La pédiatrie sociale, une approche novatrice

Il ne s’agit ni d’un choix paradoxal ni d’une décision «à cause du Dr Julien» ou «au détriment des établissements». Il s’agit d’une décision en faveur des enfants du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il ne s’agit ni d’un choix paradoxal ni d’une décision «à cause du Dr Julien» ou «au détriment des établissements». Il s’agit d’une décision en faveur des enfants du Québec.

À l’échelle du Québec, les intervenants en pédiatrie sociale en communauté soignent et outillent près de 4000 enfants en état de grande vulnérabilité. Nous croyons qu’une société qui laisse tomber ses enfants est une société qui s’appauvrit.

L’argent récemment octroyé par le gouvernement du Québec à la pédiatrie sociale permettra à nos équipes de déployer encore davantage de services dans les milieux très défavorisés, où les droits des enfants sont bafoués au quotidien : des enfants exclus des garderies parce qu’ils sont trop violents, des enfants lourdement médicamentés et inaptes à l’apprentissage, des enfants malades en raison de leur milieu de vie (logement, école), des souffrances d’enfants qui sont difficiles à concevoir dans une société riche comme la nôtre. Comment arrivons-nous à le tolérer et à déployer si peu de ressources pour leur venir en aide ?

L’apport financier du gouvernement arrive à point nommé. De pair avec le soutien de la communauté et du secteur privé, il nous permettra, d’ici 2020, de rendre accessibles les soins de pédiatrie sociale en communauté à 20 000 enfants en grande vulnérabilité.

Il ne s’agit ni d’un choix paradoxal ni d’une décision « à cause du Dr Julien » ou « au détriment des établissements ». Il s’agit d’une décision en faveur des enfants du Québec. Nous ne répliquons pas à ce qui se fait ailleurs. Nous travaillons en complémentarité avec les établissements et la communauté.

Notre travail ne serait pas possible sans les partenariats entretenus avec les organismes communautaires des quartiers où nos centres sont établis, ainsi que le milieu institutionnel (écoles, centres jeunesse, CPE, hôpitaux et autres). Nos partenaires sont présents régulièrement lors de nos rendez-vous cliniques, ce qui nous permet de définir un plan d’action commun et d’éviter l’intervention en silos.

Les CLSC, tout comme les organismes communautaires et les institutions, ont leur rôle à jouer et nous croyons fermement qu’il faut soutenir cette diversité d’organismes. La pédiatrie sociale en communauté est une approche de santé globale novatrice, et pas seulement dans le champ de la médecine.

L’expertise des travailleurs sociaux, de même que celle de leurs collègues intervenants, est pleinement reconnue en pédiatrie sociale en communauté. La plupart d’entre nous ont eu un parcours en CLSC ou dans le milieu communautaire, certains y oeuvrent encore. Nous avons fait le choix de travailler en pédiatrie sociale en communauté parce que nous estimons que notre rôle y prend tout son sens, particulièrement notre devoir de nous assurer que toute personne ait accès à de l’assistance, même les enfants qui sont laissés pour compte.

Notre modèle unit l’expertise de la médecine, des sciences sociales et du droit. Il s’agit d’une approche égalitaire, où la travailleuse sociale joue un rôle central dans l’évaluation des besoins de la famille. Cette équité entre les disciplines est une grande force et cela ne se fait pas avec autant de cohésion ailleurs.

Nous défendons les droits des enfants dans l’action. Notre mission va bien au-delà du plaidoyer public. Nous interpellons les propriétaires de logement, nous accompagnons les familles dans leur accès à la justice, nous rallions les organismes, les écoles, les municipalités et les établissements de santé afin de trouver des solutions concrètes qui permettront à nos enfants de se remettre en piste le plus vite possible.

Pour le constater, nous vous invitons à visiter nos centres de pédiatrie sociale en communauté. Vous verrez à quel point notre profession s’épanouit et comment nos équipes réalisent de petits miracles pour nos enfants !

*Ont signé cette lettre: 11 travailleurs sociaux du Mouvement de pédiatrie sociale en communauté. Julie Desharnais, Laura Ducharme, Vincent Richard, Claudia Bascunan, Marie Pomerleau, Caroline St-Germain, Alexis Dionne, Marylou Blais, Audrey Chaussé-Généreux, Gisèle Caouette, Yvon Rousseau.

4 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 5 mai 2015 07 h 23

    Bravo et yahou !

    « Notre modèle unit l’expertise de la médecine, des sciences sociales et du droit. Il s’agit d’une approche égalitaire » (Collectif, Mouvement pédiatrie sociale en communauté)

    De ce modèle, novateur ou pas, il demeure que son actualisation s’en vient.

    En effet, aider l’Enfance éprouvée ou maganée à s’en sortir « vivante » constitue, ici, tout un défi de société à relever d’audace et d’harmonie ensemble et sans exclusion !

    Bravo et yahou ! - 5 mai 2015 -

  • Jacques Patenaude - Abonné 5 mai 2015 09 h 23

    Un peu nombrilliste ce texte

    L'approche de la pédiatrie sociale est très intéressante, tous en conviennent mais comme le souligne le texte du docteur Simon Lapierre, cette approche n'est pas sans avoir eu dans l'histoire des précurseurs qui s'alimentaient aux mêmes idées. J'aurais aimé que ce collectif montre un peu plus "d'empathie" pour ceux qui sont sauvagement coupés par ce même gouvernement qui les arrosent d'argent.

  • Denis Paquette - Abonné 5 mai 2015 09 h 35

    Un gros merci

    Et j'ajouterais absolument nécessaires, n'est ce pas normal de vouloir aider les gens dont le destin les marque au plus profond de leur existence

  • Maëlle Benoît - Abonnée 5 mai 2015 17 h 58

    Je me souviens...

    Pour redonner de la dimension à la pédiatrie sociale, il peut être intéressant de relire une autre lettre parue dans Le Devoir, celle-là datée de 2010, intitulée "Services sociaux - Donner au Dr Julien en appauvrissant le système public"... ce qu'a fait le dernier budget Leitao... http://www.ledevoir.com/non-classe/294168/services