La folle dérive anarchiste de l’ASSE

Des étudiants masqués manifestent à l'UQAM.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des étudiants masqués manifestent à l'UQAM.

Des groupes anarchistes et communistes libertaires tirent désormais les ficelles au sein de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), organisation minoritaire mais bruyante qui est à l’origine de la grève du printemps. Depuis la destitution de son exécutif national qui proposait avec lucidité de mettre fin à la grève, l’ASSE est devenue le bastion de l’ultragauche étudiante. Sa grève, dirigée contre l’État capitaliste néolibéral (rien de moins !), avait été lancée sans l’appui de l’immense majorité des étudiants et de leurs syndicats et sans aucun rapport de force. Elle s’est vite effilochée et se termine en queue de poisson.

Des militants anarchistes reliés à l’ASSE ont d’abord créé le comité Printemps 2015, qui s’est présenté comme un regroupement de comités de mobilisation « sans chefs ». Cette faction radicale non élue fut la première à lancer, en janvier, un appel incantatoire en faveur de la grève générale — rebaptisée « grève sociale » —, mantra des anarchistes un peu partout dans le monde. Le comité Printemps 2015 s’est engagé à mener une « grève sauvage », car « comme les loups et les louves nous agissons en meute » ! Cette charge belliqueuse fleure bon l’anarchisme bien noir.

Les médias n’ont pas fait leur travail d’enquête pour nous informer avec rigueur sur les groupes anarchistes en action au sein de l’ASSE. Ils n’ont produit aucune analyse sérieuse des tenants et aboutissants de cette flambée libertaire. Un tel examen n’a rien à voir avec la chasse aux sorcières : les partisans du drapeau noir ont le droit de s’exprimer dans notre société démocratique. Mais le droit du public à l’information exige qu’on en sache davantage sur des gens qui agissent souvent dans l’ombre, voire dans la noirceur la plus opaque.

Vieille utopie

Contrairement à la croyance populaire, les « anars » ne sont pas que ces jeunes nihilistes qui rejettent toute autorité et font de la casse. Ce ne sont pas que ces commandos habillés de noir, courageusement cagoulés, masqués et armés à la façon du Black Bloc, qui ont intimidé et frappé des étudiants et saccagé des locaux à l’UQAM. Des « bandes armées », comme les a décrites l’ancienne directrice du Devoir Lise Bissonnette qui connaît le sens des mots. En fait, les anarchistes sont des militants politiques bien organisés qui partagent une même conception du monde, ici une vieille utopie. Ils veulent faire la révolution pour réaliser leur rêve d’autogestion généralisée. Leur ennemi principal est l’État et, dans la foulée, la police, les tribunaux, les médias « bourgeois » et tout ce qui incarne l’Autorité. En outre, ils prétendent ne pas avoir de patrie, d’où leur méfiance, voire leur hostilité à l’égard du projet de faire de notre nation, le Québec, un pays.

Les anarchistes rejettent la démocratie représentative et donc les élections, qu’ils qualifient de « piège à cons », comme le clamaient les sectes anarchistes que j’ai connues quand j’étais un étudiant contestataire lors des événements de Mai 68 en France. Pour mémoire, la grève générale de 1968 a réuni l’ensemble du mouvement étudiant et du mouvement ouvrier français ; elle a donné lieu à des conquêtes sociales majeures. Les anars fantasment, bien sûr, sur la grève générale, l’étincelle qui doit enflammer le brasier. Ils privilégient la « perturbation » et l’action directe qui mènent à la violence.

Sous les menées des anars, l’ASSE s’est donc lancée dans une grève jusqu’au-boutiste qui était, au départ, une erreur stratégique. Cette association turbulente, qui se veut le fer de lance du « syndicalisme de combat » et de la « contestation permanente » (sic), s’est muée en groupe politique d’extrême gauche qui n’a plus rien à voir avec le syndicalisme. Quand on fait de l’action syndicale, on cherche à négocier sur la base de revendications réalistes et à conclure des ententes qui sont des compromis honorables. Or, l’ASSE ne veut pas négocier, elle exige.

L’ASSE vante sa démocratie directe qu’elle a pourtant discréditée par son refus des scrutins secrets et par plusieurs votes antidémocratiques. Ayant recours aux mêmes moyens d’action que les anarchistes, elle a justifié les agissements odieux des bandes armées en maraude à l’UQAM. Elle s’est ainsi marginalisée et a perdu sa crédibilité auprès du mouvement syndical, qui n’a pas répondu à son appel à la grève générale. Elle n’hésite d’ailleurs pas à dénigrer les syndicats pour leur prétendu manque de combativité. Les centrales ont fait alliance avec les deux autres fédérations étudiantes qui ont rejeté cette grève irresponsable.

