Le discours prétendument confus des étudiants

On critique les étudiants, on les accuse d’être peu éloquents, mais on ne leur donne pas la parole. Le seul moyen restant est la rue.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir On critique les étudiants, on les accuse d’être peu éloquents, mais on ne leur donne pas la parole. Le seul moyen restant est la rue.

Il serait temps de mettre un point au clair : les étudiants ne sont pas confus. Ils ne sont pas non plus inconscients, inconsistants et nuls en communication. De nombreux commentateurs, chroniqueurs et journalistes veulent à tout prix discréditer le mouvement étudiant. Il n’est donc pas étonnant de vivre ce que nous avons déjà vécu en 2012.

La première erreur que font les médias, et par conséquent ceux qui répètent ad nauseam leurs propos, est de penser que le mouvement étudiant est un bloc monolithique uni et militant pour les mêmes causes. Or, c’est on ne peut plus faux.

Chaque association étudiante a ses propres motivations. Leurs revendications résument les préoccupations de leurs membres, telles qu’elles furent votées en assemblées. Les assemblées générales sont longues justement parce que chaque étudiant a droit de parole, peut exprimer ses inquiétudes et proposer des actions. Lorsque la grève est votée, c’est lorsqu’il y a eu consensus. Cela ne veut pas dire que tous approuvent ce qui a été voté et y adhèrent entièrement. En démocratie, ça n’arrive jamais. Réduire le mouvement étudiant à une simple dichotomie entre les « rouges » et les « verts » ou encore les « rouges » contre le gouvernement est faire preuve de raccourci intellectuel grossier. C’est une mauvaise habitude aux relents de manichéisme que d’aborder de tels conflits de façon binaire.

On ne leur donne pas la parole

Cela montre que très peu de ceux qui couvrent les événements prennent le temps de parler avec les étudiants (nous en avons eu un très bel exemple la semaine dernière avec le faux pas de Mme Sophie Durocher et de M. Richard Martineau). On les critique, on les accuse d’être peu éloquents, mais on ne leur donne pas la parole. Le seul moyen restant est la rue.

Pour reprendre les propos de Noam Chomsky, les discours qui sont à contre-courant de ce qui est véhiculé par les médias de masse requièrent des explications pour être compris. Or, cela n’est pas possible lorsque le temps alloué à ce genre de nouvelle est de quelques minutes entre deux annonces publicitaires. Une affiche percutante comme « Fuck Toute » mérite un argumentaire, certes, mais qui s’est proposé pour l’entendre ? Les manifestants ont, avec raison, de la suspicion envers les médias de masse qui n’hésitent pas à déformer leurs propos, à ridiculiser leurs revendications et à grossir de manière éhontée les gestes des casseurs qui sont rarement étudiants.

Une suite logique

Peut-on réellement dire que les étudiants sont inconsistants alors qu’ils manifestent pour l’intérêt de l’ensemble de la société et contre les mesures d’austérité, trois ans après avoir milité pour des compressions qui les affectaient directement ? Non, c’est même une suite tout à fait logique. Est-ce que l’on peut dire qu’ils sont nuls en communication s’ils n’ont accès à aucune tribune médiatique leur permettant d’expliciter leur argumentaire ? Non plus. Au lieu d’entrer en dialogue avec ses citoyens — parce que, n’en déplaise à beaucoup, les étudiants sont des citoyens et bien souvent des travailleurs —, le gouvernement les réprime et tente de faire taire leur voix.

Pour ce qui est d’être confus, c’est plutôt les commentateurs qui le sont. Répéter que l’on ne comprend pas, mais ne faire aucune action pour remédier à la situation est une méthode qui mène rarement loin. Non, les étudiants ne sont pas confus. Ils savent très bien pourquoi ils militent. Chacun d’entre eux a ses raisons, beaucoup sont communes, il suffirait de réellement les écouter.

33 commentaires
  • Jocelyn Roy - Abonné 30 mars 2015 06 h 40

    Ces vieux qui oublient...

    Vous avez entièrement raison Mme Rondeau. Il faut comprendre également que certains "vieux" oublient l'importance de la mobilisation étudiante même si elle en "mène large". Le dicton dit qu'on s'assagit avec le temps, qu'on devient un peu plus conservateur avec l'âge... On n'a qu'à se rappeler mai 68, et tous les soulèvements étudiants de cette époque. On ratissait large également !

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 30 mars 2015 14 h 52

      Je connais malheureusement beaucoup de jeunes (moins de 45 ans, et un grand nombre dans la vingtaine) qui vouent une haine sans borne à ces "fauteurs de troubles".

  • Denis Marseille - Abonné 30 mars 2015 06 h 44

    Arrêtez de fesser sur notre jeunesse!

