La mixité égalitaire, un objectif, une solution

Au Québec comme ailleurs, le pouvoir est la clé de voûte de l’égalité homme-femme. À l’occasion du 75e anniversaire du droit de vote et d’éligibilité des femmes, le 16 avril, une cinquantaine de personnes ont pris conscience que l’égalité entre les hommes et les femmes demeurera très fragile tant qu’une clé n’aura pas bouclé l’ouvrage.

Laquelle ? Celle de la mixité égalitaire, un concept qui suggère que le Québec se dote, à l’aide d’une loi-cadre, d’une vision égalitaire incontournable, intégrée et transversale de la gouvernance.

Invités à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale par sa vice-présidente, Mme Maryse Gaudreault, une cinquantaine de femmes et quelques hommes ont admis qu’une réelle mixité était maintenant indispensable partout où se décide l’avenir de la société. La mixité dont ils parlent est égalitaire. La masse critique de 30 %, longtemps présentée comme le seuil de représentation permettant aux femmes d’être entendues, est contestée. On sait maintenant que c’est seulement à partir de 40 % de présence qu’un groupe peut prétendre influencer l’ordre du jour d’une instance.

Lors de cette conférence, l’écrivaine Pascale Navarro a rappelé que le Québec, contrairement à une centaine de pays du monde, ne s’est donné ni mesure ni stratégie pour soutenir la participation des femmes aux instances décisionnelles, politiques, économiques et autres. Avec cette logique du laisser-faire, on remet sur les épaules des femmes le fardeau de la concrétisation de leur égalité.

J’ai pour ma part présenté le concept de la mixité égalitaire que je développe depuis une dizaine d’années au Québec et en Afrique, où j’ai accompagné des aspirantes candidates et des candidates vers l’engagement démocratique. Ma foi en une parité qui serait atteinte par petits pas s’est émoussée quand j’ai pris la mesure des défis que les élues avaient à relever au sein d’instances toujours à majorité masculine. Une fois qu’elles sont élues, j’en ai trop vu intégrer allègrement le modus vivendi masculin de la gouvernance et, souvent, se contenter de jouer les faire-valoir. Là n’était pas leur motivation.

Avec la mixité égalitaire, les organismes politiques, publics et privés bénéficiant du financement de l’État se doteraient d’instances décisionnelles formées d’hommes et de femmes, dans une proportion de 40 % de femmes. Si la formule n’assure pas automatiquement la parité, elle en est fortement porteuse.

Je n’ai pas la prétention de proposer une solution miracle, mais, à travers des rencontres dans différents milieux, je m’attelle actuellement à raffiner le concept, voire à le modifier, pour le rendre plus applicable.

La démocratie n’est pas figée. Elle n’a, au fil des siècles, cessé d’évoluer autour de l’objectif d’une plus grande justice citoyenne. Le Québec, perçu jusqu’à récemment comme avant-gardiste en matière d’égalité, a une belle occasion de se démarquer par sa créativité démocratique.

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7 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 avril 2015 09 h 17

    Solution

    La solution à cette inégalité de représentation entre les femmes et les hommes aux postes de dirigeants gouvernementaux : Présentez-vous aux élections et «gagnez».

    L’égalité exige que tous et toutes passent par la même place sans parti pris et sans passe-droit. L’égalité ne se «donne» pas elle «s’acquière». Celles qui vous ont fait accéder au vote pour tous et toutes ont cessé de tendre la main et ont fermé le poing.

    Qu’allez-vous «faire» ? Quêter ou vous imposer ? Décidez !

    Nous vivons en démocratie. Exactement. Et votre choix sera respecté. Debout ou à genoux ? Décidez !

    PL

    • Éric D'Alo - Inscrit 25 avril 2015 10 h 40

      Vous reconnaissez donc qu’il y a inégalité. En vous exprimant ainsi, vous exposer à merveille le « pourquoi » du combat pour tendre à l’égalité.

      Il est troublant de vous lire. Vous dites que les femmes doivent s’imposer. Vous dites, en quelque sorte, que ce serait de leur faute si l’égalité n’est pas atteinte!

      Que croyez-vous que les femmes essaient de faire depuis tant d’années? S’imposer justement. Mais ça ne fonctionne pas. Les hommes ne laissent pas leur place.

      Un jour, il faudra laisser notre place.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 avril 2015 12 h 20

      Personne ne force personne d'autre pour qui voter. A-t'on déjà entendu : «Je ne vote pas pour elle car elle est une femme» ? Si oui, ce sont ceux-là qu'elles doivent battre. Je n'en fais pas parti car j'ai voté pour Mme Marois et personne ne lui a susurré à l'oreille : «Après vous Madame». Donner «par politesse» la direction de mon État à une femme est dénigrant pour elle et pour moi.

      «Que croyez-vous que les femmes essaient de faire depuis tant d’années? S’imposer justement.» Il semble que ce ne soit pas suffisant car elles sont encore des exeptions. Encore un effort et cela deviendra «la norme».

      PL

    • Johanne St-Amour - Inscrite 25 avril 2015 12 h 29

      @M. Lefebvre

      Voilà exactement le genre de réactions qui traduit la résistance de certaines personnes à la parité. Ainsi vous remettez en question le désir de ces femmes de faire leur place et leurs compétences.

