Le Canada devrait être moins frileux

La réponse de la communauté internationale aux atrocités commises par des États et des groupes armés tout au long de l’année 2014 était scandaleuse et inopérante. Les faits parlent d’eux-mêmes dans le rapport annuel 2014 publié aujourd’hui [mardi 24 février] par Amnistie internationale (AI) et portant sur 160 pays. De Gaza à l’Ukraine, en passant par la Syrie, des millions de personnes en proie à des conflits et des violences ont été abandonnées par les instances censées les protéger.

Le rapport met en lumière les terribles violences infligées par des États et des groupes armés à des civils tout au long de l’année écoulée, notamment en Syrie, où les forces gouvernementales et des groupes armés ont perpétré en toute impunité des crimes de guerre et des atteintes manifestes aux droits de la personne.

Malheureusement, les perspectives concernant la situation des droits de l’Homme pour l’année qui débute continueront d’être sombres, à moins que la communauté internationale ne revoie entièrement son approche face aux conflits. Au niveau mondial, on prévoit une augmentation du nombre de civils exposés à des conflits et à des exactions commises par des groupes armés, des réactions à chaud face à la multiplication des attaques contre la liberté d’expression et une aggravation de la situation humanitaire et de la crise des réfugiés.

Le Canada fait partie des pays de cette communauté internationale qui ne répondent pas adéquatement à cette crise : frileux pour accepter des réfugiés syriens les plus vulnérables, frileux pour signer le traité si essentiel sur le commerce des armes, prompt à adopter à chaud et sans grand débat des mesures pour lutter contre le terrorisme qui peuvent mettre en danger certains de nos droits fondamentaux, expert du double discours (Iran, Corée du Nord, mais silence sur Israël, Arabie saoudite, Mexique, etc.) et critique de l’ONU sans être constructif. Cependant, des solutions existent. Les dirigeants du monde entier doivent agir sans attendre afin d’éviter la crise mondiale qui se profile.

Il est nécessaire d’opérer un changement fondamental de méthode à l’échelon mondial pour assurer la protection des civils dans les conflits armés et apporter une réponse efficace à la menace que constitue la montée en puissance des groupes armés, en particulier ceux qui commettent des crimes effroyables visant des civils. AI engage aujourd’hui les cinq membres permanents du Conseil de sécurité à renoncer à faire usage de leur droit de veto en cas de génocide ou d’autres atrocités de masse.

Pour des raisons de défense d’intérêts particuliers ou d’opportunisme politique, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est montré incapable de résoudre les crises et les conflits qui ont déchiré Gaza, l’Irak, Israël, la Syrie et l’Ukraine, même dans les situations où des États ou des groupes armés se rendaient coupables de crimes atroces à l’encontre de civils.

En renonçant à leur droit de veto, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité élargiraient la marge de manoeuvre des Nations unies et feraient clairement savoir aux criminels de guerre que la communauté internationale ne les laissera pas perpétrer des atrocités massives en toute impunité.

Un traité à ratifier

Par ailleurs, AI exhorte tous les États à ratifier le Traité sur le commerce des armes, et à y adhérer afin d’empêcher que des armes tombent entre de mauvaises mains et soient utilisées contre des civils.

Si l’on avait limité davantage le recours, dans des régions peuplées, aux armes explosives qui ne ciblent pas d’objectifs précis ou qui ont un rayon d’action très vaste, on aurait pu sauver des milliers de civils dont les habitations se sont retrouvées en zone de guerre.

AI demande aux États — compte tenu, en particulier, du climat de peur qui prévaut dans de nombreux pays — de ne pas réagir aux menaces contre la sécurité auxquelles ils sont confrontés par des mesures brutales et répressives, qui menacent les droits fondamentaux. Cela est crucial. Ces méthodes ont déjà été utilisées et nous savons qu’elles sont inopérantes.

En outre, il faut garder à l’esprit que l’une des principales conséquences de l’incapacité de la communauté internationale à protéger les civils en proie aux conflits est l’une des plus graves crises des réfugiés que le monde ait connues, alors que des millions de personnes continuent de fuir violences et persécutions. Tous les dirigeants — en particulier ceux des pays riches — doivent s’engager à fournir des ressources politiques et financières afin d’aider et de protéger les personnes qui fuient le danger et de réinstaller les plus exposées.

Il est du devoir des États et de la communauté internationale de traduire en justice les responsables présumés de crimes de guerre, d’abolir les politiques discriminatoires et de lutter contre les inégalités extrêmes.

Toutes ces mesures contribueraient à progresser vers un monde plus sûr, où les droits et les libertés seraient protégés, et permettraient, espérons-le, d’éclaircir l’horizon.

1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 25 février 2015 05 h 30

    Une longue route...


    Je ne dis pas qu'AI crie dans le désert, mais c'est tout proche! Faire pression, oui! Mais je ne vois pas de grands changements à court terme dans le comportement de la plupart des États. C'est bien la théorie des "petits pas" qui ne peut que s'appliquer. La route vers la paix est hélas bien longue et ardue.


    Michel Lebel