Réplique à un texte de Christian Rioux - Le salut par l'impérialisme

«Faut-il rappeler que l'empire n'est pas toujours un mal?», écrit le néo-impérialiste Christian Rioux dans Le Devoir des 6 et 7 décembre. Dans cet article sous-titré «Comment le Québec passe à côté du débat sur l'Irak», il approuve la guerre et l'occupation, pudiquement appelées «présence militaire essentielle au Moyen-Orient».

Avec force petites phrases faisant en apparence la part des choses, l'auteur souscrit d'emblée à la politique impérialiste américaine. En homme qui sait ce que c'est qu'un vrai débat, il fait quelques concessions de façade qui ne changent en rien ses conclusions. Pour gober tout ce que M. Bush raconte, il serait plus simple de ne pas faire tant de manières. Par le propos le plus sinueux du monde, M. Rioux appuie à l'évidence le gouvernement américain actuel, son arrogance belliqueuse, sa volonté d'hégémonie, ses motivations inavouables et inavouées, cauteleusement cachées derrière le mot «démocratie», de plus en plus utilisé par Washington pour blanchir ses violences de braqueur international.

Mais qui donc se place à côté du débat? Voyons ce que passe sous silence le représentant du Devoir à Paris. Rien, quelques petites données sans importance. Entre autres, les détails que voici.

- Les principales raisons de la «présence militaire essentielle» en Irak: faire main basse sur des ressources inouïes de pétrole et agrandir l'espace impérial des États-Unis. (Bush non plus ne dit jamais un mot de ceci ni de cela.)

- L'extrême danger de laisser se constituer dans le monde une volonté de domination universelle; la nécessité pour les puissances de résister éventuellement à cette volonté; les tensions internationales énormes et périlleuses qui, à terme, se développeront en conséquence; le germe de guerre réintroduit dans le monde à cette échelle par les États-Unis.

- La course universelle aux armements et la construction de dispositifs adéquats de défense pour y faire face; les coûts infinis de cette course. Ces coûts ont reporté aux calendes grecques une politique écologique absolument vitale pour l'avenir de l'humanité et déjà si dangereusement tardive.

- Le sens véritable du prétendu «droit d'ingérence», applaudi par M. Rioux: celui de servir de prétexte à l'invasion de tout pays qu'il s'agit de piller et de mettre de force dans le camp des Américains.

- L'usage on ne peut plus galvaudé du mot «démocratie», utilisé par Bush pour couvrir n'importe quoi (invasions, occupations, exactions à l'échelle de pays tout entiers) et repris pieusement par M. Rioux pour bénir cette extorsion sémantique impériale.

Bref, la grande ouverture! Le triomphe de la discussion objective! Ne rien occulter! Tout exposer!

En nourrissant le débat, il est évident que les Québécois dont parle M. Rioux l'appauvrissent et que ce dernier, en purgeant la discussion des plus grandes objections dont il puisse s'agir, lui donne au contraire substance. Le produit qu'il nous sert exhale des relents des conversations parisiennes que l'on sait, nouvelle école, «nouveaux philosophes» (au demeurant les mêmes qu'il y a 15 ou 20 ans). Leur dernière invention: le néo-impérialisme. «Empire d'un nouveau genre», explique M. Rioux. «Force hégémonique radicalement différente des puissances coloniales.» Autrement dit, impérialisme d'avant-garde. Démocratique. Moderne. Philosophique. Humanitaire. Américain.