      Pour que les femmes se présentent encore faut-il que les partis les recrutent. Québec Solidaire est le seul parti au Québec à recruter autant de femmes que d'hommes, et cela, au niveau de toutes les instances du parti. Les autres partis auraient avantage à s'en inspirer.

      De tout temps, la présence des hommes au pouvoir politique a toujours semblé «naturelle». Drude Dahlerup, professeure à l’Université de Stockholm, auteure de la première étude mondiale sur l’utilisation des quotas, identifie quatre manières d’exprimer la résistance à l’accès des femmes au pouvoir, dont la théorie libérale qui dit donner priorité au mérite sur le sexe des candidat-es

      Cette vision sème un doute pernicieux dans les esprits. Pourquoi cette méfiance envers les femmes ? « [L]es lois sur la parité ne sont pas faites pour porter des incompétentes au pouvoir mais pour éviter que des femmes compétentes n’en soient écartées », affirme Isabelle Germain, journaliste et fondatrice de NouvellesNews.

      Étant donné que l’État subventionne largement les partis politiques, il devrait légiférer afin d'imposer la parité des candidatures aux élections. Les partis politiques doivent « prendre conscience de leur fonction de filtrage » affirme encore Drude Darhelup. Et remédier aux inégalités.

      De plus en plus, on s’accorde pour affirmer que la démocratie passe indubitablement par la parité. S’ils sont aussi démocratiques qu’ils le prétendent, les gouvernements n’auront d’autres choix que de prendre les moyens pour la réaliser.

      (Extrait d'un article que j'ai déjà publié sur Sisyphe.org)

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 avril 2015 14 h 24

      Mme St-Amour, je ne remets pas du tout en question le désir de ces femmes de faire leur place et leurs compétences. Je leur donne la même valeur que celle des hommes.

      Pour que les femmes se présentent, elles n'ont qu'à s'avancer, pourquoi attendre une invitation ? Elles ne l'ont pas fait quand elles ont décidé d'obtenir le droit de vote. Elles n’ont demandé la permission à personne.

      «Légiférer afin d'imposer la parité des candidatures aux élections.» On fait quoi si les femmes ne se présentent pas ? Vont-elles être «légalement» obligées ? Poursuivies en justice ?

      «La fonction de filtrage» devrait surtout servir à se débarrasser les candidats incompétents, des deux de pics et des mauvais garnements; pas à faire du sexisme dans un sens ou dans l'autre. J'échangerais bien quelque tarlas contre une ou deux femmes plus intelligentes qu'eux.

      «S’ils sont aussi démocratiques qu’ils le prétendent, les gouvernements n’auront d’autres choix que de prendre les moyens pour la réaliser.» Comme au restaurant madame, la porte est ouverte, vous n'avez qu'à la passer. Présentez-vous.

      Nous avons eu «une» première ministre, madame; qu'est-ce qui vous bloque le passage ? Pourquoi hésitez-vous ? Personne n'a signifié à madame Marois : «Après vous madame.» (Et j'ai voté pour elle, alors, pour ma «résistance»...)

      PL

    • Johanne St-Amour - Inscrite 27 avril 2015 09 h 34

      @M. Lefebvre

      J'espère que vous avez lu les articles concernant la longue marche pour le droit de vote des femmes au provincial? "Elles n'ont demandé la permission à personne" dites-vous? Vous comprenez que le Québec a été la dernière province à accorder le droit de vote des femmes? Qu'elles se sont battues une vingtaine d'années pour ce faire? Pendant 18 ans, elles sont déposées une demande à l'Assemblée nationale!!!

      Heureusement, des organismes comme le Groupe Femmes, politique et démocratie ou encore des programmes de la YWCA pour l'avancement du leadership des femmes et des filles veillent au grain et aide les femmes à prendre leur place en politique et notamment sur les conseils d'administration.

      Ce que je comprends de votre réflexion c'est que si les femmes ne se présentent pas c'est qu'elle ne veulent pas le pouvoir et qu'il n'y a rien à faire: très désolant.

      Il faut plus qu'une première ministre, il en faut plusieurs, comme il faut davantage de femmes sur toutes les instances (politiques, économiques, entrepreuneuriales) et il faut faire en sorte que le nombre de femmes augmente dans ces domaines. Parce qu'une des choses importantes à comprendre concernant ce phénomène, c'est que s'il y a autant d'hommes sur ces instances, c'est qu'on les a aidés.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 25 avril 2015 19 h 07

    Et pourtant...

    Les facultés de sciences sont occupées par les femmes en plus grand nombre que leurs vis a vis masculins, aussi elles obtiennent en plus grand nombre leurs diplomes de fin d'études secondaires, et ainsi de suite... Je crois qu'elles trop intelligentes pour s'engager en politique, ou le vrai pouvoir ne s'exerce plus... du moins pour les vraies questions, pour le vrai monde. Alors avec intelligence elles occupent grace au ciel les vraies arcanes du pouvoir celui de l'énonomique où elles pourront changer le monde.