    Ne lâchez pas. Vous êtes notre jeunesse. Votre propos est clair et concis. Vous êtes la preuve vivante que l'éducation et la culture fait de nous de meilleurs citoyens.

    Je suis fatigué et rompu, mais s'il le faut, je me présenterai afin de manger les coups que vous ne méritez pas.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 mars 2015 18 h 26

      D'accord avec vous que la brutalité policière n'a pas sa place dans une démocratie. Et on aimerait tous que les forces policières arrêtent de tabasser nos jeunes qui sont dans la rue. Ceci étant dit, même si la lettre de Mme Rondeau est bien écrite, on aimerait encore savoir pourquoi les étudiants font la grève. Nulle part dans cette missive poétique, elle nous fait part de faits convainquants à part l'éternel généralisme de faire un monde meilleur. Tant qu'à protester, pourquoi pas de l'hiver long et froid de cette année.

      Sécher ses cours en signe de protestation ou non, est ridicule. C'est un service que la population offre presque gratuitement et ils en sont les premiers bénéficiaires. Et cette action ridicule ne changera en rien politiquement parlant pour la société qu'ils pensent aimer. La seule différence si situe au niveau du coût que les contribuables devront défrayer puisque les étudiants ont décidé de protester pour protester et que ceux-ci devront payer pour une autre année supplémentaire pour parfaire leur éducation. Pour ceux qui ont commencé en 2012, ce sera presque deux ans.

      Désolé, je ne manifeste aucune haine pour les syndicats, aucune pour les mouvements sociaux, aucune pour les défenseurs de l'environnement, et surtout aucune envers les tenants de l'indépendance du Québec. Bien au contraire, je suis pour l'indépendance du Québec, mais ce concept noble semble échapper à une grande majorité de nos étudiants gauchistes en grève. Les gens de l'ASSÉ n’ont pas pensé que pour qu’il y ait une justice sociale, une communion sociétale et pour un véritable développement économique de la nation québécoise, et bien, il faudrait commencer par ne pas vivre dans la maison de l’autre.

      Et les changements sociaux envisagés par nos grévistes ne seront jamais au rendez-vous tant et aussi longtemps que le Québec ne possédera pas les leviers économiques, juridiques, sociaux, législatifs et surtout politiques pour prendre sa place au sein des nations.

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 mars 2015 21 h 01

      À Cyril Dionne qui nous dit..


      «Les changements sociaux envisagés par nos grévistes ne seront jamais au rendez-vous tant et aussi longtemps que le Québec ne possédera pas les leviers économiques, juridiques, sociaux, législatifs et surtout politiques pour prendre sa place au sein des nations.»-Cyril Dionne

      M. Dionne,

      Il faut vraiment être déconnecté de l'Histoire du Québec pour ne pas savoir que toute la social-démocratie du Québec a été construite à l'intérieur du régime fédéral durant la Révolution tranquille, et que se sont les néolibéraux du PQ et du PLQ qui ont délibérément mis la hache dedans, non pas à cause du fédéral, mais à cause du choix politique et économique de défendre les intérêts des entreprises au détriment des intérêts du peuple.

      Accuser le fédéral pour le cumul d'une dette, alors qu'il y a désormais des décennies que le Québec se prive lui-même de plus de 10 milliards de revenus par année ne tient pas la route.

      Calculé ça comme vous voudrez..

      10 milliards par année en manque à gagner et ça vous donne exactement la somme totale de la dette du Québec en 20 ans.

      Christian Montmarquette

      .

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 mars 2015 22 h 04


      «On aimerait encore savoir pourquoi les étudiants font la grève»-Cyril Dionne

      - Comment ne pas être au courant des revendications sociales des étudiants après tout ce qui circule ?

      Les étudiants conteste les politiques d'austérité.

      - Ça fait 20 ans M. Dionne que les gouvernements néolibéraux nous assomment avec la dette et imposent des politiques d'austérité et de «déficit zéro» au peuple, pendant qu'il graissent les entreprises privées à coups de milliards avec de l'argent public qui devraient servir aux «services publics»

      Pour plus d'informations, je vous invite à visionner la vidéo ci-dessous du « Comité de sensibilisation du cégep Garneau » :

      Christian Montmarquette

      Référence :

      « Comité de sensibilisation du cégep Garneau » :

      https://www.facebook.com/video.php?v=866027300129215&pnref=story

      .

