Quelle philosophie inspire le ministre Blais?

Une culture de l’autoritarisme bureaucratique s’est installée au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur — comme au ministère de la Santé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une culture de l’autoritarisme bureaucratique s’est installée au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur — comme au ministère de la Santé.

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur François Blais se plaît à s’adresser aux médias. Il aime « professer » devant eux.

Abordant le thème des grèves étudiantes (et celles des professeurs) dans Le Devoir du vendredi 1er mai (Journée des travailleurs), il se porte à la défense des « étudiants les plus faibles », qui sont à ses yeux les victimes des grèves. Cela lui vaut le titre de champion du droit à l’éducation. Pourtant, le ministre ignore ou feint d’ignorer une autre réalité : les contestations de toute forme ont aussi pour objectif d’aider les « étudiants les plus faibles ». Pas uniquement ceux d’aujourd’hui, mais également tous ceux de demain et d’après demain, donc les générations à venir. Ce sont là les nombreuses victimes à venir des politiques d’austérité d’aujourd’hui, dont on sait déjà qu’elles accroîtront les inégalités au lieu de les réduire. La perspective temporelle des contestataires est largement plus étendue, et plus réaliste, que celle adoptée par le ministre.

Dans un gouvernement, le ministre de l’Éducation doit avoir une vision à long terme. Plus que tout autre, il porte la responsabilité de l’avenir. Le ministre Blais devrait à cet égard s’inspirer des contestataires.

Je constate plutôt que l’attitude hautaine et négative dont il fait preuve à l’endroit des actions du mouvement étudiant, et de la démocratie étudiante, lui obstrue la vue sur le message qu’elles portent. Le ministre (et le gouvernement Couillard) se situe dans la droite ligne du même aveuglement qui a caractérisé le gouvernement Charest dans ses relations avec les jeunes qui entraîna, comme on le sait, sa perte.

C’est ainsi que le ministre s’inquiète de ce qu’il appelle le « dérapage démocratique » du mouvement étudiant et de ses nombreuses « apories ». Mais le ministre ne semble pas conscient de ses propres contradictions. D’un côté, il se porte à la défense des étudiants plus faibles victimes des grèves, mais de l’autre il endosse sans état d’âme les politiques d’austérité du gouvernement, dont on constate déjà qu’elles touchent et toucheront les plus faibles, que ce soit en augmentant le nombre d’élèves par classe, en coupant dans les services, en réduisant les budgets des cégeps et des universités. Et comble d’incongruité, ces politiques d’austérité, ici comme ailleurs où on a instauré une politique d’austérité, défavorisent les femmes sur le marché du travail. La longue et lente marche des femmes vers l’égalité fait en ce moment des pas à reculons.

Et puis, autre « aporie » du ministre. Il appuie joyeusement, et utilise lui-même, les recours répétés aux tribunaux, à l’encontre de décisions collectives prises démocratiquement. S’il y a quelque part un « dérapage démocratique », c’est bien celui-là. Ces recours aux tribunaux menacent gravement l’avenir de la démocratie étudiante.

Le ministre Blais est un philosophe, professeur de philosophie. Au fil de ses déclarations et de ses comportements, sa philosophie politique se révèle. Elle est essentiellement inspirée par une conception autoritariste et punitive du pouvoir politique. On voit bien qu’il conçoit l’autorité à la manière ancienne, descendant du haut — où règne la vérité — vers le bas — où doit se trouver l’obéissance—, et en exigeant des échelons intermédiaires du pouvoir (recteurs, directeurs de cégep, commissions scolaires) le même autoritarisme. Une culture de l’autoritarisme bureaucratique s’est installée au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur — comme au ministère de la Santé. Et l’esprit qui anime cette culture est vivement punitif : « exclure deux ou trois étudiants par jour », punir les étudiants grévistes, punir les professeurs grévistes, punir les commissions scolaires.

Il faut prendre acte du fait que c’est cette philosophie politique qui sévit au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, avec laquelle il faudra vivre et si possible négocier, et dont il faudra subir les conséquences.

21 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 6 mai 2015 02 h 20

    Celui d'être puissant faute d'être aimé

    Celui de plaire a son patron, qui se croit audessus de toute chose, une sorte de déviance des premiers classe, celui d'etre puissant faute d'etre aimé

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 6 mai 2015 04 h 35

    Que crayonner de nouveau ?

    « … sa philosophie politique se révèle. Elle est essentiellement inspirée par une conception autoritariste et punitive du pouvoir politique. » (Guy Rocher, professeur émérite de sociologie, U Mtl)

    De cette citation, et sans boutade, on-dirait que ce ministre, de même que celui de la Santé et Services sociaux visé, cherche à valoriser une structure néo-duplessisante susceptible de reprendre là où est tombé le « Le Noblet » ; une structure d’inspiration totalitaire agressive, comme antérieure au rapport Parent (A) !

    Comment ou qu’expliquer ce genre de valorisation qui, obsolète et doctrinale, revient hanter la nation du Québec, d’un Québec en quête d’autodétermination libre, volontaire, éclairée ?

    Que crayonner de nouveau ? - 6 mai 2015 –

    A : http://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Parent

  • Gaston Bourdages - Inscrit 6 mai 2015 06 h 42

    À monsieur Rocher...

    ...un seul mot: mercis.
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.

  • Sylvain Lévesque - Abonné 6 mai 2015 07 h 11

    merci

    Merci M.Rocher de prendre la plume et d'oser vous exprimer publiquement sur ce sujet. C'est plus que nécessaire.

  • Gilles Roy - Inscrit 6 mai 2015 07 h 12

    En effet....

    Je cite : «Elle est essentiellement inspirée par une conception autoritariste et punitive du pouvoir politique.». Puis j'exemplifie. Le ministre cite à loisir le rapport de Raymond Chabot Grant Thornton (bien plus qu'il ne nous revient sur le rapport déposé par le vérificateur général du Québec à l'automne dernier). Il signale ainsi que la CSDM devrait faire mieux, envisageant même, un temps, sa mise sous tutelle. Or jamais il ne nous revient sur la méthodologie «bricolée» (euphémisme) du rapport de la firme externe, s'épenchant plutôt sur ses recommandations et conclusions. En court, il semble dire, «à moi le pouvoir et son exercice», et à d'autres d'établir ensuite des constats davantage fondés sur une lecture fine des situations observables. Fâcheux tout ça, je trouve.