Les défis de la reconstruction

Des soldats rwandais faisant partie de la mission de maintien de la paix de l’ONU patrouillant dans les rues de la capitale de la République centrafricaine, Bangui
Photo: Pacome Pabandji Agence France-Presse Des soldats rwandais faisant partie de la mission de maintien de la paix de l’ONU patrouillant dans les rues de la capitale de la République centrafricaine, Bangui

La Commission de consolidation de la paix de l’ONU marque cette année son 10e anniversaire. À cette occasion, le secrétaire général, Ban Ki-moon, a récemment mis en place un panel d’évaluation de l’action de l’organisation dans ce domaine. Dire que ce panel d’évaluation arrive au moment opportun serait un euphémisme : avec plus de 120 000 personnes présentement impliquées dans le maintien de la paix, l’ONU sera au cours des prochaines années de plus en plus sollicitée dans les efforts de consolidation de la paix.

Le panel arrive également à point nommé pour mieux comprendre certains échecs ayant frustré l’organisation ces dernières années, tout particulièrement dans les États fragiles, ces pays où la sécurité, le développement et la bonne gouvernance sont choses rares.

Des efforts anéantis

En tête de liste des insuccès onusiens se trouve la République centrafricaine qui, malgré l’engagement de l’organisation depuis plus de 15 ans, a été secouée en mars 2013 par un coup d’État. Cet événement a anéanti les efforts patiemment réalisés par les deux bureaux onusiens de consolidation de la paix déployés consécutivement depuis 2000, laissant le pays dans une situation plus précaire que jamais. Cet effondrement est principalement dû à l’échec des programmes successifs de désarmement, de démobilisation et de réintégration ainsi qu’à celui de la refonte des forces de défense et de sécurité.

La République centrafricaine et ses problèmes n’ont jamais vraiment attiré l’attention de la communauté internationale. Le pays n’est pas aux portes de l’Europe, comme l’Ukraine, et le conflit auquel il fait face ne relève pas du djihadisme international, comme en Irak.

Pourtant, ses frontières communes avec des pays en proie à l’instabilité comme le Soudan, le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo ou le Cameroun, font de la République centrafricaine l’épicentre d’un système de conflits dont les secousses peuvent se faire ressentir dans toute la région. Groupes armés, trafiquants en tous genres et réfugiés transitent sans cesse sur le territoire, mettant à l’épreuve les capacités des institutions étatiques des pays voisins.

Tirer des leçons

Alors que l’ONU déploie la 13e opération de paix dans le pays depuis 1997, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la Stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), il convient de tirer les leçons des échecs passés afin de mieux négocier les nombreux défis à venir.

En tête de liste de ces défis, notons la sécurisation du pays qui devra s’effectuer face à la fois aux milices locales comme l’ex-Séléka et les Anti-Balaka et aux groupes transnationaux tels que l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) ou — plus à l’ouest — Boko Haram. Pour ce faire, l’ONU devra adopter une approche régionale puisque les frontières entre les pays de la région sont extrêmement poreuses. Dans un tel contexte, toute action robuste contre un groupe armé dans un pays donné fait courir à des pays voisins déjà exsangues le risque d’une déstabilisation.

En parallèle de ce mandat de rétablissement de l’ordre et de protection des civils, l’ONU devra oeuvrer à la refonte des forces de défense et de sécurité du pays afin qu’elles soient en mesure de jouer pleinement sur le long terme leur rôle de garant apolitique de la sécurité du pays. Celles-ci ont en effet trop souvent eu pour principal objectif, au cours des dernières décennies, d’aider à maintenir au pouvoir des élites corrompues au détriment du bien-être de la population.

Aider les autorités à reprendre pied

Une fois la situation sécuritaire stabilisée, l’ONU devra — de concert avec ses partenaires — aider les autorités centrafricaines à reprendre pied sur l’ensemble du territoire national. Il sera important que les dividendes de la stabilisation sécuritaire se fassent rapidement sentir auprès de la population et que les services de base comme la santé, la justice et l’éducation soient enfin à nouveau dispensés. La légitimité des institutions centrafricaines — et donc leur durabilité — est à ce prix. Le principal défi pour l’ONU à ce titre sera de parvenir à appuyer ces institutions en état avancé de délabrement sans toutefois s’y substituer.

Enfin, devant l’interminable liste des priorités à gérer, l’ONU devra faire preuve d’une grande flexibilité afin d’anticiper les urgences qui ne manqueront pas de surgir dans les domaines de la sécurité, de la gouvernance et du développement, et afin d’y réagir. Pour ce faire, la MINUSCA et la myriade d’agences et de programmes onusiens présents en République centrafricaine devront mettre de côté les querelles de clocher et les tensions institutionnelles qui ont miné leur action au cours des dernières années. Seule une franche collaboration pourra permettre de maximiser les ressources déployées au pays, de donner plus de cohésion aux efforts faits et d’augmenter les chances de succès.

Après l’échec de la consolidation de la paix, la République centrafricaine représente un véritable test pour l’ONU dans des contextes de fragilité étatique. Devant la recrudescence de ces contextes, les enjeux liés au succès de cette « expérience » sont bien plus importants qu’il n’y paraît vu d’Ottawa, de Paris ou de Washington.

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