Un investissement stratégique indispensable pour le Québec

Le voilier océanographique «Sedna IV» est une plateforme scientifique pour les chercheurs du Québec et des quatre coins du globe.
Photo: Le Dernier continent Le voilier océanographique «Sedna IV» est une plateforme scientifique pour les chercheurs du Québec et des quatre coins du globe.

Monsieur le premier ministre,

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai suivi la mobilisation initiée par l’Association francophone pour le savoir (Acfas) au mois de novembre afin de souligner l’importance sociétale et économique du financement des activités de recherche. Depuis, c’est plus de 6000 chercheurs et utilisateurs de la recherche qui ont répondu, comme moi, à cet appel pour revendiquer le maintien de ce que nous considérons comme un investissement stratégique que le Québec ne peut négliger dans un contexte d’austérité. Cette lettre, de même que de possibles coupes en culture scientifique et en recherche dans le cadre du prochain budget du gouvernement du Québec, m’interpelle donc particulièrement en tant que biologiste et vulgarisateur.

Depuis maintenant plus d’une décennie, je parcours la planète afin de sensibiliser la population aux changements climatiques et à l’utilisation abusive de nos ressources naturelles. Or, si j’ai pu constater et relater la fragilité actuelle de nos écosystèmes, c’est d’abord et avant tout grâce aux résultats des travaux des chercheurs que le Sedna IV a accueillis au cours de toutes ces années. L’importance de ce navire n’est en effet pas seulement cinématographique : il s’agit d’abord et avant tout d’une plateforme scientifique pour les chercheurs du Québec et des quatre coins du globe. Dans un pareil contexte, leur travail est crucial pour ouvrir la réflexion sur des pistes de solutions, mais aussi, et surtout, pour recueillir des images qui seront diffusées par la suite à un très large public.

Plus près de nous, c’est principalement grâce aux travaux de chercheurs d’ici que la question de l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, de la préservation des bélugas de la région de Cacouna et de celle des paysages exceptionnels de l’île Anticosti a pu être l’objet de véritables débats. Des réflexions de société nécessaires qui découlent directement des investissements passés de nos gouvernements auprès des universités et des instituts de recherche.

Plus largement, je crois sincèrement que l’essor de nos sociétés modernes réside dans la formation des décideurs de demain. C’est pourquoi je mets beaucoup d’efforts pour que les résultats de nos expéditions soient accessibles aux jeunes, par le biais de conférences et de reportages. C’est aussi pourquoi je suis sidéré d’apprendre que nos universités sont contraintes de diminuer leur offre de cours et leurs services de soutien à la réussite, à la veille d’autres coupes importantes. Cette réorganisation risque en effet d’affecter de façon importante la qualité de la recherche au sein de nos établissements d’enseignement. Or, pour répondre aux défis globaux auxquels nous avons à faire face de nos jours, il ne fait aucun doute à mes yeux que le Québec se doit de demeurer un chef de file international en matière de performance en recherche.

C’est pourquoi, par cette lettre, je demande au gouvernement du Québec d’assurer un financement adéquat et sur le long terme à la recherche afin que celle-ci puisse réaliser sa mission première : relever les grands défis d’aujourd’hui et de demain.

2 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 28 février 2015 09 h 20

    merci Monsieur Lemire.

    Si "pour répondre aux défis globaux auxquels nous avons à faire face de nos jours, il ne fait aucun doute à mes yeux que le Québec se doit de demeurer un chef de file international en matière de performance en recherche", tel vous le dites en toute justesse, il n'en est rien pour faire en sorte que les profits déjà gigantesques des financiers puissent continuer à croître de manière exponentielles.
    Malheureusement.
    Merci de votre courageux texte, Monsieur.

  • Carmen Labelle - Abonnée 1 mars 2015 01 h 37

    Monsieur Lemire, d'abord un grand merçi de votre apport à la science de l'environnement et des changements climatiques. Malheureusement, je ne crois pas que nos premiers ministres actuels ,soient-ils provinciaux ou fédéraux, soient le moindrement sensibles aux arguments de scientifiques et d'humanistes comme Jean Lemire. Arrêtons de gaspiler notre salive et notre énergie à les supplier. Il faut reprendre en main la démocratie et exiger que ceux que nous élisons et dont nous payons le salaire de nos deniers défendent nos intérêts ou démissionnent! Il faut continuer à informer la population, à diffuser l'information, et recourir s'il le faut à des financements citoyens , puisque nos représentants pour l'instant s'évertuent à baïllonner les évidences