Manifeste pour un élan global

Les signaux d’alarme se multiplient. La survie même de notre espèce est mise en cause. Les populations d’espèces sauvages de notre planète ont diminué de moitié en 40 ans.
Photo: Gremm Les signaux d’alarme se multiplient. La survie même de notre espèce est mise en cause. Les populations d’espèces sauvages de notre planète ont diminué de moitié en 40 ans.

Un collectif de Québécois issus des milieux culturels, environnementaux, économiques, universitaires et politiques lance aujourd’hui un mouvement d’objecteurs de conscience déterminés à s’opposer à l’invasion pétrolière de notre territoire et à la destruction du climat au bénéfice de quelques-uns. Appuyés par plus de 200 citoyens de partout, y compris des représentants des Premières Nations, de tous les milieux et de toutes les générations, ils inscrivent leur dissidence devant un développement énergétique et économique non viable, injuste et antidémocratique et appellent à l’incontournable transition écologique.

Une noirceur nouvelle se répand sur le Québec. Elle a franchi les portes de notre pays. La pensée unique revient en force et s’empare de notre démocratie, elle impose une vision du monde qui colonise notre espérance. Nous nous dressons devant elle. Nous refusons.

La science est muselée chaque jour davantage. Le dogme de l’argent, de la croissance à tout prix et de ses impératifs s’empare de la raison. La parole citoyenne ploie trop souvent sous le poids de la propagande d’intérêts puissants qui s’approprient le bien commun.

La croissance infinie est impossible dans une biosphère dont les ressources sont limitées et en déclin. Celles et ceux qui prétendent le contraire prônent la pensée magique. La lucidité scientifique impose notre réveil. Elle en appelle à une grande transition écologique de notre économie.

Les signaux d’alarme se multiplient. La survie même de notre espèce est mise en cause. Les populations d’espèces sauvages de notre planète ont diminué de moitié en 40 ans. Les océans s’acidifient. Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint un seuil qui nous rapproche de l’irréversible. La science est claire : pour éviter un dérèglement irréversible de notre climat, l’essentiel des réserves de combustibles fossiles doivent demeurer enfouies dans le sol. Extraire le pétrole à notre tour devient carrément immoral dans ces circonstances.

Quel est ce monde où la création de richesses s’appuie sur l’éradication de la vie ? Nous sommes les dernières générations à pouvoir empêcher l’irréparable. Nous ne serons pas complices de l’implacable destruction de notre avenir. À ce stade de notre histoire, notre inaction est devenue le symptôme de notre échec moral.

Rien de ceci ne se fait, ne se fera en notre nom.


Dissidence
 

Devant l’urgence, nous inscrivons notre dissidence. Nous nous déclarons objectrices et objecteurs de conscience. Nous retirons notre confiance aux gouvernements qui endossent le pillage du bien commun au profit de l’enrichissement de quelques-uns.

Nous avons le devoir de résister à l’invasion systématique de notre territoire par les pétrolières et par de puissants intérêts financiers. Le Québec a fondé sa modernité sur des valeurs fondamentales, dont l’énergie propre et le partage des richesses. C’est ce que nous sommes. C’est ce que nous voulons être. Nous exigeons le respect de cette identité.

De chaque côté du Saint-Laurent, soyons celles et ceux qui éclairent le chemin et agissons.

En conséquence :

Nous exigeons la fin des projets d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures en sol québécois.

Nous refusons tout passage de pétrole à des fins d’exportation sur notre territoire, que ce soit par train, oléoduc ou navire-citerne.

Nous exigeons l’adoption par le gouvernement du Québec d’un plan crédible pour réduire notre consommation de pétrole de 50 % d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone pour 2050.

Nous exigeons que la Caisse de dépôt et placement du Québec désinvestisse le secteur des combustibles fossiles. Nous demandons aux autres gestionnaires de fonds d’investissement dont les capitaux proviennent de citoyennes et citoyens d’en faire autant. Nous agirons aussi individuellement. L’argent de nos retraites ne doit pas appauvrir nos enfants. Il doit servir à assurer leur avenir.

Nous avons la chance de vivre sur un territoire qui regorge de sources d’énergie renouvelables. Certaines ont déjà été harnachées en inondant la taïga, en déplaçant des nations autochtones, en détournant des rivières et en noyant épinettes, lichens et caribous. Il est de notre responsabilité de cesser de gaspiller cette énergie et de la faire travailler pour créer ici un modèle de transition écologique auquel d’autres emboîteront le pas.

Nous nous engageons à consommer moins, à produire mieux et à contribuer à la construction d’une économie qui permettra l’amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en protégeant l’environnement.

Nous avons tout ce qu’il faut pour écologiser et humaniser notre économie. Pour entamer la transition, mobilisons talents et ressources pour la préservation de la planète et l’épanouissement des humains qui l’habitent. Créons ensemble un autre modèle en misant sur l’avenir.

