Les déficits zéro de 1995 et 2015, même combat?

Louise Harel, sur cette photo prise en 1995, croit que l’approche privilégiée par le gouvernement du Québec il y a 20 ans est bien différente de celle qu’adopte celui de Philippe Couillard.
Photo: Archives Le Devoir Louise Harel, sur cette photo prise en 1995, croit que l’approche privilégiée par le gouvernement du Québec il y a 20 ans est bien différente de celle qu’adopte celui de Philippe Couillard.

En ce 1er mai animé et à l’aube d’une possible grève générale à l’automne, un regard rétrospectif s’impose sur la démarche de 1995 pour atteindre l’équilibre budgétaire et celle en cours au printemps 2015.

Si l’objectif est le même, force est de constater que les moyens utilisés diffèrent totalement. Ce qui distingue les deux approches, hors le talent exceptionnel de négociateur de Lucien Bouchard, alors premier ministre, c’est la volonté d’instaurer un dialogue social entre toutes les parties prenantes de la société plutôt que le dialogue de sourds auquel on assiste présentement.

Pour ce faire, en 1996, voulant éviter de rééditer la collision frontale État-syndicats de 1982, le nouveau gouvernement choisissait plutôt de convier le milieu des affaires, les organisations syndicales, le milieu de l’éducation et, pour la première fois, le mouvement des femmes, les associations étudiantes et le mouvement communautaire. Cet exercice de concertation au sommet entre partenaires se déroulera en deux temps, d’abord une Conférence sur le devenir social et économique au mois de mars 1996, puis le Sommet sur l’économie et l’emploi au mois d’octobre de la même année.

Entre les deux rendez-vous, divers chantiers ont été mis en place pour élaborer des propositions concrètes relançant l’économie et l’emploi, tout en se préoccupant des finances publiques, en visant la fin de l’endettement et des déficits et en tentant de développer une vision commune en matière de politique familiale, de formation de la main-d’oeuvre, de caisse de retraite et de lutte contre la pauvreté.

Le Chantier sur l’économie et l’emploi en tant que tel était constitué de quatre groupes de travail portant respectivement sur l’économie sociale, l’entreprise et l’emploi, les régions-municipalités et la relance de la métropole, tous présidés par des personnalités extérieures au gouvernement.

À la conférence de mars, un consensus était atteint pour que le déficit soit éliminé complètement en quatre ans. Personne ne s’étonnera cependant que, pour y arriver, le patronat privilégiait une réduction des impôts et des taxes et une diminution des dépenses gouvernementales alors que les organisations syndicales et communautaires préconisaient la création d’emplois et de nouvelles rentrées fiscales.

Malgré ces divergences, tous acceptèrent de poursuivre l’exercice en prévision du sommet d’octobre dans une sorte de grande négociation sociale. Certes, des compromis furent nécessaires de part et d’autre. Vingt ans plus tard, on se rappelle moins la création d’emplois et autres innovations sociales qui ont résulté des consensus du sommet que l’ampleur des mises à la retraite volontaire avec primes généreuses pour 37 000 employés des secteurs public et parapublic.

De leur côté, les représentants patronaux n’obtinrent pas l’abandon, qu’ils réclamaient à quelques jours du sommet, du projet de loi sur l’équité salariale et de la loi obligeant les entreprises à consacrer 1 % de leur masse salariale à la formation de leur main-d’oeuvre.

Cependant, des dizaines de projets de création d’emplois et d’entreprises, prêts à démarrer, furent retenus, de même que de nombreuses innovations sociales et économiques. Entre autres :

Le développement du réseau des centres de la petite enfance (CPE) ;

La réduction de la semaine régulière de travail de 44 à 40 heures ;

La prolongation à 52 semaines du congé parental ;

Un crédit d’impôt sur la masse salariale lié à la création et au partage volontaire d’emploi ;

Le transfert du fédéral et l’organisation de centres locaux de service (Emploi-Québec) ;

La constitution d’un nouveau type d’entreprises : les coopératives de solidarité.

À cela, il faut ajouter la constitution d’un Fonds spécial de lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail de 240 millions de dollars sur trois ans. Lors d’un premier bilan en février 2000, 2855 projets avaient déjà été acceptés par le fonds, permettant ainsi à 25 269 personnes, dont 47 % de femmes, de sortir de la pauvreté.

D’autres innovations suivront, la même année, soit la Loi sur l’assurance médicaments et la Loi sur le régime des rentes du Québec, qui permettra de doubler les cotisations afin de renflouer la caisse qui se vidait.

Quel contraste

À l’opposé de cette démonstration, ai-je besoin de souligner à quel point le gouvernement du premier ministre Couillard fait fausse route présentement avec sa démarche autoritaire, tant dans la conduite des négociations avec les employés de l’État que dans l’abolition de la participation citoyenne des instances de concertation locales et régionales et des services publics ?

La question latente, à l’égard de l’exercice en cours, qui provoque l’inquiétude est : que recherche véritablement le gouvernement ? Est-ce que, comme le soutenait le président du Conseil du trésor en octobre dernier, « l’opération de révision des programmes dépasse largement l’objectif du déficit zéro et vise un repositionnement de l’État » ? Pour faire quoi et aller où ? Voilà la question !