Bernard Landry a dénoncé les « dérives anarcho-communistes » de la CLASSE en 2012 et les dérives anarchisantes de l’ASSE aujourd’hui. Ces dérives ne nous aident pas du tout, en effet, à convaincre la majorité de nos concitoyens d’adhérer au mouvement de contestation — tout à fait nécessaire — du gouvernement Couillard et de ses politiques d’austérité. Pis encore, elles nuisent grandement à la gauche réformiste et sociale-démocrate, la seule qui soit en mesure de gouverner et de mener en pratique une autre politique.

14 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 8 mai 2015 03 h 42

    Démasquage...

    Dans tous les cas de figure, il faut démasquer celles et ceux, surtout ceux, qui se cachent pour s'opposer aux politiques gouvernementales.
    C'est une question de démocratie et de légitimité de la souveraineté du peuple québécois.
    Merci Monsieur Fournier d'y participer largement aujourd'hui.

  • Denis Paquette - Abonné 8 mai 2015 05 h 48

    la politique et la liberté quel amalgame fascinant

    Depuis le temps que certains en rêve, n'est il pas percu comme le nec plus ultra de la politique, ou chacun est libre de toutes obligations, enfin peut-être jusqu'a preuve du contraire, l'anarchie quelle approche fascinante ou la politique et la liberté se rencontre

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 8 mai 2015 06 h 09

    Libertaire?

    Libertaires, est ce le contraire de libertariens, de libertins? Anyway ils amusent la galerie, c'est leur donner trop d'importance ne serait ce qu'en fonction de leur marginalité...

  • Jean Laberge - Abonné 8 mai 2015 07 h 06

    Hors de l'anarchisme, point de salut !

    Bravo pour cette intervention ! En tant que professeur de philosophie (au Vieux Montréal), je n'ai eu de cesse pendant le récent conflit étudiant de clamer l'emprise anarchiste funeste sur le mouvement étudiant. Ce sont eux le premier moteur de l'enfer dans lequel ils plongent nos jeunes qui les percoivent en retour comme des sectaires ésotériques. Il faut libérer les étudiants de ces didacteurs de l'antiautoritarisme.

    • Normand Gagnon - Abonné 8 mai 2015 16 h 47

      Vous êtes proffesseur de philosophie? Quel dommage que vous n'en ayez nullement les compétences. Premièrement, chaqun est libre de ses opinions politiques. Je ne croit pas en l'anarchie parce que malheureusement, l'être humain est trop con pour cela. Cependant, quel mal y-at'il à croire en une utopie? Ce texte est décidément absoluement mal informé, l'auteur saute aux conclusions et ne sais absoluement pas ce qu'il dit. Il existe bien des anarchistes pacifistes, et ce n'est pas une contradiction. C'est même logique. Ajoutons que les "odieuses bandes armées de matraques" s'appellaient les policiers, que ce sont de braves agents de la paix qui ont défoncé des vitrines pour d'introduire dans le bâtiment et que la majorité des étudiants n'approuvent pas la violence. Renseignez-vous plutôt que de nous sortir des ânneries réactionnaires sans fondement. "Il faut libérer les étudiants de ces didacteurs de l'antiautoritarisme."? Mais voyons, quel est ce sophisme? Déjà, il y a une magnifique antithèse dans vos propos, mais en plus, une fois de plus, vous traitez l'opinion anarchiste comme s'il s'agissait d'un crime. Quel mal y-a-t-il à contester un pouvoir qui ne se préoccupes même pas des besion de son peuple? Ah, ajoutons que l'ASSÉ est une association à la base neutre, c'est-à-dire que toutes les opinions y sont acceptées. Si vous n'aimez pas les anarchistes, eh bien que les non-anarchistes y participent et y votent, peut-être? Vous êtes ridicules. J'espère que vous-vous en rendez compte.

    • Jean Laberge - Abonné 10 mai 2015 09 h 23

      «...ajoutons que l'ASSÉ est une association à la base neutre, c'est-à-dire que toutes les opinions y sont acceptées. » Pissant. Aux royaumes des aveugles, tous les borgnes sont rois.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 mai 2015 07 h 07

    … absent !

    « les partisans du drapeau noir ont le droit de s’exprimer dans notre société démocratique. Mais le droit du public à l’information exige » (Louis Fournier, journaliste, syndicaliste, militant / à la retraite)

    En effet, ce droit de manifester demeure un droit immuable assorti de quelques responsabilités citoyennes respectueuses tout autant des biens que des personnes dont il s’adresse !

    De ce droit, il est possible de le valoriser, même les 1er (A + réaction d’auteur) et 8 mai de chaque année, avec ou sans drapeau noir, rouge ou multicolore !

    Quant au droit du public à être informé des véritables défis-enjeux de société soulevés par le monde privilégiant l’anarcho-communisme, on-dirait qu’il est comme …

    … absent ! - 8 mai 2015 –

    A http://www.journalexpress.ca/Actualites/Societe/20