Nous sommes de plus en plus nombreux à porter la voix du changement. Restons solidaires, au-delà de toutes frontières. Participons à l’éveil démocratique, à ce nouvel élan bâtisseur et créateur qui se porte à la défense du bien commun, de l’intérêt général, et qui milite sous de multiples formes avec courage pour la suite de notre monde.

Nous ne sommes pas des colonnes de chiffres. Nous sommes l’avenir. Notre engagement et notre mobilisation portent l’espoir d’une prospérité qui ne se calcule pas qu’en dollars.

Les solutions existent. Nous avons les moyens technologiques et humains qui permettent de lancer un vaste chantier de développement véritablement durable, viable, juste et équitable. Nous avons le devoir de devenir les leaders de ce nouvel élan global qui marquera le XXIe siècle.

Le Québec a fait maintes fois la preuve de sa capacité à mener de grands changements, avec audace, sérieux et ingéniosité. Nos révolutions sont tranquilles, mais ce sont de vraies révolutions. Elles peuvent inspirer le monde entier.

Que celles et ceux prêts à s’engager dans cette aventure se joignent à nous : de Chisasibi à Port-Menier, de Salluit à Montréal, en passant par Québec, Chicoutimi, Gaspé, Ristigouche, Cacouna, Trois-Rivières et Sorel. Dans chaque ville et chaque village, avançons la tête haute. Comme dans la chanson de Vigneault, roulons comme baril de poudre, passons comme glace en débâcle. Ensemble, semons l’espoir.

Rallumons les feux le long de ce fleuve qui nous traverse et sur tout le territoire. Éclairons-nous les uns les autres, animés de l’amour de nos enfants, de notre pays et de notre planète.

Déferlons par milliers. Lançons la lutte pour le respect de la science, de la vie, de la démocratie.

L’eau du fleuve coule dans nos veines. Ne laissons pas la cupidité porter atteinte ni à la vie des bélugas ni à la nôtre.

Honorons la mémoire de nos frères et de nos soeurs disparus lors de la tragédie de Lac-Mégantic.

Apportons notre soutien aux Premières Nations dans leurs luttes pour protéger leurs territoires.

Protégeons nos enfants, nos petits-enfants et ceux et celles qui suivront.

Aujourd’hui, nous proclamons notre droit de vivre dans un environnement sain et sécuritaire.

Nous nous interposerons par tous les moyens de résistance pacifique dont nous disposons.

Nous ne nous battons pas pour la nature. Nous sommes la nature.

Nous sommes la nature qui reprend ses droits.

Rien n’arrêtera notre élan.

* Parmi les 200 signataires :

Camil Bouchard
Dominic Champagne
Jérôme Dupras pour Les Cowboys Fringants
Karel Mayrand
Gabriel Nadeau-Dubois
Éric Pineault
Annie Roy
Laure Waridel

Manon Barbeau

Christian Bégin

Claude Béland

Emmanuel Bilodeau

Serge Bouchard

Jean-Pierre Charbonneau

Léa Clermont-Dion

Édith Cochrane

Louis-Jean Cormier

Pierre Curzi

Danielle Dansereau

Alain Deneault

Yvon Deschamps

Richard Desjardins

Diane Dufresne

Catherine Gauthier

Renaud Gignac

Louis-José Houde

Marie Laberge

Micheline Lanctôt

Jean Lemire

Robert Lepage

Lucie Pagé

Mylène Paquette

Fred Pellerin

Lorraine Pintal

Lucie Sauvé

Richard Séguin

Daniel Thibault

Gilles Vigneault

«Devant l’urgence, nous inscrivons notre dissidence. Nous nous déclarons objectrices et objecteurs de conscience. Nous retirons notre confiance aux gouvernements qui endossent le pillage du bien commun au profit de l’enrichissement de quelques-uns.»

Extrait tiré du manifeste

31 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 7 avril 2015 04 h 21

    La vertu en action...

    Questions concrètes: est-ce que les signataires de ce manifeste, à titre d'objecteurs de conscience, sont prêts à refuser de payer des impôts aux gouvernements "qui endossent le pillage du bien commun"? Sont-ils également prêts à remiser leur voiture pour ne pas participer à la "destruction du climat"? De la parole aux actes...

    Michel Lebel

    • J-Paul Thivierge - Abonné 7 avril 2015 11 h 08

      On doit réduire notre dépendance pétrolière
      INCITER ; à la loi " ZÉRO ÉMISSION "
      pour cela ; Je roule électrique .
      le plus souvent possible.

