Décès de Ronald Asselin

Militant péquiste de la première heure, Ronald Asselin (à l'avant-plan) avait fait de René Lévesque son idole. 
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Militant péquiste de la première heure, Ronald Asselin (à l'avant-plan) avait fait de René Lévesque son idole. 

Le syndicaliste Ronald Asselin est décédé récemment à l’âge de 84 ans. Voici quelques notes pour remémorer des faits d’armes de ce personnage hors du commun.

Donald avait la fibre patriotique développée. Il avait été éduqué par une mère nationaliste, et son instinct de bagarreur s’était éveillé lorsque des rixes éclataient épisodiquement entre des groupes de jeunes francophones et anglophones dans les faubourgs de Verdun. Militant convaincu, il a été, durant ses études, un des principaux animateurs de la campagne victorieuse pour obtenir la francisation de l’hôtel Queen Elizabeth. Ses aptitudes de meneur ont été mises à l’épreuve dès la vingtaine alors qu’il a dirigé plusieurs autres campagnes pour défendre la langue française en tant que vice-président national de l’Association de la jeunesse canadienne-française. Il aimait particulièrement se rappeler celle qui a permis de doter de bibliothèques les écoles francophones de la région de Pontiac alors régentée par une communauté anglophone hostile au fait français. « Nous avons recueilli des milliers de livres un peu partout à Montréal et nous sommes arrivés là-bas avec deux camions remplis à ras bord de bouquins », racontait-il. Militant pour la fondation des Amis du Devoir, il se rendait fréquemment au journal. Lorsqu’il croisait le directeur de l’époque, Gérard Filion, ce dernier lui lançait de sa voix de stentor un « Bonjour, jeune homme » bien senti.

Puis, en 1960, il a été embauché comme commis à la Régie des alcools qui, connue jusque-là sous le nom de Commission des liqueurs, était un des pires « niques à patronage » de la fonction publique. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en 1964, alors que les syndicats dont nous étions membres étaient tous deux en grève. Lui à la Régie des alcools où il venait de découvrir le syndicalisme et moi comme journaliste à La Presse, essoufflé par un conflit de sept mois. Depuis, nous avons été des amis inséparables, que ce soit à la CSN pendant les nombreuses années où il a été président du Syndicat des employés de magasins et de bureaux (SEMB) de la Société des alcools alors que j’oeuvrais au Secrétariat d’action politique de la centrale ; aussi bien qu’après notre retraite à la fin des années 1990. Cela ne nous a pas empêchés de diverger d’opinion sur la question nationale et d’en discuter passionnément jusqu’à laisser croire à des témoins non avertis que nous étions des ennemis jurés. Ronald militait au Parti québécois parce qu’il était convaincu qu’il était le seul capable de réaliser la souveraineté. Il a même recruté de nouveaux membres récemment. Quant à moi, j’ai cessé de voter péquiste dans les années 1990 lorsque j’ai estimé que ce parti s’était transformé en vassal du néolibéralisme, principal obstacle à l’atteinte d’une véritable indépendance. Je milite maintenant à Québec solidaire.

Le combatif président du SEMB de la Société des alcools, qu’a présidé Ronald à compter de 1970, a eu une histoire mouvementée parfois même héroïque. En 1964, premier dans le secteur public à se prévaloir du droit de grève que le nouveau Code du travail avait accordé aux fonctionnaires, il est également sorti en grève lors des cinq négociations suivantes, soit en 1968, 1972, 1976, 1979 et 1985. La plupart de ces conflits ont été interminables se transformant parfois en cauchemars.

Militant péquiste de la première heure, Ronald avait fait de René Lévesque son idole. Mais, paradoxalement, c’est le gouvernement du Parti québécois qui a fait la vie la plus dure à son syndicat aussi bien lors du conflit de 1979 que lors de la guerre de corsaires qu’il lui a livrée vainement pendant quatre ans pour privatiser la SAQ. En 1979, après avoir occupé la permanence du parti, le Syndicat a inscrit l’iconoclaste slogan « Le PQ dans le Q » sur les pancartes de ses piquets de grève. Ronald s’est même présenté au congrès du PQ pour déclarer qu’il ne comprenait pas qu’un parti censé avoir un préjugé favorable aux travailleurs agisse de cette façon. Quelques mois plus tard, lors du référendum de 1980, ses convictions souverainistes ont toutefois prévalu sur sa rancoeur et le SEMB-SAQ a été un des premiers syndicats à former un comité pour le Oui.

Ronald a eu un destin peu commun. Leader syndical populiste au verbe coloré et à la répartie dévastatrice, il a été un bagarreur infatigable doublé d’un habile stratège, tel que le décrit si bien Pierre Godin dans son livre La révolte des traîneux de pieds relatant l’histoire du Syndicat. Comme son ami Michel Chartrand, rien ne l’arrêtait quand il s’agissait de défendre les droits des travailleurs et de leur redonner leur dignité bafouée par un capitalisme sauvage.

Salut, vieux frère !