Poursuivons cette marche vers l’avant

Le 25 avril 1940, les Québécoises remportaient une grande victoire avec la sanction de la Loi accordant aux femmes le droit de vote et d’éligibilité. Grâce à l’audace et à la persévérance de celles qui ont lutté pour son obtention, les Québécoises ont pu exercer leur droit de vote aux élections générales provinciales en 1944.

En juillet 1947, Mae Leehy O’Connor fut la première femme à soumettre sa candidature. C’est en décembre 1961 qu’une première députée, Marie-Claire Kirkland, fut élue au Parlement. Celle-ci fut également nommée au Conseil des ministres en 1962. Pendant quatre décennies, la présence féminine à l’Assemblée nationale et au sein du Conseil exécutif marqua des progrès majeurs. En septembre 2012, un nouveau jalon historique fut posé avec l’élection de Pauline Marois au poste de première ministre du Québec.

Les noms de ces pionnières sont désormais entrés dans l’histoire. Or elles ne sont pas seules. Derrière ces figures connues, des milliers de femmes ont participé et participent toujours au développement du Québec. Qu’elles soient engagées dans leurs communautés, membres de regroupements, candidates ou élues, elles contribuent, par leur engagement et leur prise de parole publique, à la vitalité de notre société. Génération après génération, elles parlent avec coeur et conviction d’éducation, de culture, de droits de la personne, d’environnement, de famille, d’immigration, d’économie, de technologies, de santé, de développement du territoire. Dans tous les domaines, elles expriment leurs préoccupations, leurs opinions et leurs visions en tant que citoyennes à part entière.

En investissant les institutions politiques, les Québécoises n’ont pas seulement gagné l’autonomie juridique, des mesures de soutien à la famille, une loi sur l’équité salariale ou une politique d’égalité entre les femmes et les hommes. Elles ont aussi gagné confiance en elles et en leur compétence. Elles ont pris conscience de leur valeur et de la nécessité de leur présence dans l’espace public.

Soixante-quinze ans après l’obtention du droit de vote et d’éligibilité, de nombreux défis restent cependant à relever. Divers obstacles systémiques nuisent encore au plein engagement des Québécoises dans les lieux de pouvoir. Le plafond de verre est plus visible que jamais. Le nombre de députées de l’Assemblée nationale en témoigne : malgré le fait qu’elles représentent la moitié de la population, les femmes demeurent minoritaires au Parlement, peinant à constituer le tiers de la Chambre. Elles se heurtent à des écueils semblables sur le plan des candidatures, de la politique municipale et, plus généralement, des postes décisionnels.

De la socialisation politique aux fonctions électives, plusieurs analyses et actions sont proposées en vue d’une meilleure représentation des femmes au Québec. S’il est nécessaire d’agir en amont pour favoriser une égalité de fait dans la sphère politique, celles qui accèdent aux lieux de pouvoir ont également le souci de promouvoir cette valeur dans leur environnement. C’est pourquoi le Cercle des femmes parlementaires, un espace de réflexion et d’échanges non partisan au coeur de l’Assemblée nationale, a été fondé en 2010. Celui-ci vise à outiller les députées dans l’exercice de leur mandat, devant la complexité des enjeux affectant spécifiquement les femmes d’ici et d’ailleurs.

Dans un esprit de collégialité, nous échangeons sur des questions d’actualité telles que la prostitution, les conditions de vie des femmes autochtones et l’exploitation sexuelle. Nous tissons des liens avec nos homonymes des autres parlements pour mieux nous faire entendre et intervenir dans la sphère publique sur des enjeux communs. Conscientes des luttes de nos précurseures, nous faisons écho aux moments marquants de l’histoire des femmes et du féminisme au Québec. Nous n’hésitons pas à porter conjointement nos préoccupations devant la Chambre, au-delà de tout clivage partisan. En témoignent le vibrant hommage rendu en décembre dernier aux victimes de la tuerie à l’École polytechnique ou la récente signature du Protocole de solidarité entre le Cercle des femmes parlementaires et les élues de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.

Nous, députées de l’Assemblée nationale, relayons la voix des femmes au sein du Parlement. Or nous ne sommes pas seules. Nous sommes entourées d’hommes qui soutiennent les mêmes idéaux, convaincus eux aussi de la force décuplée d’une société égalitaire. Nous prenons appui sur toutes les Québécoises et tous les Québécois qui défendent des valeurs d’égalité et de respect entre les sexes.

Le 25 avril 1940, le Québec tout entier remportait une grande victoire avec la sanction de la Loi accordant aux femmes le droit de vote et d’éligibilité. Le chemin parcouru au cours des dernières décennies témoigne de l’importance d’une pleine reconnaissance des droits des femmes pour notre société. Poursuivons cette marche vers l’avant, toutes et tous ensemble.

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1 commentaire
  • Catherine Paquet - Abonnée 25 avril 2015 07 h 51

    Une grande victoire...

    Une grande victoire peut-être, mais cette victoire est-elle à classer dans la catégorie des innovations historiques quand on sait quees femmes du Québec ont obtenu, en 1940, de haute lutte contre le clergé et autres noblesses, le droit de voter à l'élection au niveau du Québec quelque 22 ans après que le gouvernement fédéral leur eut accordé ce droit à son niveau, et 15 ans après Terre-Neuve, la dernière des autres provinces à accorder ce droit, en 1925. Toutes les autres provinces l'avaient accordé depuis le Manitoba en 1916, en passant par l'Ontario en 1917 et le Nouveau-Brinswick en 1919.
    On peut bien appeler cela une remarquable marche en avant, mais il ne faudrait pas oublier de regarder un peu en arrière...