Savoura, plus qu’une simple faillite, un recul pour le Québec

Le dépôt du bilan de l’entreprise Les Serres du St-Laurent, propriétaire de la marque Savoura, a été effectué vendredi dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le dépôt du bilan de l’entreprise Les Serres du St-Laurent, propriétaire de la marque Savoura, a été effectué vendredi dernier.

L'onde de choc s’est fait sentir vendredi lors de l’annonce du dépôt du bilan de l’entreprise Les Serres du Saint-Laurent, propriétaire de la célèbre marque Savoura.

Productrice de tomates en serre depuis plus de 25 ans, l’entreprise représentait plus qu’un symbole, un phare au sein de l’industrie serricole au Québec. La notoriété de la marque est incontestable, et peu de Québécois s’intéressant un tant soit peu à la provenance des aliments pouvaient identifier la populaire tomate. Que s’est-il donc passé pour que ce fleuron de notre agriculture en arrive là ? Quel message nous envoie ce malheureux constat ? Ces questions méritent que l’on s’arrête un peu si l’on ne veut pas assister encore à la disparition des quelques hectares de production en serre dont nous disposons au Québec.

Sous représentation gênante

Le Québec dispose de plus ou moins 100 hectares en production maraîchère en serre alors que l’Ontario en a plus de 1000. Le Québec représente 6,8 % de la production totale au Canada alors qu’il constitue 23 % de la population, une sous-représentation gênante qui contribue à creuser notre déficit commercial par rapport aux autres provinces canadiennes.

La production ontarienne est de neuf fois plus élevée, elle partage donc avec la Colombie-Britannique 87 % du marché canadien. Finalement, la tomate et la laitue constituent principalement la production québécoise alors que la diversification est plus marquée dans les autres provinces. Notre seule petite avance est constituée de l’expertise en production biologique en serre que quelques producteurs visionnaires ont su développer pour se donner un avantage concurrentiel face au géant de l’Ontario et du Mexique.

Le mythe de la température

« Le Québec est trop froid pour avoir une production compétitive. » Faux ! Totalement faux ! L’avènement des énergies alternatives telles que la biomasse et les rejets thermiques a eu raison de ce mythe. Le programme mis en place par l’Agence d’efficacité énergétique lié à la conversion des systèmes de chauffage utilisant des énergies fossiles a été un vent d’air frais pour l’industrie. Espérons qu’ils seront reconduits, voire bonifiés. Du reste, les ressources énergétiques dont nous disposons ne devraient-elles pas contribuer à positionner notre industrie serricole au sommet de la production nord-américaine et ainsi mettre en place une solution concrète et réaliste pour augmenter la quantité de produits d’ici dans le panier d’épicerie des Québécois ?

En clair : qu’est ce que l’aluminium et la grande industrie possèdent pour avoir mérité des contrats d’approvisionnement énergétique demeurés secrets à ce jour ? Qu’ont-ils que l’agriculture n’offre pas en matière de croissance économique ? Le secteur agroalimentaire au Québec représente des dizaines de milliards de dollars, maintient des centaines de milliers d’emplois. Il est démontré que la culture en serre pourrait devenir un facteur de croissance important pour notre agriculture et qu’elle est l’une des solutions crédibles à notre autosuffisance alimentaire. Qu’attendons-nous pour prendre le train du développement agroalimentaire que nous regardons passer chez nos voisins ontariens, alors que nous avons l’énergie nécessaire pour le faire aller encore plus loin et plus vite ? Qu’attendons-nous pour être fiers de notre agriculture et comprendre que, dans chaque produit d’ici, on trouve inscrites les valeurs liées à notre santé, à notre environnement, à nos conditions de travail, etc. ?

Le rôle des consommateurs

En tant que consommateurs, nous avons un rôle à jouer pour appuyer notre agriculture et notre industrie de transformation alimentaire. Chaque geste que nous faisons devant les étals des marchés d’alimentation a le pouvoir de changer les choses.

Aujourd’hui, plusieurs projets d’expansion sont sur la table en Ontario pour faire avancer l’industrie de la culture en serre alors que l’un de nos fleurons est en train de disparaître. Attendons-nous qu’un important producteur ontarien débarque au Québec, ce qui ouvrirait inéluctablement une porte directe à l’importation de produits ontariens et mexicains ?

Hydro One, gestionnaire de l’électricité en Ontario, envisage un investissement de 500 millions dans la région de Leamington pour favoriser le développement de la culture en serre. Mastronardi, un des plus importants producteurs canadiens basés en Ontario, construit au Michigan près de 20 hectares consacrés à la culture du poivron. Parallèlement à cette vague d’investissements, Savoura bat de l’aile et quelques projets peinent à avancer au Québec, faute d’une véritable volonté collective d’appuyer de façon marquée le développement d’une industrie au potentiel gigantesque. Espérons seulement que des gestes concrets seront faits rapidement afin de réduire l’important retard accumulé par le Québec et d’éviter que le goût amer de l’importation envahisse nos assiettes.

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