    • Gilles Gagné - Abonné 7 avril 2015 18 h 42

      Appliquer ce paragraphe du manifeste n'a rien à voir avec la vertu:

      "Nous nous engageons à consommer moins, à produire mieux et à contribuer à la construction d’une économie qui permettra l’amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en protégeant l’environnement."

    • Pierre Hélie - Inscrit 7 avril 2015 19 h 29

      Vous avez manifestement un mépris infini pour ces gens que vous considérez sûrement comme des pelleteux de nuages, loin des vraies affaires (ou des vrais affairistes, c'est selon le point de vue); c'est votre droit le plus strict. Mais pour votre information, des centaines de gens qui mènent le monde (pas des politiciens, j'entends), comme les dirigeants de BlackRock, AXA Group, Legal & General Investment Management, des compagnies de réassurance et l'ex-maire de New York Bloomberg (encore trop à gauche pour vous?), disent que notre modèle de développement basé sur les énergies fossiles n'est tout simplement plus viable économiquement. Si ça n'est pas eux qui mettent fin à cette folie, ce sera la prochaine crise économique ou, qui sait, les catastrophes naturelles... Et ne me dites pas que c'est du rêve: les pays scandinaves sont capables d'avoir un excellent niveau de vie sans tout détruire.

  • Catherine Paquet - Abonnée 7 avril 2015 07 h 15

    Et la voiture...

    Combien d'entre-vous ont décidé de se passer d'une voiture à essence?

    • . Fondation David Suzuki - Abonné 7 avril 2015 16 h 57

      Cher monsieur, je suis co-auteur du manifeste et j'ai diminué ma consommation d'essence de 50%. Je roule en voiture hybride. Sur la durée totale de possession de mon véhicule j'aurai économisé 3000$. Ma prochaine sera électrique.

  • Marcel Plamondon - Abonné 7 avril 2015 07 h 17

    Je veux signer à mon tour

    Où peut-on signer le amnifeste ? Merci.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 7 avril 2015 07 h 20

    Ridicule, et surtout utopique.

    Que faisons nous des petroliers qui sillonnent la voie maritime depuis des lustres?
    J'aimerai voir autant d'empathie pour le club des petits dejeuners...De toutes manieres le port de Cacouna ( le projet port petrolier) a ma grande satisfaction , est mort et enterre.

    • Marie Nobert - Inscrite 9 avril 2015 11 h 28

      Monsieur de Ruelle, de prendre position n'est pas utopique mais un pas en avant vers un meilleur demain. L'utopie c'est de croire qu'il y aura toujours des hydrocarbures... Pourquoi ne pas faire le pas maintenant, alors qu'il est encore temps de remettre un peu d'ordre sur cette planète?

      Et, tout cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'empathie pour le club des petits déjeuners, au contraire, la lutte environnementaliste se situe à la base de la sauvegarde d'une planète nourricière pour tous.

  • Gilles Delisle - Abonné 7 avril 2015 07 h 36

    Enfin, un article rafraîchissant attendu depuis longtemps!

    Depuis un an, le peuple du Québec s'est fait asseoir dans un coin, sans possibilité aucune de dire ce qu'il pensait de la direction qu'on lui a fait prendre. Des calculateurs de toutes sortes se sont apitoyés sur ce peuple , comme jamais auparavant, dans le but non avoué d'ouvrir la porte toute grande aux grands investisseurs aux mains sales de pétrole et pilleurs de ressources comme Duplessis l'avait fait autrefois. On veut asservir le peuple , le piller de ses maigres revenus en lui expliquant qu'on était devenu la nouvelle Grèce. Pour ce faire , ils l'ont assommé de taxes, de tarifs et de nouveaux impôts, tout en lui retirant les services pour lesquels ils payaient déjà très cher. Ces intellectuels qui nous parlent aujourd'hui, sont le fer de lance du réveil nécessaire avant que nous sombrions dans le chaos insurmontable de l'appauvrissement collectif irréversible.

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 7 avril 2015 15 h 20

      Je trouve etrange les differences entre la perception et la realite. Savez vous que pour la 1iere fois dans la Province de Quebec, les ventes de SUV ( fortement plus gourmandes) ont depasse allegrement celles de voitures compactes et autres ..De plus si la tendance se maintient avec les prix du petrole qui ont l'aire de fondre plus vite que les glaces hivernales, elles ne feront que gagner du terrain. Surtout que si l'iran va peut etre si les sanctions economiques tombent des la fin juin 2015 , pouvoir inonder ce marche deja sature de petrole encore meilleure marche. Mais honnetement je ne m'en fais guere, les gouvernements sauront en tirer partie aux 3 niveaux, federal, provincial et municipal. La Nature ayant horreur du vide.
      Donc les voeux pieux et preches des neo religieux ecologistes ont interet a trouver une parade pour notre bien commun en tant que consommateur saigne aux 4 blancs et toujours avise...