8 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 1 mai 2015 00 h 38

    La décroissance la pire des épreuves

    La décroissance a toujours été la pire des conditions, comment demander a des gens de rogner sur des acquis, meme mon chat n'en voudrait pas, ceci dit comment il se fait que les sociétés n'ont pas de fonds dédiés a cette fin, est ce qu'il y a quelqu'un au Québec qui est en accord avec les politiques du gouvernement Couillard, enfin, a moins d'etre tout a fait maso et au-dessus de cette épreuve, cent ans apres il y a des gens qui parlent encore de la crise de 29 qu'est-ce que ca va etre de celle-ci, ce pourrait- ils qu'il y a des décroissances qui marquent pour toujours

  • David Sanschagrin - Inscrit 1 mai 2015 04 h 50

    La restauration moins tranquille

    Pour répondre à votre question Mme Harel, je vous recommanderais la lecture de l'imbuvable ouvrage rempli de clichés sur l'État obèse et qui se nomme bien mal "The Fourth Revolution". Ouvrage que Philippe Couillard a distribué à tout son gouvernement. Bien sûr, plutôt que d'une révolution, il s'agit ici d'une restauration moins tranquille des privilèges de la classe possédante d'avant la Révolution tranquille. La question que j'aurais posé en fin de texte est plutôt: de quelle légitimité dispose le gouvernement libertarien de Philippe Couillard pour se lancer dans une nouvelle réingénierie de l'État?

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 1 mai 2015 07 h 04

    PLQ-PQ le combat? ou Médecine similaire?

    Je n'aime pas les si , mais je crois sincèrement que si cela avait été le PQ qui aurait pris le pouvoir, les decisions concernant l'instauration des rigueurs budgétaires auraient été à peu de choses prés semblables... Je ne crois guère que les gouvernements provinciaux ont le pouvoir d'imprimer de l'argent à l'instar du gouvernement fédéral... de plus vous oubliez je crois , ayant lu cela dans vos archives, le gouvernement du PQ ( Mr Parizeau) avait aussi adopté dans les années 80 des coupes de salaires assez sévères au sein de la fonction publique et para publique ( et je crois sans grande concertation)... Votre mémoire est assez sélective pour ne pas vous manquer de respect Chère Madame vu vos longues années d'expérience...
    Quand aux mesures sociales que vous citez , et avez adopté, sans les dénigrer, ne feraient elles pas aussi partie du probleme... j'imagine qu'elles sont aussi un cout a assumer par les 30 % des travailleurs qui paient des impots...

    • Hélène Paulette - Abonnée 1 mai 2015 09 h 37

      Monsieur de Ruelle, je vous fais remarquer que le gouvernement péquiste de Madame Marois voulait repousser le déficit zéro, au grand dam des Libéraux...Et ce n'était pas le gouvernement de Parizeau mais de Lévesque qui a fait les coupes aux fonctionnaires...

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 1 mai 2015 16 h 07

      Vous avez raison Mme Paulette, vous avez toujours raison de me corriger, mais je pense avoir lue que c'était Mr Parizeau qui était aux commandes (Ministre des finances)... donc se pourrait il qu'il en fut l'instigateur? Quand aux promesses éléctorales, les gouvernements successifs tous partis confondus autant au Fédéral qu'au Provincial, en ont démontré les limites, ceci pour rester polis à leurs égards...

    • Hélène Paulette - Abonnée 2 mai 2015 13 h 30

      C'est le Premier Ministre qui est aux commandes, monsieur deRuelle...

  • Christian Montmarquette - Abonné 1 mai 2015 12 h 36

    Louise Harel qui avait maintenu les boubous-macoutes du Parti libéral, vient nous donner des leçons de solidarité


    Il en faut du courage pour qu'une Louise Harel qui avait maintenu les boubous-macoutes du Parti libéral ose venir aujourd'hui nous donner des leçon de solidarité!

    Quand on sait qu'elle avait laissé en place ces supers agents de BS alors baptisés «boubous-macoutes» investis de pouvoirs extrêmes, allant même jusqu'à la pénétration par la force des domiciles pour fouiller les logements des plus démunis.es; histoire de savoir s'il n'y avait pas une paire de souliers d'hommes dans le garde-robe des mères monoparentales pour pouvoir couper leurs prestations. Une véritable système d'inquisition sociale.

    Cette même Louise Harel qui vient aujourd'hui se gargariser avec le Fonds de lutte à la pauvreté, n'a pourtant jamais fait autre chose que de laisser le problème en place, quand ce n'est pas de l'avoir aggravé;puisque la pauvreté a toujours fait rage au Québec et ce, autant sous les gouvernements péquistes que libéraux, avec une aide sociale aussi violente que dérisoire et désindexée du coût de la vie

    Madame Harel, qui plus est , vient nous vanter les mérites de l'assurance médicaments, semble soudain frappée d'amnésie, quand elle néglige de dire que le PQ avait coupé la gratuité des médicaments à l'aide sociale, donnant ainsi aux prestataire à choisir en manger ou se soigner.

    Louise Harel, vient fièrement nous dire que son gouvernement avait donné 240 millions de dollars sur trois ans pour combattre la pauvreté, alors qu'il aurait fallut 750 millions par année ne serait-ce que pour éliminer le critère du «double-statut» à l'aide sociale, qui crée deux catégories de pauvres (les bons et les mauvais pauvres) pour sauver de l'argent sur le dos des plus démunis.es.

    Et pour finir et non la moindre,

    L'augmentation insultante de 10 cents de l'heure du salaire minimum en 2000 sous le gouvernement de Lucien Bouchard, alors que «Monsieur» lui, exige 700$ de l'heure pour ses services d'avocat.

    Christian Montmarquette

    • Marie Céline Domingue - Abonné 1 mai 2015 15 h 11

      Oui, et les coupures de 20% "administrées" aux fonctionnaires de l'État en 1982 par Lévesque et Bouchard (à la table de négo) ont servi à augmenter la députation de l'Assemblée nationale de 8% la même année! Le mouvement des femmes n'est pas resté et n'a rien retiré de ce sommet de 1996! Les femmes sont celles qui écopent le plus des coupures, peu importe le parti au pouvoir!