Réserve «faunique», dites-vous?

Quand je traversais, dans les années 70, la réserve faunique des Laurentides, je croyais sa beauté éternelle, intouchable, sacrée. Qu’elle ferait office de sanctuaire quand toute la forêt boréale du Québec serait exploitée, quadrillée de routes, d’infrastructures et parsemée de mines à ciel ouvert et de puits de pétrole, comme à Anticosti bientôt. Au pire, me disais-je, il restera toujours les aires protégées comme celle-là pour permettre à mes descendants d’en profiter autant que moi. Comme j’étais naïf ! Depuis, chaque année, l’empreinte humaine y est sans cesse plus profonde. Et rien ne semble pouvoir la freiner.

De brèche en brèche, de balafre en balafre, quiconque observe le paysage en traversant le parc des Laurentides sur la 175 peut constater que ce précieux patrimoine est sérieusement abîmé. Tout a commencé avec les coupes forestières abusives, qui n’ont pas cessé d’être à blanc : on a changé de nom, pas de pratique. Les pylônes d’Hydro-Québec en ont ensuite déboisé d’immenses lisières de forêt du nord au sud et d’est en ouest.

Plus récemment, les tours de transmission pour les ondes cellulaires ont décapé le sommet de dizaines de montagnes, d’un bout à l’autre de cette aire de moins en moins protégée.

Le pire

Et enfin, le pire : les 175 éoliennes en construction dans le secteur de la Rivière-du-Moulin. Les 323 nouveaux hectares exploités par EDF Énergies nouvelles ont déjà commencé à déboiser une cinquantaine de sommets de montagnes. Les chemins dotés d’une emprise de 25 m de largeur se multiplient. Une nouvelle ligne à haute tension de raccord de la centrale jusqu’au réseau d’Hydro lacère une fois de plus la réserve, au kilomètre 180 cette fois.

Alors, l’homme maintenant âgé que je suis se demande : où ces ravages s’arrêteront-ils ? Peut-on tout détruire, tout construire dans les réserves ? Ira-t-on jusqu’à les inonder ? Permettre l’exploitation minière ? Pétrolière ?

Je suis de moins en moins optimiste. Résigné, j’en suis à adapter mon vocabulaire. Au lieu de « Regardez, le beau paysage sauvage », je m’habitue à dire aux enfants : « Regardez les belles éoliennes, les beaux pylônes, les belles coupes uniformes » et « Écoutez le doux chant des VTT l’été, des motoneiges l’hiver ! »

À chaque passage dans la réserve, une question me tenaille : « Quelle sera la nouvelle calamité, cette année ? »

6 commentaires
  • Frédéric Bujold - Inscrit 13 avril 2015 09 h 00

    Pas une aire protégée

    Une petite précision : une réserve faunique n'est pas une aire protégée. On peut se désoler ou non qu'on y exploite des ressources - la forêt, l'air, les ondes, les sommets de montagne ou la faune - mais elle n'a pas un statut d'aire protégée en vertu de la Loi sur la patrimoine écologique.

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 avril 2015 10 h 25

      En effet. Si c'était vraiment une aire protégée, il n'y aurait pas une autouroute en plein milieu.

    • Pierre Bernier - Abonné 13 avril 2015 11 h 16

      Comment expliquer une telle méprise ?

    • André Chevalier - Abonné 13 avril 2015 11 h 59

      Vous avez raison, une aire protégée c'est après que les compagnie forestières aient tout rasé et offert gracieusement offert le territoire à la communauté.

    • François Fréchette - Abonné 14 avril 2015 00 h 35

      ... et j'ajouterais que l'on peut également y exploiter les ressources minérales, hydrauiques et tutti quanti. En fait, seule l'exploitation faunique ( et non les habitats) fait l'objet d'une réglementation particulière. Les autres ressources sont soumises aux règles normales applicables dans toutes les forêts du domaine public ce qui comprend certaines règles de protection pour des habitats fauniques ou des activités ou équipements touristique ou récréatifs. Les parcs nationaux bénéficient quant à eux d'une protection réelle et à titre d'information, le parc de la Jacques Cartier et le parc des Grands Jardins sont enclavés dans la réserve faunique des Laurentides.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 13 avril 2015 10 h 53

    forets ou agriculture forestière ?

    Les forêst du sud du Québec sont des ressources étroitement contrôlées par l'industrie forestière. Il y a reboisement des aires coupées, mais seulement pour les essences commerciales qui rapportent à l'industrie. Cela diminue la biodiversité, même si quelques arbres "sauvages" ne faisant pas partie des espèces reboisées parviennent quand même à pousser à travers les aires reboisées.