Que deviennent nos amis cambodgiens?


Le régime de Pol Pot a fait plus d’un million de victimes au Cambodge. Cette touriste scrute les photos de quelques-unes d’entre elles à Phnom Penh.
Photo: David Longstreath Associated Press Le régime de Pol Pot a fait plus d’un million de victimes au Cambodge. Cette touriste scrute les photos de quelques-unes d’entre elles à Phnom Penh.

Il y a 40 ans, Pol Pot faisait évacuer Phnom Penh. Plus d’un million de Cambodgiens ont été tués par ses miliciens « fous d’égalité » ou sont morts de faim et de misère. En 1979, un petit groupe demandait à Jacques Couture, ministre de l’Immigration de l’époque, d’accueillir quelques survivants. Ce dernier a donné instruction de « sélectionner » des moines et des artistes, sachant que les intellectuels avaient été particulièrement visés par la répression des Khmers rouges. Ce même Couture a signé la requête pour la première pagode à Montréal, avec Roger Prudhomme qui avait été son sous-ministre lors de l’arrivée de milliers de ces réfugiés, malgré le fédéral qui croyait qu’ils ne pourraient jamais s’établir avec succès…

Le dimanche 28 mars, les enfants et petits-enfants de ces réfugiés avec leurs amis, dont certains sont aussi des descendants de survivants de l’Holocauste, du génocide arménien et rwandais, se rencontraient pour souligner ces anniversaires douloureux. Nous étions nombreux pour partager ces souvenirs, fiers qu’ils s’en sortent avec courage et dignité.

Madame Kathleen Weil, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, a bien souligné la qualité de l’intégration de plus de 10 000 membres de cette communauté au Québec. Mais ses conseillers auraient pu lui faire dire que cette sérénité apparente cache une difficulté de vivre encore bien présente chez les descendants de ces survivants, tel que nous l’a révélé cette mère conçue dans un camp et dont la famille a été chouchoutée par les citoyens de Varennes. Que dire à ses enfants sur la réalité de leur famille émiettée partout dans le monde ?

Grâce au Centre Khemara, à Montréal, ces jeunes et moins jeunes se rencontrent pour retrouver leur histoire et la civilisation khmère. Ils cherchent encore à comprendre ce qui s’est passé pour leur peuple. Certains retournent au Cambodge pour bien mesurer ce qu’a été le génocide, une notion si difficile à admettre quand on pratique le bouddhisme et qu’on cherche la sérénité. Ils parlent encore le khmer parce que Jacques Couture encourageait les liens communautaires entre eux, mais aussi avec tous ceux qui voulaient devenir leurs amis. C’est ainsi qu’ils étaient « nôtres » !

On pouvait sentir l’émotion dans cette rencontre qui permet de commencer à dire… le non-dit. Déjà le député Amir Khadir a avoué, comme gauchiste, le malaise face au génocide qu’a engendré l’utopie du jeune Pol Pot, formé dans les institutions françaises. Les paroles des moines ont rappelé que « toute pensée juste est source de bonheur ». Le chant de cette dame et l’animation des responsables nous laissaient voir leur volonté de sortir du marasme. Tous ont fait le lien avec la douleur du peuple syrien, mais personne n’a mentionné les Palestiniens qui le vivent depuis plus de 50 ans.

Merci à nos amis québécois d’origine cambodgienne de nous rappeler la fragilité de nos relations internationales. Nous sommes des milliers à avoir accueilli chez nous ces réfugiés qui nous font grandir comme peuple, tout en conservant leur mystère qui les rend si attachants.

2 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 3 avril 2015 11 h 05

    Un souvenir.

    J' ai eu deux de ces Cambodgiens dans ma classe au COFI de l'Estrie, une jeune fille et son jeune frère. A la fin de leur stage, ils ont raconté à la classe comment les Kmers-Rouges avaient vider la ville de Phnom Penh de ses habitants pour les envoyer vivre la misère des paysans.Personne ne les a crus. On n'avait rien vu à la télévision.Plusieurs mois après, nous avons été informé du génocide.
    Qu'on la voit ou qu'on ne la voit pas,l'humain s'habitue très vite à la souffrance des autres.
    Merci Louise de me ramener à cette tranche de ma vie.

  • Yann Ménard - Inscrit 3 avril 2015 21 h 19

    Merci pour cet article.

    J'ai complété une maîtrise en anthropologie sur le Cambodge et sur l'Asie du Sud-Est.
    Vous faites bien de nous rappeler et de souligner l'apport de cette immigration. Une qui rops souvent passe sous le radar, alors que malgré toutes nos différences culturelles, ces individus et familles se sont intégrés ici dans l'harmonie.