  • Clermont Domingue - Abonné 30 mars 2015 06 h 46

    Solidaires

    J'ai 76 ans. Je marche avec vous parce que je connais vos revendications et je les approuvent.Nous vivons une mauvaise époque où la bêtise et l'argent triomphent. Soyons solidaires et tenaces,les bourgeois sortiront lentement de l'ignorance...
    L'argent n'est pas une valeur en soi, c'est un moyen qui doit servir à bâtir nos solidarités.
    Proposons une échelle de valeurs à la foule confuse:la vie, la vérité, la fraternité,la justice,le partage, le courage,l'égalité homme-femme et la neutralité de l'État.
    Vous êtes la valeur première et la plus importante:la vie

  • Simon Pelletier - Abonné 30 mars 2015 06 h 54

    Comprendre?

    Ça ressemble à ''J'essaierais bien de te l'expliquer, mais tu ne le comprendrais pas''

  • Michel Lebel - Abonné 30 mars 2015 07 h 24

    Le bien commun

    Faut-il qu'un gouvernement dise toujours oui à une ou des revendications d'un groupe de pression, formé d'étudiants ou non? Le droit de manifester existe évidemment et les étudiants l'exercent pleinement; le gouvernement sans doute les entend, comme tous et chacun.
    Mais le gouvernement démocratiquement élu a aussi l'obligation de gouverner pour l'ensemble de la population, pour le bien commun. Ce qu'il essaye de faire, je n'en doute point. Comme tout gouvernement responsable.


    Michel Lebel

    • François Dugal - Inscrit 30 mars 2015 08 h 00

      Monsieur Lebel, permettez-moi cette question : quelle est votre définition du "bien commun"?
      Peut-être que les manifestants sont dans la rue pour défendre leur propre conception du "bien commun"?

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 mars 2015 08 h 08


      «Le gouvernement démocratiquement élu a aussi l'obligation de gouverner pour l'ensemble de la population..» - Michel Lebel

      Elle est bien bonne celle-là!

      - Mentir serait-il devenu démocratique?

      Les libéraux font ce qu'il n'ont pas dit qu'ils feraient, et ne font pas ce qu'ils ont dit qu'ils feraient! Et c'est «ça» que vous appelez «la démocratie»?

      1) Jamais les libéraux n'ont demandé le mandat d'imposer un régime d'austérité..

      2 ) Les libéraux ne livrent pas les 250,000 emplois qu'ils se sont engagé à créer.

      Ajuster votre jugement M. Lebel.

      Ce sont les gouvernements eux-mêmes qui ne respectent ni leur mandat, ni la démocratie. Et les étudiants, comme une bonne part de la population, ont parfaitement raison de se révolter, pour l'exiger, ce respect des engagements et de la démocratie dont vous semblez être complètement aveugle.

      Par chance, ils existent encore des gens qui voient clair et qui luttent contre les abus du gouvernement.

      Les citoyens ne débarquent pas dans les rues par milliers pour le plaisir de prendre une marche, en risquant de se faire tirer par la police ou coller des contraventions de 600$

      Christian Montmarquette

    • Luc Normandin - Abonné 30 mars 2015 08 h 58

      Vous devriez faire dans l'humour monsieur Lebel, je suis certain que vous y auriez un certain succès!

    • Michel Lebel - Abonné 30 mars 2015 10 h 24


      Au Québec, dans certains milieux, on ne pense guère, on ne fait que réagir émotivement aux événements. Sans oublier l'insulte évidemment! Et on part et on s'arrête... au mentra suivant: toute décision du gouvernement actuel est intrinsèquement mauvaise. La discussion est alors close. Quelle belle démonstration de bon jugement!

      M.L.

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 mars 2015 15 h 54

      Que le gouvernemet ait tort ou raison, monsieur Lebel, ce n'est jamais une raison pour tirer à bout portant sur les manifestants pacifiques, qui ne font qu'occuper une rue (alors que la police boucle tout le quartier).

    • Michel Lebel - Abonné 30 mars 2015 17 h 16

      @ Sylvain Auclair,

      Je ne suis pas un idiot! Je n'ai jamais dit que la police de Québec avait raison de tirer à bout portant sur une manifestante! Ce fut une très regrettable bavure policière, mais il faut en revenir!

      Si les manifestations continuent à se dérouler de façon aussi anarchique, d'autres bavures sont hélas à prévoir. Pour des raisons politiques, certains semblent rechercher l'affrontement. C'est ainsi dans notre société. Les ordres du jour ne sont pas tous identiques!

      M.L.

    • Sylvain Auclair - Abonné 31 mars 2015 10 h 57

      Monsieur Lebel,
      Ce sont toujours des bavures. La police bloque la manif, se fait intimidante, fonce sur les manifestant, leur ordonne de se disperser en bloquant toutes les issues et finit par tabasser et arrêter tout le monde. Elle rend violente ce qui était une manif pacifique au départ.
      Qu'on arrête de sortir l'anti-émeute à chaque manif, et ça ira beaucoup mieux.