois du marché, quel avenir réserve-t-on à notre société ? À nos idéaux ? Aux plus faibles ? À 90 % de la population ?

Pour cet effort de transmission et d’analyse, qui épouse leur mandat, je leur décerne un B+.

Voilà pour les résultats de la session d’hiver et j’attends avec impatience de voir si les participants vont apprendre et évoluer durant la session d’été, qui s’annonce tout aussi décevante que la précédente.

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