Pour une politique d’informatique durable

Il faudrait adopter une politique d’informatique durable basée sur le logiciel libre, comme l’Écosse l’a fait en 2007.
Photo: Thinkstock Il faudrait adopter une politique d’informatique durable basée sur le logiciel libre, comme l’Écosse l’a fait en 2007.

La sphère médiatique ne manque pas de déclarations concernant le « bordel informatique » au gouvernement du Québec, certains — comme la Coalition avenir Québec et le Parti québécois — appelant même une commission d’enquête. À défaut d’avoir la légitimité qui m’autoriserait à prodiguer des conseils, je me permets de formuler ce que je crois être une opinion citoyenne forte : dans ce contexte d’austérité et de précarité économique généralisée, il est grand temps que le Québec se dote d’une politique d’informatique durable.

La présente s’adresse d’abord à la classe politique, mais également à tous les décideurs sur le terrain, ces directrices et directeurs d’écoles et autres organismes publics. Et elle se résume ainsi : comment est-il possible, dans le contexte économique actuel, de ne pas considérer les économies liées à la mise en commun de ressources informatiques dans les services publics ?

Le logiciel est au XXIe siècle ce que l’environnement était au XXe : un sujet fondamental, mais largement sous-estimé. Le logiciel, c’est l’intelligence d’à peu près tout ce qui articule nos vies modernes : nos ordinateurs et téléphones polyvalents, certes, mais aussi l’ensemble des services dont se sont dotées nos sociétés.

On peut considérer le logiciel comme une simple commodité, une boîte noire qui nous permet d’accomplir nos tâches. Rares sont ceux qui savent ce qui se cache derrière ces boîtes noires — le code source —, et pour cause : il appartient à des organisations qui ne le partagent pas puisqu’il constitue leur « propriété intellectuelle ». Les utilisateurs de ces logiciels, dits « propriétaires », sont à la merci des fournisseurs. L’informatique propriétaire relève du domaine du consommateur.

On peut aussi considérer le logiciel comme de la connaissance, du bien commun. Dans le monde de l’informatique libre, le code source est accessible. L’utilisateur qui le désire peut le comprendre et même le modifier. En tant que bien commun, il devient un outil plutôt qu’une dépendance. L’informatique libre donne à l’utilisateur la possibilité de transcender l’état de consommateur dans lequel l’informatique propriétaire le confine pour en devenir partie prenante. Elle relève donc du domaine du producteur et c’est ici que réside l’intérêt pour nos organisations publiques, celles dont nous finançons le développement à même nos taxes et nos impôts.

Un changement de comportement

Traditionnellement, l’acquisition d’un système informatique démarre par un appel d’offres. Le plus bas soumissionnaire obtient le contrat de déployer son système — le plus souvent propriétaire — et le client n’a très souvent pour seule emprise sur le processus que d’en gérer l’implantation.

L’informatique libre permet au client de minimiser certains risques, notamment ceux liés à une dépendance à un fournisseur exclusif. Les risques opérationnels peuvent être d’autant réduits par une mutualisation des compétences : une commission scolaire qui déciderait de migrer vers la suite bureautique Libre Office, par exemple, pourrait compter sur la compétence ou l’expérience d’une autre commission scolaire qui a déjà fait l’exercice ou qui se propose de le faire.

L’informatique libre n’est toutefois pas une panacée. Sans une logique de partage et de collaboration, elle peut même engendrer des silos opérationnels, et de là une dépendance tout aussi gênante que celle engendrée par les logiciels propriétaires. Les organisations qui réussissent leur migration vers le logiciel libre ont accepté au préalable un changement de comportement, une véritable réingénierie de leurs processus d’affaires.

Informatique durable

On dit du développement durable qu’il s’appuie sur une vision à long terme qui prend en compte le caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale et économique des activités de développement. La logique de bien commun logiciel qui sous-tend l’informatique libre est fondée sur un partenariat à long terme. Lorsque plusieurs clients et producteurs regroupent leurs expertises et contribuent au bien commun logiciel, une forme d’informatique durable, axée sur une communauté qui agit de manière collaborative, devient possible.

Comment inculquer au Québec une logique d’informatique durable ? D’abord, on doit exiger l’utilisation de formats de données ouverts et normalisés. Pour les documents, l’Organisation internationale de normalisation (ISO) a publié le format «.odf ». Voilà une action concrète que vous, Mesdames et Messieurs les politiciens, pouvez mener.

Un préalable à l’adoption de formats ouverts est bien entendu que les organisations acceptent de changer leurs processus d’affaires qui dépendent de formats de données propriétaires. La ville de Munich est un bel exemple à ce chapitre. Après 10 ans de travail, de consultations, d’essais et d’erreurs, la ville a terminé l’an dernier la migration de la très grande majorité de ses quelque 15 000 postes de travail vers du logiciel libre. Faits saillants de l’exercice : économies de 11 millions d’euros et plus de 55 % du budget total de 34 millions d’euros est demeuré dans l’économie locale.

Ensuite, il faudrait adopter une politique d’informatique durable basée sur le logiciel libre, comme l’Écosse l’a fait en 2007. À l’heure où l’on s’interroge sur la façon d’attirer les jeunes dans la fonction publique, quoi de mieux que de leur proposer de créer l’informatique de demain ?

La précarité de nos sociétés requiert un changement de comportement. Quoi qu’on en pense, une politique d’informatique durable basée sur des formats de données ouverts et le bien commun logiciel fait partie de la solution aux grands maux de notre époque avec, à la clef, des économies, mais surtout l’indépendance technologique.

3 commentaires
  • Michel Thériault - Inscrit 27 mars 2015 19 h 44

    Enfin !

    Le gros bon sens finira-t-il par triompher au gouvernement ?
    J'en doute.

    • André Le Belge - Inscrit 27 mars 2015 22 h 09

      Pantoutte, le logiciel libre, c'est pas rentable pour les p'tits zamis!

  • Armand Roy - Abonné 27 mars 2015 20 h 26

    Le gouvernement n'écoute pas.

    Tout l'argent pour l'informatique passe par la "fenêtre".