L’accès aux soins de santé sera mis à mal

Photo: Huntstock

Monsieur le Ministre de la Santé Gaétan Barrette, il est absolument vrai que l’accès à un médecin de famille et aux soins de première ligne demeure difficile pour des milliers de Québécois ! Il faut s’attaquer dès maintenant à ce problème. Par contre, le projet de loi 20 ne contient pas les bons moyens pour y parvenir. En fait, plutôt que de favoriser l’accessibilité aux soins de santé pour la population, ce projet de loi va l’empirer à plusieurs égards.

Depuis que j’ai obtenu l’autorisation de faire mes 12 heures d’activités médicales particulières en cabinet pour le suivi de patients vulnérables, j’y travaille comme médecin de famille cinq jours par semaine (50 heures/semaine). J’ai une clientèle de 1700 patients, dont 600 sont vulnérables. Il y a trois ans, j’ai modifié ma pratique pour être plus disponible pour mes patients. J’ai engagé à mes frais une infirmière auxiliaire qui voit systématiquement chacun de mes patients pour prendre les signes vitaux, les vacciner, etc. Cela m’a permis d’avoir plus de rendez-vous disponibles dans une journée. J’ai ajouté à mon horaire des rendez-vous d’accès rapide pour mes patients tous les jours de la semaine. Ainsi, lorsque mes patients sont malades, ils appellent le matin et je les vois le jour même pour leur problématique.

Obligation illogique

À travers les années, j’ai trouvé des solutions pour être efficace et disponible pour mes patients tout en pratiquant une médecine de qualité et en étant à l’écoute de mes patients et de leurs besoins.

Toutefois, avec le projet de loi 20, puisque j’ai 10 ans de pratique, je serai dans l’obligation de travailler à l’hôpital environ deux jours par semaine en plus de suivre 1000 patients. Je serai ainsi deux jours de moins à la clinique, ce qui va diminuer ma disponibilité pour mes patients. D’un autre côté, ce projet de loi va obliger un urgentologue à suivre entre 250 et 1000 patients. Comment pensez-vous que l’urgentologue pourra être accessible pour ses patients s’il ne fait qu’une ou deux journées de bureau par semaine ? Pour répondre aux besoins de nos patients en cabinet, il faut être disponible le plus de journées possibles dans une semaine. Il faut donc chercher à avoir plus de médecins de famille à temps plein au bureau pour suivre des patients au lieu d’imposer à tous les omnipraticiens de faire du suivi de clientèle et aussi des activités hospitalières.

Enfin, le projet de loi exige une cible irréaliste avec le taux d’assiduité des patients à son médecin de famille de 80 % sous peine de subir une diminution jusqu’à 30 % de son revenu. Avec la collaboration interprofessionnelle que l’on veut favoriser de plus en plus, le médecin de famille ne fera plus toutes les visites médicales de son patient. Il faudra, par exemple, penser à inclure les visites de nos patients auprès de nos collègues médecins d’une même clinique, mais aussi de celles faites avec nos infirmières GMF dans le taux d’assiduité. Celles-ci nous aident grandement à améliorer la santé de nos patients et font partie de la solution pour améliorer l’accès en première ligne.

En résumé, s’il est adopté, ce projet de loi conduira à une réduction de l’accessibilité pour l’ensemble des Québécois. Il y a plusieurs médecins de famille qui ont une grande disponibilité pour leurs patients et ces modèles doivent inspirer l’ensemble de la profession.

Je vous invite, Dr Barrette, à une réelle collaboration avec les médecins et tous les intervenants de la santé pour préserver et améliorer notre système de santé publique.

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1 commentaire
  • Pierre Hélie - Inscrit 27 février 2015 21 h 19

    Et si M. Barrette voulait la fin du système public

    Il existe des solutions simples et efficaces pour améliorer l'accès aux soins de santé, leur qualité et diminuer leurs coûts: elles ont été énoncées maintes fois dans les pages du Devoir, entre autres. Des cliniques d'infirmières cliniciennes ("super-infirmières") autonomes pour la première ligne, la prise en charge des grossesses normales de A à Z par les sages-femmes et un recours accrû à d'autres professionnels de la santé (e.g. pharmaciens). À mon avis, toutes ces réformes administratives sont stériles, et dans ce cas-ci essentiellement mauvaises pour le système de santé (et méprisante pour les médecins de famille qui ont à coeur leurs patients). Dans le cas de M. Barrette, on peut se demander si son but n'est pas d'écoeurer les médecins pour qu'ils passent au privé (il y en a déjà qui en ont fait l'annonce dans les journaux); quand un certain seuil critique sera atteint, il sera trop tard pour sauver le système public. N'oublions pas que les spécialistes ont tout fait pour empêcher la mise en place du système public québécois (grève de 1970)...